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    Dossier: Prolétariat

    Il faut une religion pour le peuple

    Friedrich Engels
    Il faut une religion pour le peuple
    Mais les bourgeois anglais, qui sont des hommes d'affaires, virent plus loin que les professeurs allemands. Ils n'avaient partagé qu'à contre-cœur le pouvoir avec la classe ouvrière. Ils avaient appris durant les années chartistes de quoi était capable le peuple, ce puer robustus sed malitiosus; ils avaient été obligés d'incorporer dans la constitution de la Grande-Bretagne la meilleure partie de la Charte du Peuple. Maintenant plus que jamais, le peuple doit être contenu dans l'ordre par des moyens moraux, et le premier et le meilleur moyen d'action est et reste encore la religion. C'est pourquoi des majorités de pasteurs siègent dans les School boards 25, et pourquoi la Bourgeoisie s'impose des dépenses sans cesse grandissantes pour encourager toute sorte de revivalism, depuis le ritualisme jusqu'à l'Armée du Salut.

    Et maintenant éclata le triomphe de la respectabilité britannique sur la libre-pensée et le relâchement religieux du bourgeois continental. Les ouvriers de France et d'Allemagne étaient devenus des révoltés. Ils étaient complètement infectés de socialisme; et pour de bonnes raisons ils n'avaient pas de préjugés légaux sur la manière de conquérir la suprématie sociale. Le Puer robustus devenait de jour en jour plus malitiosus.

    Il ne restait aux bourgeoisies française et allemande, comme dernière ressource, qu'à jeter tout doucement par-dessus bord leur libre-pensée, ainsi que le jeune homme, à l'heure du mal de mer, jette à l'eau le cigare avec lequel il se pavanait en s'embarquant: l'un après l'autre, les voltairiens railleurs s'emmitouflèrent dans une douillette de piété, parlèrent avec respect de l'Église, de ses dogmes et de ses cérémonies, et s'y conformèrent quand ils y trouvaient quelque avantage. La Bourgeoisie française fit maigre le vendredi et les bourgeois allemands écoutèrent religieusement le dimanche les interminables sermons protestants. Ils se sont brouillés avec le matérialisme. Die Religion muss dem Volk erhalten werden — on doit conserver la religion pour le peuple, — elle seule peut sauver la société de la ruine finale. Malheureusement ils ne firent cette découverte qu'après avoir travaillé de leur mieux à détruire la religion pour toujours. Et maintenant c'était au bourgeois britannique de prendre sa revanche et de s'écrier: «Imbéciles! il y a deux siècles que j'aurais pu vous dire cela!»

    Cependant je crains que ni la religieuse stupidité du bourgeois anglais, ni la conversion post festum 26 du continental ne pourront opposer une digue à la marée montante du Prolétariat. La tradition est une grande force ralentissante, elle est la vis inertia 27 de l'histoire, mais comme elle est simplement passive, elle est sûre d'être brisée; par conséquent la religion ne sera pas une sauvegarde éternelle pour la société capitaliste. Si nos idées juridiques, philosophiques et religieuses sont les produits plus ou moins directs des relations économiques dominantes dans une société donnée, ces idées ne peuvent pas, dans le cours du temps, ne pas subir le contre-coup d'une transformation complète de ces relations. Et à moins de croire à une révélation surnaturelle, nous devons admettre qu'aucun dogme religieux ne peut suffire à étayer une société chancelante.

    Malgré tout le prolétariat anglais s'affranchira
    La classe ouvrière de l'Angleterre, de nouveau, se met en mouvement. Elle est sans doute embarrassée de traditions de différentes espèces. Traditions bourgeoises : telle cette croyance si répandue qu'il ne peut y avoir que deux partis, les conservateurs et les libéraux, et que la classe ouvrière doit conquérir son émancipation à l'aide du grand Parti libéral 28. Traditions ouvrières, héritées des premières tentatives d'action indépendante: telle l'exclusion des vieilles trade-unions, de tout ouvrier n'ayant pas fait son temps réglementaire d'apprentissage, ce qui aboutit à la création de sarrazins par chacune de ces tradeunions. Malgré tout, la classe ouvrière est en mouvement; même le professeur Brentano a été obligé de rapporter la fait à ses confrères du «Socialisme de la chaire». Elle se meut, comme toute chose en Angleterre, d'un pas lent et mesuré, ici avec hésitation, là avec des résultats plus ou moins heureux; elle se remue ici et là avec une méfiance exagérée du mot socialisme, tandis qu'elle en absorbe la substance, et le mouvement s'étend et s'empare des couches ouvrières, l'une après l'autre. Le socialisme a déjà secoué de leur torpeur les manœuvres de l'East-End de Londres et, nous tous, nous savons quelle énergique impulsion ces nouvelles forces ont à leur tour imprimée. Si la marche du mouvement n'est pas aussi rapide que le désirerait l'impatience de certains d'entre nous, n'oublions pas que c'est la classe ouvrière qui préserve, vivantes, les plus magnifiques qualités du caractère anglais, et quand un terrain est conquis en Angleterre, il n'est d'ordinaire jamais perdu. Si, pour les raisons dites plus haut, les fils des vieux chartistes n'ont pas été à la hauteur de la situation, les petits-fils donnent des preuves qu'ils seront dignes de leurs ancêtres.

    Mais le triomphe de la classe ouvrière européenne ne dépend pas seulement de l'Angleterre: il ne pourra être obtenu que par la coopération au moins de l'Angleterre, de la France et de l'Allemagne. Dans ces deux derniers pays, le mouvement ouvrier est bien en avant de celui de l'Angleterre. Il est en Allemagne à une distance du pouvoir que l'on peut calculer: ses progrès, depuis 25 ans, n'ont pas de précédent; il avance avec une vitesse toujours croissante. Si la bourgeoisie allemande s'est montrée lamentablement dépourvue de capacités politiques, de discipline, de courage, d'énergie et de persévérance, la classe ouvrière allemande a donné de nombreuses preuves de toutes ces qualités. Il y a quatre siècles, l'Allemagne fut le point de départ du premier soulèvement de la Bourgeoisie européenne; au stade où sont arrivés les événements, est-il hors des limites du possible que l'Allemagne soit encore le théâtre de la première grande victoire du Prolétariat européen?
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
    Informations
    L'auteur

    Friedrich Engels
    Mots-clés
    Religion, émancipation du prolétariat
    Extrait
    «Il ne restait aux bourgeoisies française et allemande, comme dernière ressource, qu'à jeter tout doucement par-dessus bord leur libre-pensée, ainsi que le jeune homme, à l'heure du mal de mer, jette à l'eau le cigare avec lequel il se pavanait en s'embarquant: l'un après l'autre, les voltairiens railleurs s'emmitouflèrent dans une douillette de piété, parlèrent avec respect de l'Église, de ses dogmes et de ses cérémonies, et s'y conformèrent quand ils y trouvaient quelque avantage. La Bourgeoisie française fit maigre le vendredi et les bourgeois allemands écoutèrent religieusement le dimanche les interminables sermons protestants.»
    Documents associés
    Friedrich Engels
    Prolétariat, bourgeoisie,

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