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    Dossier: Terrorisme

    Réflexions éparses sur les attentats de Paris

    Stéphane Stapinsky

    Documents évolutif, qui sera mis à jour au gré de l’actualité et de l’élaboration de nos réflexions.

     

    Dans le torrent d’analyses que les attentats de Paris ont générées, tant dans les médias traditionnels que sur les médias sociaux et les blogues spécialisés, un leitmotiv revient encore et encore : les terroristes islamistes du 13 novembre, dans leur volonté destructrice, dans leur désir de choisir la mort, leur mort et celle qu’ils ont donnée, et non la vie, sont pour l’essentiel des nihilistes. J’en donnerai ici deux exemples choisis parmi une multitude d’autres. 

    Pour le politologue et spécialiste de l’islam Olivier Roy, « Le djihadisme » est avant tout « une révolte nihiliste » (Le Monde, mercredi 25 novembre 2015). Parlant des terroristes islamistes de Paris, il condense sa pensée en une formule frappante : « Il ne s’agit pas de la radicalisation de l’islam, mais de l’islamisation de la radicalité. » Dans sa pensée, le djihadisme à la française est davantage une réalité qui concerne une catégorie sociologique de jeunes bien précise, qu’un problème lié à l’islam. Il prend d’ailleurs ses distances avec ce qu’il appelle une explication « culturaliste » des événements, celle qui « met en avant la récurrente et lancinante guerre des civilisations » et pour qui « la révolte de jeunes musulmans montre à quel point l’islam ne peut s’intégrer, du moins tant qu’une réforme théologique n’aura pas radié du Coran l’appel au djihad. »  A l’instar de bon nombre d’autres analystes, Roy voit donc l’islam davantage comme une justification que comme la motivation réelle de l’action des terroristes. Pour lui, la violence de ces jeunes « est une violence moderne, ils tuent comme les tueurs de masse le font en Amérique ou Breivik en Norvège, froidement et tranquillement. Nihilisme et orgueil sont ici profondément liés. » Et plus loin : « Leur radicalisation se fait autour d’un imaginaire du héros, de la violence et de la mort, pas de la charia ou de l’utopie. » Son de cloche comparable, chez un Bernard Stiegler, dans une analyse par ailleurs fort intéressante.

    D’autres commentateurs, sans minimiser l’origine religieuse du terrorisme actuel, insistent surtout sur son caractère nihiliste, sur le culte de la mort auquel il convierait ses adhérents. Voir par exemple, David Horovitz, dans l’édition française du Times of Israel (« Abattre le culte islamiste de la mort », 24 novembre 2015)

    Si la référence au nihilisme comme principe justificatif du comportement des terroristes n’est pas infondée (et je crois qu’elle ne l’est pas), on peut quand même se demander si elle ne tend pas à devenir, chez les analystes, un peu trop pavlovienne ? J’abonde dans le sens de Gérard Chaliand, grand spécialiste du terrorisme, qui, à la question posée par un journaliste (« Sommes-nous face à du nihilisme ? »), répond : « Je trouve que ce terme est un peu pratique pour se débarrasser de questions qui nous dérangent. Ceux qui rejoignent les rangs de Daech croient à quelque chose. Ils sont dans la réaction, certes, mais ils ne sont pas nihilistes. »

    Chaliand a raison (et nous le verrons prochainement), lorsqu’il évoque la « croyance » des gens de Daech. Il ne s’agit pas ici de récuser les analyses sur le nihilisme des terroristes présentées plus haut, qui sont le plus souvent éclairantes. Mais, comme le sujet est éminemment complexe, il est nécessaire de l’aborder à partir d’angles différents. Il faut donc à mon sens faire une différence entre les acteurs eux-mêmes du terrorisme, les terroristes « concrets » si je puis dire, avec leur psychologie particulière, leur histoire personnelle, etc., et le projet idéologique, religieux, de l’État islamique (et des autres groupes islamistes). Si on peut légitimement soutenir que le projet de Daech a une dimension religieuse certaine, une telle position n’exclut pas que l’on puisse considérer les agents de celui-ci comme étant porteurs d’un certain nihilisme, compte tenu de leur trajectoire particulière.

    Si la référence au nihilisme n’est pas infondée, et elle ne l’est pas, je le répète, encore faut-il voir de quel nihilisme il s’agit. Car on peut l’envisager suivant deux perspectives. On peut voir celui-ci comme « une maladie de la volonté, celle qui porte la volonté (ou le désir) à ne pas se vouloir ou, selon la célèbre analyse de Nietzsche, à vouloir le rien, le néant, la mort, le vide. » (Paul Valadier, Eloge de la conscience, reproduit par Claude Rochet sur son site) On peut citer dans le même sens le Camus de L’homme révolté : « La passion nihiliste, ajoutant à l’injustice et au mensonge, détruit dans sa rage son exigence ancienne et s’enlève ainsi les raisons les plus claires de sa révolte. Elle tue, folle de sentir que ce monde est livré à la mort. » Ce nihilisme, on l’identifie sans peine avec le comportement des terroristes.

    L'écrivain Philippe Muray nous rappelle qu’il y a un second versant au nihilisme, celui du « dernier homme », selon Nietzsche : « En second lieu, le nihilisme «ordinaire», «quotidien», « (...) pratiquement jamais appréhendé comme tel, bien sûr, et qui est pourtant, sous des aspects aimables, charmants, consensuels, le même nihilisme plus que jamais vivace, mais converti, métamorphosé, réduit, adapté, civilisé et pratiquement irrepérable parce qu'il n'existe que d'avoir rejeté - et de continuer à rejeter éloquemment tous les jours - le "grand" nihilisme tapageur et sanglant d'hier. Ce nihilisme-là semble avoir lui aussi été prévu par Nietzsche, au moins en partie, sous le nom de nihilisme passif. C'est celui du "dernier homme" qui n'a plus que son propre bonheur comme idole. (...)» (Philippe Muray, extrait de "Circulez, y a rien à croire", in Désaccord parfait, [Paris], Gallimard, collection "Tel", 2000, p. 60-61).

    Ce nihilisme-là, c’est celui dans lequel nous baignons tous dans nos sociétés libérales et postmodernes. C’était aussi, il faut le dire, au risque de choquer certaines personnes, celui que partageaient bon nombre des victimes des tueurs. L’écrivain Régis Debray rappelait, le 21 novembre dernier, lors de l’émission « Répliques » animée par Alain Finkielkraut sur France Culture, son ultime conversation avec l’économiste Bernard Maris, assassiné lors de l’attentat de Charlie Hebdo. Il disait en substance à ce dernier : « Une nation absorbée par l'économie, loin de décourager le fanatisme et la violence, les provoque. Parce qu'un désert moral appelle des consolations du côté de l'extrême. Une société sans rites et sans credo ne propose en guise d'accomplissement que la course au fric et le chacun pour soi, c'est tout cadeau pour l'obscurantisme et le fanatisme. » C'est dans ce vide que s'engouffre l'idéologie islamiste.

    On peut voir une manifestation de ce nihilisme dans le fait qu’« une partie des Français ne trouvent comme posture – face à l'agression – qu'un hédonisme bravache, bien caricaturé pour une fois par Charlie Hebdo (« Ils ont les armes, on les emmerde on a le champagne »). Cet hédonisme déguise une panique attirant par ailleurs des nuées de psychothérapeutes. » (blogue de Patrice de Plunkett)

    Dire cela, bien sûr, ce n’est pas chercher une excuse au terrorisme, ce n’est pas nourrir la culture de l’excuse qui est la chasse-gardée d’une certaine gauche en Europe et ici. C’est simplement tenter de le comprendre. Car il faut bien voir que ce nihilisme (au second sens du terme) que secrète notre société, rend possible l’apparition de l’autre. Sans qu’il soit, il faut bien en prendre note, la seule raison de cette apparition.

    A SUIVRE

     

    Date de création : 2015-11-25 | Date de modification : 2015-11-27
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    L'auteur

    Stéphane Stapinsky
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