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    Dossier: Québec - ville

    Non à l’industrialisation massive du panorama de Québec

    Michel Lessard

    Le maire de Québec, monsieur Régis Labeaume, a tort de ne pas voir l’allongement massif du quai du Port de Québec dans le projet Beauport 2020, comme une atteinte majeure au patrimoine de Québec, notre capitale nationale et à son économie. Le maire Labeaume a-t-il déjà pris conscience de la majesté et de la prestance naturelle du Cap-Diamant comme l’ont fait des milliers de voyageurs depuis 400 ans en arrivant à la pointe de Sainte-Pétronille de l’île d’Orléans ce qui explique en bonne part pourquoi Québec a été choisie par Champlain comme berceau du pays puis classée Site du patrimoine mondial par l’Unesco en 1985. Le maire Labeaume a-t-il déjà lu tous ces témoignages de célébrités qui depuis 150 ans ont craqué en arrivant dans le bassin de la cité de Champlain et livré des textes émouvants célébrant les charmes incomparables de cette acropole dominant majestueusement un rétrécissement des eaux du Saint-Laurent. Le maire Labeaume a-t-il déjà contemplé la monumentalité naturelle de sa ville à partir de la Côte-de-la-Miche à Saint-Joachin ou du littoral de Lévis en face, comme l’ont traduit des centaines d’artistes-peintres et de photographes dans des œuvres picturales impressionnantes conservées dans nos musées. En donnant carte blanche à son bon ami Mario Girard, l’actuel directeur-général du Port de Québec, le maire Labeaume sacrifie sur l’autel d’un développement insensé et froid, une part importante de l’âme naturelle et historique de Québec, l’éternelle.

    Tout le monde sait que lorsqu’on érige une tour mécanique de 29 étages en béton dans le voisinage immédiat d’un monument national de 5 étages en pierre de style Second-Empire, on vient d’écraser la monumentalité expressive du monument. C’est pourtant ce que l’on a fait, à la fin des années 60, en laissant construire le complexe G (édifice Marie — Guyard) tout à côté du Parlement. Urbanistes (Jean Cimon) et architectes (Édouard Fiset) progressistes du temps soutenaient qu’un 4 étages serait le maximum admissible. Depuis ce temps, on s’affaire par tous les moyens naturels à faire oublier une telle erreur d’aménagement urbain inscrite dans la bétonite réductrice d’un maire et de toute une société.

    Tout le monde sait que lorsqu’on plante une grosse bâtisse tout près d’un fragile monument historique, on tue l’essence même de l’ensemble en envahissant l’aire de protection qui le met en relief. C’est ce que le nouveau propriétaire du Moulin de Beaumont a osé faire en érigeant une salle commerciale tout à côté de ce bien historique unique chevauchant la rivière Mailloux qui coule entre ses fondations et dévale la falaise dans une chute impressionnante en face de Saint-Laurent de l’île d’Orléans. Une pure merveille, que le Conseil municipal et le ministère de la Cultureauraient dû protéger. Tous auraient eu avantage à visiter les Cotwolds en Angleterre pour apprendre comment là-bas on gère avec sensibilité son patrimoine rural à la gloire du pays.

    Tout le monde comprend que lorsqu’on érige un bâtiment au milieu d’un ensemble architectural institutionnel, on bloque l’expression d’autorité de chaque composante de cet ensemble. À Lévis, à la fin des années 60, on a laissé construire une résidence sociale banale dans les anciens jardins du curé de Notre-Dame. Ces jardins étaient entourés de l’impressionnant Collège de Lévis (1853), du premier hôtel-Dieu (1892), de la chapelle du collège (1891) et de la fabuleuse église néoclassique consacrée à Notre-Dame-de-la-Victoire (1851), la victoire de Sainte-Foy, toutes des œuvres majestueuses en pierre. On a ainsi obstrué la plus émouvante place architecturale de la ville du curé Déziel, un grand patriote, et annulé la prestance et le discours d’autorité de cet ensemble. Cette atteinte au noyau institutionnel des paroisses par des nuisances architecturales agressives modernes demeure malheureusement une constante sur le territoire national et dénote un manque de culture obnubilée par une densification mal comprise, une maladie qui caractérise plusieurs maires de municipalité incluant celui de la capitale.

    Tout le monde comprend qu’on peut tuer la monumentalité d’une œuvre ou d’un site naturel émouvant par des aménagements incongrus. Le projet Beauport 2020 du Port de Québec minera à tout jamais la valeur patrimoniale de Québec. Cet agrandissement aveugle est mené tambour battant par des cabinets de stratégie-marketing qui biaisent toutes les données pour vendre le projet à la population. Tous les chiffres concernant la création d’emplois sont gonflés comme on l’a démontré éloquemment. La manipulation de substances polluantes (poussières), toxiques et explosives dans le voisinage d’un quartier traversé par un rail industriel est inacceptable. Et il faut enfourcher la manipulation la plus honteuse pour laisser croire qu’on pourra faire de la planche à voile, du nautisme et de la plage en famille tout à côté de silos blancs de 17 étages de hauteur et d’une zone de transbordement maritime de vrac solide et liquide à quelques encablures de l’espace ludique de la plage de Beauport. Deux ministres fédéraux viennent de jouer les facteurs de la Reine en livrant un gros chèque à cette famiglia menaçante, des missi dominici qui ne connaissent rien de la valeur et de la beauté émouvante du cap et du bassin de Québec si souvent célébrées. Le projet du Port, un port de transit irrespectueux des citoyens et du gouvernement du Québec, un port qui ne profite qu’à une poignée et sert l’étranger, éventuellement les pétrolières avec un projet de duc d’Albe, ce projet doit être refusé. Malgré un discours racoleur, il ne favorise pas l’économie de Québec fondée historiquement sur ses aménités naturelles et culturelles. Les urbanistes, les architectes, les savants de l’Université Laval en matière de patrimoine et de développement durable harmonieux doivent sortir de leur mutisme. Et la presse doit ouvrir les yeux aux citoyens vigilants en les écoutant face à une terrible machine de manipulation. Ces temps-ci, on joue la distraction en annonçant que l’été prochain, les croisiéristes vont abonder, sans doute pas pour visiter une cour de quincaillerie dans la carte postale souillée.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Date de création : 2017-02-13 | Date de modification : 2017-02-16
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    Informations
    L'auteur

    Michel Lessard
    Michel Lessard, Ph. D., historien, Professeur titulaire retraité en Histoire de l’art, Université du Québec à Montréal.
    Mots-clés
    Port de Québec, paysage, industrialisation
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