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Nymphéas

Albert Flament

Les toiles décoratives de Claude Monet, exposées chez M. Paul Rosemberg et provenant de l’atelier de Giverny, rentrent dans cette production de la fin de la vie du grand impressionniste, qui n’a plus guère de liens avec la nature même, qui est une transposition complète, une forme d’orchestration visuelle, et sans analogie avec aucune sorte de décoration précédemment exécutée par aucun peintre. Elle ne tient rien de la forme, de la composition, du jeu des lignes. Écouter dans la pénombre quelque prélude de Debussy produit sur les sens un résultat presque analogue. Le travail du peintre et celui du compositeur, aboutissent par des voies opposées à des réalisations identiques. Mais le point attaquable de ces sortes de grands rideaux que Monet a peints et qui représentent quelques instants fugitifs du crépuscule, de la nuit et du jour, placés entre nous et la vie, c’est de ne fixer qu’un instant de l’été et de ne pas renouveler, ni modifier la première sensation qu’ils procurent. Elle est si exacte, si unique dans son insaisissable rapidité, elle isole dans une sorte de concert où l’accord varie si peu, qu’on ne la retrouve pas sans une certaine sensation de monotonie. Il faudrait, en réalité, posséder toutes ces gammes, toutes ces toiles et choisir, selon l’humeur.

Peut-être sommes-nous autorisés à nous demander si elles ne devançaient pas le temps pour lequel elles ont été faites. Ou, peut-être, ce temps est-il déjà passé, sans avoir pu les comprendre et les adapter ? Peut-être Monet peignait-il seulement les Nymphéas pour engourdir dans le travail ses dernières énergies et ses nouveaux rêves ? Ce rénovateur de génie, a pressenti et traduit un temps nouveau. Il a ouvert les portes à ceux qui devaient suivre, mais il n’est pas toujours facile aujourd’hui de discerner parmi eux, sinon le talent, du moins la valeur, la sincérité, et l’amour, dont les âmes comme celle de Monet furent pleines.

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