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    Impression du texte

    Dossier: Rhétorique

    Politique, rhétorique et art du mensonge.

    Nicole Morgan

    La pathétique fin de la cause pathétique  

    On devrait l’avoir compris. La politique est l’art du mensonge. De fait, on a toujours menti, mais on ne ment plus comme avant… On l’aura deviné cet article se veut prospectif.  Donald Trump puisqu’il faut bien parler de lui annonce non pas une régression vers des comportements politiques ancestraux mais, via une autre forme de langage, vers une autre manière d’être-au-monde. 

    On ne ment plus comme avant….

    Commençons néanmoins par ce qui semble immuable ne serait-ce que pour nous rassurer. La typologie du mensonge et les arguments en justifiant l’utilisation politique n’ont guère changé depuis que Aristote et Machiavel en ont jeté les bases. Aujourd’hui comme hier, sachant que la fin justifie certains moyens, il s’agit pour celui qui veut garder et/ou étendre son pouvoir, d’appliquer les règles de la rhétorique[3], de maitriser donc « l’art de l’apparence », alias le mensonge pour les intransigeants kantiens. Le postulat suivant énoncé par Machiavel semble toujours de mise, du moins tacitement et en 2017 plus explicitement, dans les quartiers généraux de toutes les campagnes électorales : « Le vulgaire, écrit-il dans Le Prince, se prend toujours aux apparences et ne juge que par l’événement [...]. Les hommes sont si simples et si faibles que celui qui veut tromper trouve toujours des dupes [...]. Le caractère des peuples est mobile, on les entraîne facilement vers une opinion, mais il est difficile de les y maintenir. »[4].

    Aristote, Machiavel et Shéhérazade l’ont compris, la séduction c’est le pouvoir.

    Cela dit, même si les prémisses semblent inchangées, les enjeux et les méthodes modernes dépassent de loin les bonnes recettes de l’art de gouverner du Florentin. La manipulation et le contrôle de la parole sont devenus une condition sine qua non de toute victoire, qu’elle soit sur le champ de bataille électoral ou sur celui des combats militaires[5]. Cela est d’autant plus vrai que les nouvelles technologies ont changé à jamais le paysage éthique humain : bref, même en politique, on ment plus que jamais mais jamais plus comme avant.

    D’abord on ment mieux. Les sondages d’opinions et les techniques d’expression, qu’elles s’appliquent aux structures du langage ou à ses contenus émotionnels, ont si bien progressé que tout discours politique est techniquement « construit »[6] pour inclure sciemment le mensonge, que celui-ci s’appelle « non-vérité », « falsification », « omission », « propagande » ou « désinformation » ou le petit dernier « faits alternatifs » proposés par la Maison Blanche.  Mieux, on peut désormais altérer les images et les sons au point que la frontière entre le virtuel et le réel s’efface petit à petit dans le cerveau humain.

    Ensuite on ment plus grand à l’échelle universelle et dans tous les domaines. Les groupes médiatiques qui diffusent le mensonge « possèdent désormais deux caractéristiques nouvelles : premièrement, ils s’occupent de tout ce qui relève de l’écrit, de tout ce qui relève de l’image, de tout ce qui relève du son, et diffusent cela au moyen des canaux les plus divers (presse écrite, radios, télévisions hertziennes, câble ou satellite, via Internet et par toutes sortes de réseaux numériques). Seconde caractéristique : ces groupes sont mondiaux, planétaires, globaux, et pas seulement nationaux ou locaux. »[7] Ils forment ce que Ramonez appelle un « cinquième pouvoir »[8], car si l’on ment mieux, il existe maintenant une audience planétaire à séduire.

     Ensuite, ce pouvoir multiforme n’est en rien un éclatement dans la mesure où il est en passe de devenir « discours unique multiforme mondial » contrôlé par des groupes économiques planétaires : « Des entreprises géantes comme News Corps, Viacom, AOL Time Warner, General Electric, Microsoft, Bertelsmann, United Global Com, Disney, Telefónica, RTL Group, France Télécom, etc., ont désormais de nouvelles possibilités d’expansion en raison des bouleversements technologiques. La « révolution numérique » a brisé les frontières qui séparaient auparavant les trois formes traditionnelles de la communication : son, écrit, image. »[9]. Ce phénomène est inquiétant à plus d’un titre lorsqu’on sait que les dictatures modernes ont utilisé toutes les ressources de l’image pour créer un « label » et un « démarquage »[10].

     Enfin les stratèges de la parole et de l’image ont de plus en plus conscience que 1) tous les totalitarismes passent par un contrôle et une manipulation systématique de la langue  2) que les génocides n’ont pas à être sanglants … Il suffit de tuer la langue et enfin 3) pourquoi le premier slogan d’Al Qaida était : Donnez-nous des poètes.  

    Chacun de ces thèmes mérite un article à part entière.  Aujourd’hui tenons nous en à la rhétorique nouvelle telle que pratiquée aux États-Unis depuis une vingtaine d’années. Elle est riche en enseignement.

    …..On ment plus efficacement

    Présentons d’abord quelques exemples de mensonges politiques relativement récents mais bien documentés. Ils illustrent à la fois les nouvelles avenues offertes aux nouveaux pouvoir et les défis posés aux juristes déterminés à défendre les démocraties de droit reposant sur l’information objective, l’éducation et le texte. Les deux premiers sont des mensonges factuels, fabriqués de toutes pièces avec les moyens modernes de propagande. Le troisième tient de la manipulation rhétorique, moins détectable au premier abord mais plus dangereuse dans la mesure où elle affecte les structures cérébrales profondes.

    Le mensonge de propagande, dit mensonge d’État, est pensé et délibéré. Portant sur des faits précis, il peut être construit de toutes pièces dans la mesure où ses auteurs ont conscience qu’ils diffusent un mensonge dont ils ont planifié au préalable la portée et l’impact. Le procédé en soi n’est pas nouveau et d’excellentes synthèses sur l’histoire de la propagande abondent en exemples de cette nature[11]. La nouveauté vient seulement de ce que des agents spécialisés (les « Spin Doctors »[12]) utilisent pour cela les techniques les plus avancées du marketing et font appel aux découvertes les plus récentes en sciences humaines dites cognitives.

    Ce fut d’ailleurs une agence de marketing en relations publiques qui a fabriqué le mensonge qui nous servira de premier exemple. On se souvient peut-être de l’affaire des couveuses dans un hôpital du Koweït, en 1990, lors de l’invasion de ce dernier par les armées irakiennes de Saddam Hussein. Une jeune femme fit ce témoignage, larmes aux yeux et mouchoir à la main, devant le Congrès américain : « Pendant que j’étais là, sanglote-t-elle, j’ai vu les soldats irakiens entrer dans l’hôpital avec leurs armes. Ils ont tiré sur les bébés des couveuses, ils ont pris les couveuses et ont laissé mourir les bébés sur le sol froid ». Son récit bouleversant est retransmis rapidement par les télévisions du monde entier. Ce témoignage a beaucoup ému l’opinion publique internationale et amené celle-ci à soutenir l’action des puissances occidentales contre les armées de Saddam Hussein lors de la première guerre du Golfe.

    Ce témoignage était fabriqué de toutes pièces. La jeune femme n’était autre que la fille de l’ambassadeur du Koweït à Washington. L’association Citizens for a Free Kuwait, soutenue par le gouvernement du Koweït exilé, avait commandé cette campagne de propagande au cabinet de relations publiques Hill & Knowlton, pour la somme de 10 millions de dollars. Par ailleurs, le gouvernement américain aurait, selon plusieurs sources, payé 14 millions de dollars à ce même cabinet pour l’avoir aidé à médiatiser la guerre du Golfe sous un jour favorable à l’intervention occidentale.

    Mais ce fut là un mensonge relativement sinon très modeste lorsqu’on le compare à la vague de désinformation qui a inondé les réseaux mondiaux après le 11 septembre 2001. Une organisation de veille informationnelle en a dénombré 935 dans les deux années qui ont suivi l’événement. À 532 reprises, il fut affirmé que l’Irak, en liaison avec Al-Qaïda[13], possédait des armes de destruction massive. En 2001 et 2002, une majorité de journalistes, commentateurs, analystes, professeurs, experts du monde entier ont repris l’information sans aucune vérification, ni questionnement, ni contre-enquête, si ce n’est quelques discours locaux ou isolés dans l’espace cybernétique qui ne pouvaient remettre en question le discours unique.

    Cette campagne de désinformation fut efficace puisqu’à la fin 2003, alors que des doutes sérieux commençaient à faire surface dans certains médias et sur l’internet, la moitié des Américains se disaient convaincus que le gouvernement américain avait trouvé des preuves solides concernant le lien entre l’Irak et Al-Qaïda. Selon un rapport publié à cette époque par l’University of Maryland’s Program on International Policy Attitudes and Knowledge Networks, un quart des Américains se disaient certains que les experts mondiaux envoyés sur le terrain avaient confirmé la présence d’armes de destruction massives et cela malgré les démentis qui commençaient à abonder en sens inverse.

    Aujourd’hui encore un certain pourcentage d’Américains est persuadé qu’ « il n’y a pas eu de fumée sans feu » alors qu’officiellement le mensonge a été reconnu officiellement par Paul Wolfowitz, secrétaire adjoint à la défense entre 2001 et 2005. Dans un entretien pour le magazine Vanity Fair, publié le 30 mai 2003, il a avoué que la décision de mettre en avant la menace des ADM (Armes de Destruction Massive) pour justifier une guerre préventive contre l’Irak avait été adoptée, en ses propres termes, « pour des raisons bureaucratiques » : « Nous nous sommes entendus sur un point, a-t-il précisé, les armes de destruction massive, parce que c’était le seul argument sur lequel tout le monde pouvait tomber d’accord »[14]. 

    On parle ici de cristallisation des croyances, une métaphore empruntée à Stendhal et qui n’est pas sans vertu. La cristallisation transforme l’émotion fugitive en une idée garnie d’une infinité de diamants mobiles et éblouissants. En terme moins poétique, disons que la croyance devient rigide au point il est difficile sinon impossible de la modifier. Qui plus est, les preuves apportées pour démystifier le mensonge ne font la plupart du temps que renforcer la croyance. Comment s’en étonner? Steven Sloman, professeur à l’Université Brown et Philip Fernbach, professeur à l’université du Colorado[15]ont démontré que l’adhésion à une idée ne relève pas de la pertinence de l’information mais du désir d’appartenir à un groupe. Plus l’on proteste preuve à l’appui pour démontrer le mensonge, plus l’individu défend son groupe, plus la croyance s’incruste dans les esprits des angoissés en mal d’appartenance. Nous sommes avant tout l’animal politique, celui dont l’être-au-monde passe par le groupe selon la phrase célèbre d’Aristote dont on ne comprend mal la portée (le mot politique ne doit pas être pris dans son sens moderne).

    On ne veut pas non plus reprendre hors contexte la phrase célèbre de Pascal (Le cœur a ses raisons que la raison ne connait pas) mais elle nous aidera à réintroduire l’émotionnel qui est toujours présent dans tous les discours qui ne relèvent pas des sciences pures. Les sciences humaines en ce sens sont lardées d’émotionnel dont l’intensité frise quelquefois le fanatisme.

    Si l’on veut comprendre le politique, il est temps de comprendre l’émotionnel du langage car la politique si bien définie par Lasswell comme Qui obtient quoi, quand et comment [16] n’est ni plus ni moins qu’une organisation pacifique des émotions.

    La métaphore, pivot de la politique…

    Ceci va nous amener à réfléchir sur la métaphore qui introduit, dans le discours politique, l’émotion à fleur de discours rationnel et devient ainsi un des pivots de la rhétorique ou…art de séduire.

     La métaphore en elle-même n’est pas un mensonge à proprement parler mais, si elle est bien choisie et répétée comme une vérité, elle peut contribuer à faire accepter n’importe laquelle des sept teintes du mensonge. Du grec μεταφορά, metaphorá signifie, au sens propre, d’abord « transport » ou « transfert », c’est-à-dire une transposition de sens. Il ne s’agit pas de comparaison mais d’une formule courte d’association de sens. On éveille ici par l’image, les archétypes enfouis dans l’inconscient collectif[17], à tel point qu’on a pu dire que « la formule de la métaphore rend compte de la condensation dans l’inconscient ». En ce sens, elle est sans doute une des formes les plus puissantes du discours verbal humain comme le démontre le linguiste George Lakoff qui a consacré un livre, The Political Mind[18], aux nouvelles formes de langage observables dans le discours politique. Un chapitre entier est consacré plus particulièrement à la puissance de la métaphore associant les mots « guerre » à « terreur », association qui a été largement instrumentalisée dans la conduite de la guerre en l’Irak depuis 2003.

    La guerre contre la terreur ne fut pas le fruit du talent créateur du président américain à l’instar de Winston Churchill auteur prolifique de métaphores célèbres. L’on sait par exemple que la métaphore « War on Terror » a été d’abord proposée par un analyste politique (David Frum) puis été soigneusement choisie par une équipe de linguistes qui travaillent dans l’ombre des agences de communication institutionnelle et de relations publiques. Ceux-ci ont « testé » plusieurs formules mais celle-ci l’a emporté, sa charge émotionnelle ayant été jugée adéquate pour répondre au traumatisme provoqué par le11 septembre 2001, événements propices pour imposer des images fortes : « Les synapses du cerveau changent de manière dramatique et presqu’instantanément dans une situation traumatique »[19], explique George Lakoff. En effet, « la neurologie nous apprend que les idées sont littéralement inscrites dans le cerveau et que leur inscription se produit au niveau des synapses. Ces changements synaptiques, que l’on appelle processus de potentialisation à long terme, se produisent sous deux conditions : un traumatisme (lorsqu’il y a déclenchement particulièrement intense de l’activité neuronale) puis en présence de répétitions (lorsque l’activité devient itérative) … Le 11 septembre fut un traumatisme national et la « guerre contre la terreur » a été introduite dans des conditions traumatiques, puis répétée et redite pendant des années. Conséquemment, l’idée métaphorique a été littéralement inscrite dans le cerveau de la plupart des Américains »[20].

    Cela étant précisé, cette métaphore qui, selon une autre métaphore, a fait bouger des montagnes, participe d’un mélange des genres qui revient à ne rien dire. Au sens littéral du terme, on ne peut pas déclarer la guerre à la terreur, c’est-à-dire à une notion commune : « Les guerres réelles, ce qui n’est pas le cas des guerres métaphoriques, font la guerre à des armées et des nations. Elles ont une fin lorsqu’une armée est vaincue et qu’un traité de paix est signé »[21]. Dès lors, où commence une « guerre contre la terreur » ? Quand finit-elle ? Car « la terreur » n’est pas une nation, ni un corps d’armée, ni un groupe social dont les limites sémantiques sont claires (on fait partie d’une armée ou bien on en n’en fait pas partie). La « terreur » est un état psychologique, interne à l’être humain, sans « bordures », car l’imagination humaine est sans limites ; elle n’a ni commencement officiel ni fin concrète, et aucun traité de paix ne pourra jamais être signé avec « la terreur ». Par conséquent, la « guerre contre la terreur » n’a pas pour but de faire cesser la peur mais de poursuivre l’œuvre de la terreur, c’est-à-dire de faire peur.

    Car la peur ainsi entretenue est un puissant outil politique[22], et de ce point de vue, il n’y rien de nouveau sous le soleil. Ce qui est nouveau est que, dans le passé, les ennemis étaient des groupes réels, nationaux ou ethniques. Ici, il s’agit d’un ennemi invisible qui, l’imagination humaine aidant, est perçu comme plus dangereux qu’un ennemi visible : on va au-delà de la crainte et de la peur pour entrer dans les eaux troubles de l’angoisse et de l’anxiété qui, selon Lakoff « va engendrer un fantasme conservateur, avec demande d’un chef puissant, prêt à employer la force pour offrir protection et sécurité », à la mesure infinie de l’angoisse suscitée. On peut dès lors glisser, sans changer de registre, du mot « terreur » au mot « terroristes », qui semble plus réel mais qui, dans ces conditions, devient quasiment totalitaire puisqu’il s’applique à tout être désigné comme tel.

    C’était une métaphore pratique au sens ou elle permettait de proposer des actions immédiates, dont des mesures de guerre très réelles[23] sans recourir à une longue réflexion. Les dirigeants du monde entier ont emboité le pas dans l’enthousiasme au point de faire de cette métaphore une nécessité dans les discours en chemin, bref pour devenir ce que les linguistes appellent une métaphore morte[24].  En ce sens le mot est mort lorsqu’on ne le réfléchit plus.

    Le tout s’inscrit dans la rhétorique, ou art de la persuasion) qui obéit à certaines lois ex-vérité. L'orateur ne doit pas chercher à procurer l'évidence ni à établir la vérité, il doit justifier la meilleure opinion, l'opinion raisonnable.

    Selon Aristote, la rhétorique, tout comme la dialectique, n'a pas l’objectif de la science, à savoir le vrai objectif (ou interchangeabilité des observateurs), ni celui de la philosophie morale, à savoir le bien. Le vrai ne suffisant pas à convaincre la majorité des personnes, il s'agit pour l'orateur de trouver des arguments ou moyens autres pour les persuader.

    « …quand nous possèderions la science la plus exacte, il est certains hommes qu'il ne nous serait pas facile de persuader en puisant notre discours à cette seule source ; le discours selon la science appartient à l'enseignement, et il est impossible de l'employer ici, où les preuves et les discours doivent nécessairement en passer par les notions communes » (Aristote, Rhétorique I, 1355a, [1932], page 74, Les Belles Lettres)

    La métaphore qui joue d’associations d’idées, tient une place privilégiée dans la rhétorique classique. Elle permet de transformer un problème complexe en une image intelligible et émotionnellement chargée. Aristote considère même que la faculté d’associer ainsi les termes est un trait de génie.

    Prêtons-y un peu attention car la métaphore est omniprésente. Notamment, elle a toujours été le drapeau des discours de guerre, lesquels sont utilisés comme métaphore par les tenants de la guerre économique.  [25]

    Jusqu’à cette dernière année, l’usage de la métaphore, était savamment contrôlé dans les quartiers généraux des campagnes politiques qui en cela suivaient les règles de la rhétorique classique qui n’étaient pas des lois sophistes. Il s’agissait non pas de dire n’importe quoi dans le but d’agiter pour agiter mais de justifier l’opinion raisonnable. Machiavel si mal compris n’a fait, dans le Prince, qu’insister sur l’importance de ce principe.

     Aristote comme Machiavel se méfie des émotions et veut les organiser.  C’est l’essence du politique qui doit comprendre et contrôler le pathétique c ‘est à dire ce qui émeut l’âme.

    Aristote consacre la première moitié du livre II de sa Rhétorique à la preuve pathétique. « Les passions sont les causes qui font varier les hommes dans leurs jugements et ont pour consécutions la peine et le plaisir, comme la colère, la pitié, la crainte, et toutes les autres émotions de ce genre, ainsi que leurs contraires. »[26] (Aristote, Rhétorique II, 1378 a, [1960], page 60, Les Belles Lettres)

    Les passions, précise le Stagirite, doivent être maniées avec précaution par l'orateur qui doit savoir quelle passion susciter, comment parvenir à la susciter.

    « Les développements relatifs aux passions se doivent diviser en trois chefs : voici ce que je veux dire : pour la colère, par exemple, en quel habitus y est-on porté ; contre quelles personnes se met-on habituellement en colère et à quels sujets. Si, en effet, nous ne possédions qu'une ou deux de ces notions, sans les posséder toutes trois, il nous serait impossible d'inspirer la colère ; et il en est pareillement des autres passions. »[27]

    Mais n’oublions surtout jamais que la preuve pathétique est un outil au service de la cause finale qui est…. le Bien.  Même idée chez Machiavel qui est en cela un idéaliste de la Realpolitik. Pour qu’une République fonctionne, il faut un homme fort qui maitrise le discours politique. Lequel passe par la persuasion des foules auxquelles il est inutile d’expliquer les stratégies de survie. La foule veut non pas savoir mais croire et il faut apparaitre, jouer, menacer, mentir, amuser mais sans trop.  Non seulement il y a des limites aux jeux de la persuasion mais le Prince doit toujours garder en tête qu’il travaille pour le bien commun de la République (Res publica). 

    Cela ne fait pas du Prince un traité sans danger car tout dépend bien entendu de la définition du bien commun que le Prince va donner. C’est un traité de techniques qui fut lu aussi bien par Churchill, De Gaulle ou Hitler.  Nous voulons simplement dire que Machiavel n’est pas machiavélique au sens qu’on lui donne (faire systématiquement le mal) pas plus que Thomas More n’était utopique, mais ceci est une autre histoire.

    Revenons au présent, au mensonge et à Donald Trump.

    La disparition de la preuve pathétique

    Donald Trump n’a probablement pas lu Machiavel (la lecture ne semble pas être son for). Mais les interprètes qui l’ont lu devraient s’abstenir d’expliquer son ascension en n’utilisant que les schémas classiques.

    L’arrivée de Donald Trump a changé toutes les donnes ne serait-ce que parce qu’il apparait totalement incohérent. Il dit n’importe quoi, à n’importe quel moment, violant (entre autres) toutes les règles de la pensée à commencer par le sacro saint principe de non contradiction. En cela le medium est le message puisque le tweet qu’il utilise sans arrêt EST le véhicule de l’opinion de l’instant contradictoire ou non, fautes d’orthographe incluses. Machiavel dont la vie a manifesté dans sa vie un respect Trumpesque pour les femmes soupirerait qu’il faut s’en méfier car l’opinion est … comme la femme : la dona e mobile.  Donald Trump, en ce sens, serait une femme. Pour reprendre une métaphore usée, Machiavel se retournerait dans sa tombe car, pour lui il va sans dire que le chef ne peut être une femme. Seul l’homme qui contrôle ses propres émotions peut être un chef. Se retournera dans sa tombe également Corneille qui a transformé la virtu du Prince en un mythe : Je suis, clame Auguste, maitre de moi comme de l’univers.

    Car Trump déboulonne le mythe : il n’est pas maître de lui mais se veut maître de l’univers. Et le pire est que cela marche. En un sens c’est la première fois que, mise à part son opinion sur les femmes, Machiavel est falsifié et dans la lancée la bonne utilisation de la rhétorique. Car, il faut bien le dire et le répéter les républiques de la modernité doivent à l’extraordinaire temps de la Renaissance et sa nouvelle lecture des textes anciens. Les principes sur lesquels elles se sont construites (bien commun laïc introduit par More, citoyen introduit par Bodin, raison d’état introduite par Machiavel, bonne gouvernance des passions introduite par Hobbes, etc…).

    Et parce que la méthode trumpesque marche il faudrait s’y arrêter avant de penser, comme beaucoup le font, qu’il s’agit d’un hoquet de l’histoire dont on veut toujours croire, selon une métaphore aussi éculée que des souliers trop usés, qu’elle…marche vers la raison. On veut penser que les prochaines élections aidant, le souverain (le peuple en démocratie) se réveillera de son délire et reviendra aux constitutions et aux chartes des droits et libertés qu’elles abritent.

    Quoique j’aimerais croire à la marche de l’histoire, je n’en suis pas certaine à deux titres.

    D’abord Donald Trump n’est pas un épiphénomène mais le sommet d’un iceberg qui a amassé une masse substantielle au cours d’un siècle. J’ai essayé d’en documenter une partie dans Haine Froide[28] qui déconstruit l’idéologie qui le supporte à partir d’Ayn Rand. J’ajoute qu’il ne s’agit pas d’un phénomène proprement américain. Nous sommes à ce moment de l’histoire qui voit les vieux empires s’effondrer. Le pouvoir est passé ailleurs, nommément dans la sphère privée, celle du marché.

    Ensuite et surtout, parce que les lois de la rhétorique ne peuvent plus s’appliquer dans le monde digital qui est le monde de l’instant et de l'incohérence du moins apparente.

    La vérité c’est l’authenticité…

    Ironiquement (ou dialectiquement) c’est l’incohérence de Trump qui selon Jennifer Sclafani de la Georgetown University, le fait apparaitre comme authentique et fiable qui sont les qualités recherchées par l’électorat[29]. La stratégie, car il y en a une, fonctionne parfaitement. Il s’agit de continuer à disqualifier toute la sphère publique (alias la cause finale) : les politiques mentent, les institutions publiques mentent, les penseurs sont incompétents, les lois sont néfastes. Il en ressortira 1) que le marché ne ment pas 2) qu’il obéit à des lois justes (le meilleur gagne) et que la vérité politique c’est l’authenticité de la publicité véhiculée par le business man. Et l’authentique c’est l’émotionnel, la pluie de métaphores lesquelles sont parfaitement véhiculées à chaque seconde et partout par les nouveaux moyens de communication.  Trump est le publiciste en chef.

    Mais ce n’est pas tout. Les lois du marché utilisent les algorithmes qui sont un mécanisme fondamental du fonctionnement du monde connecté[30] et donc du marché. Ils sont l’ultime logique de la logique du marché débarrassé d’une cause finale qui ne serait pas chiffrée mais aussi potentiellement débarrassée du libre arbitre individuel. Dans son dernier livre, ironiquement intitulé Homo Deus[31], l’anthropologue Yuval Noah Harari décrit cette remise de pouvoir aux chiffres comme une nouvelle religion : le dataisme avec sa foi en un system aveugle de processus de données, omniscient, omniprésent dans la vie des humains qui dicte toutes les décisions…. En chiffre.

    Ce qui signifie que toutes les langues vont devenir des langues mortes. Certes l’anglais probablement sera utilisé mais un anglais squelettique de fonction.  De là à dire que ce n’est pas Dieu qui est mort mais l’homme privé de la langue, il n’y a qu’un pas.

     Je ne le franchirai pas non pas par optimisme mais, revenons un peu sur terre, parce que nous savons que les efforts publicitaires ont des limites lorsque le produit ne tient pas la route.  Ajoutons que le publiciste en chef est fou et que la folie extrême, quoique les Romantiques veulent en penser, n’est pas créatrice. Le danger bien sûr, est que le publiciste en chef n’a pas pour seule responsabilité, des panneaux publicitaires. Brusquement tous mes contacts internationaux de discussions en ligne, en général diserts sont devenus étrangement tranquilles. Aucun d’entre nous n’ose évoquer les désastres que la mégalomanie de Donald Trump pourrait déclencher dans le contexte technologique actuel.

    Disons que j’essaie de ne pas rester pétrifiée dans ce silence et de penser au delà

    parce que je veux croire que tout pouvoir s’accompagne de contre pouvoirs, toute mort de renaissance et que le verbe (au sens large) va renaitre sous de multiples formes y compris imagées ou mortelles. Dans un texte à venir nous parlerons de l’importance morale des idéogrammes. Dans un autre nous ferons l’analyse des textes d’Al Qaida en expliquant pourquoi son mot d’ordre était : Donnez nous des poètes.

    L’histoire du chiffre et des lettres ne fait que commencer. 

     

    Nicole Morgan

    Ottawa, le 21 Avril 2017.

     

     

     

     



    [1] Une partie de ce texte est extrait de  "La Politique et le mensonge: l'impossible traduction", in Guidère M., Traduction et veille stratégique multilingue, Paris: Editions Le Manuscrit, pp.189-208., 2008.  Il a fait suite à une présentation à un Colloque international sur Traduction et veille stratégique multilingue. Université de Genève. 28 et 29 mai 2008.  

     

    [2] Nicole Morgan, philosophe politique a publié sa thèse de doctorat sur la genèse de l’État moderne chez Vrin (Le sixième continent. L’utopie de Thomas More ou la naissance d’un nouvel espace épistémologique, 1996). Ses deux derniers ouvrages publiés au Seuil portent sur l’analyse du discours et de la construction des idéologies contemporaines : Le Manuel de Recrutement d’El Qaida en collaboration avec Mathieu Guidère,  a été publié en 2007. Haine Froide. A quoi pense la droite américaine a été publié en 2012. Elle travaille présentement sur deux manuscrits : Contes pour enfants qui ne veulent grandir, une histoire de la philosophie politique moderne. Le second plus traite des transformations du corps humain (avec postulats d’Aristote) : La Peur au Ventre. Obésité et mondialisation.

     

    [3] La rhétorique (du grec ancien ητορικ [τέχνη], « technique ou l’art oratoire »), désigne au sens propre « l’art de bien parler » ou la technique de persuader.

    [4] Niccolò Machiavelli, Le Prince, Chapitre XVIII.

    [5] Koyré, dès 1943, le déplore en ces termes : « On n’a jamais menti autant que de nos jours. Ni menti d’une manière aussi éhontée, systématique et constante. On nous dira peut-être qu’il n’en est rien, que le mensonge est aussi vieux que le monde, ou, du moins, que l’homme, mendax ab initio ; que le mensonge politique est né avec la cité elle-même, ainsi que, surabondamment, nous l’enseigne l’histoire ; enfin, sans remonter le cours des âges, que le bourrage de crâne de la Première Guerre mondiale et le mensonge électoral de l’époque qui l’a suivie ont atteint des niveaux et établi des records qu’il sera bien difficile de dépasser », Alexandre Koyré, Réflexions sur le mensonge. Paris, Allia, 1996.

    [6] « Tout le progrès technique est mis au service du mensonge » (Koyré, Ibid.).

    [7] Ignacio Ramonet, « Le cinquième pouvoir », in Le Monde Diplomatique, octobre 2003.

    [8] Le « quatrième pouvoir » qui a précédé était différent. Il « était en définitive, grâce au sens civique des médias et au courage de journalistes audacieux, celui dont disposaient les citoyens pour critiquer, repousser, contrecarrer, démocratiquement, des décisions illégales pouvant être iniques, injustes, et même criminelles, contre des personnes innocentes. C’était, on l’a souvent dit, la voix des sans-voix. » (Ibid.).

    [9] Ibid.

    [10] Steven Heller, Iron Fists. Branding the 20th-Century Totalitarian State, Phaidon Press. 2008.

    [11] Les exemples sont nombreux et Ignacio Ramonet nous en donne quelques uns dans un autre article du Monde Diplomatique intitulé « Mensonges d’État » et publié en juillet 2003.

    [12] Le « Spin doctor » est un conseiller en communication et marketing politique agissant pour le compte d’une personnalité politique, le plus souvent lors de campagnes électorales.

    [13] Dans un discours radiodiffusé à la nation, le 8 février 2003, le Président allait jusqu’à apporter les faux détails suivants : « L’Irak a envoyé des experts en explosifs et en fabrication de faux papiers travailler avec Al-Qaïda. Il a aussi dispensé à Al-Qaïda un entraînement aux armes biologiques et chimiques. Un agent d’Al-Qaïda a été envoyé en Irak à plusieurs reprises à la fin des années 1990 pour aider Bagdad à acquérir des poisons et des gaz. »

    [14] Charles Lewis and Mark Reading-Smith of the Fund for Independence in Journalism staff members, Center For Public Integrity: http://www.publicintegrity.org/default.aspx

    [15] “The Knowledge Illusion: Why We Never Think Alone” (Riverhead Books 2017) http://www.newyorker.com/magazine/2017/02/27/why-facts-dont-change-our-minds.

     

    [16] Harold D, Lasswell Who Gets What, When ,How New York, London, Whittlesey House, McGraw-Hill Book Co. [©1936]

    [17] Selon Jacques Lacan, « la formule de la métaphore rend compte de la condensation dans l’inconscient », in Conférence donnée à Milan le 12 mai 1972, intitulée : « Du discours psychanalytique ».

    [18] George Lakoff. George Lakoff, The Political Mind. Why you Can’t Understand 21st-Century American Politics with an 18th-Century Brain, London:Viking, 2008

    [19] Ibid., 125.

    [20] Ibid., 128.

    [21] Ibid., 125-126.

    [22] Corey Robin, Fear: The History of a Political Idea, New York: Oxford University Press, 2004.

    [23] le mot « guerre » possède une signification univoque puisqu’il s’agit bien d’une guerre réelle avec du sang et des morts mais aussi un budget militaire conséquent, le président Bush a lancé la balle ayant fait largement usage des prérogatives octroyées par l’état de guerre. Il a pu demander des pouvoirs dits « extraordinaires », des « mesures de guerre », rejeter toute critique comme « non patriotique » puisque le pays est en guerre, envahir l’Irak présenté comme un pays « terroriste », solliciter des fonds spéciaux pour l’industrie d’armement, mettre en place un service de surveillance et de coercition légale et légaliser la torture

    [24] Tout d’abord : qu’est-ce qu’on entend exactement par une métaphore morte ? Dans son Traité de stylistique française (193 ssqq), Charles Bally donne comme exemple de ce qu’il appelle une « image morte » la phrase Vous courez un grand danger, et il la commente ainsi : « il n’y a plus ni image ni sentiment d’image, sinon au point de vue historique ; nous sommes dans l’abstraction pure ». Et en effet, le plus souvent on parle d’une métaphore morte quand il s’agit du sens figuré d’un mot polysémique (courir dans l’exemple de Bally) et que ce sens figuré s’est complètement lexi­calisé et détaché du sens dit « propre ». On constate alors que ce sens figuré a beau être dérivé d’un sens propre, avec lequel il entretient en principe un rapport de ressemblance ou d’analogie, mais ce lien de ressemblance s’est tellement affaibli qu’il ne joue plus ou plus guère un rôle actif ni au niveau cognitif ni au niveau pragmatique ou discursif. La métaphore, une question de vie ou de mort ? Ronald Landheer

    https://semen.revues.org/2368

    [25] Les métaphores sont quasi éternelles. Enoch Powell, parlementaire britannique prononça son discours des « fleuves de sang » le 20 avril 1968 à Birmingham, bien décidé, pour reprendre ses propres termes, à « en faire une sorte de fusée, mais qui resterait en orbite pendant très longtemps ». Ce discours mit fin, de manière abrupte, au consensus politique sur l’immigration, et plaça Powell au centre de l’attention politique. Il reprenait la métaphore de Virgile  qui dans l’Énéide parle du Tibre écumant de sang. Ce n’est qu’un exemple parmi les milliers qui jalonnent les discours militaires et politiques.

     

    [26] Aristote, Rhétorique II, 1378 a, [1960], page 60, Les Belles Lettres

    [27] Aristote, Rhétorique II, 1378 a, [1960], page 60, Les Belles Lettres

    [28] Nicole Morgan, Haine Froide. À quoi pense la droite américaine, Paris Le Seuil 2012

    [29] https://theconversation.com/donald-trumps-chaotic-use-of-metaphor-is-a-crucial-part-of-his-appeal-61383

    The Conversation August 2, 2016 4.26am EDT

    Joseph Sohm  Donald Trump’s chaotic use of metaphor is a crucial part of his appeal

     

    [30] Pierre Trudel, Les algorithmes,  Le Devoir, 21 Février 2017

    [31] Homo Deus, A brief History of Tomorrow  Harvill Secker 2017

    Date de création : 2017-04-24 | Date de modification : 2017-04-24
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