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    Dossier: Michel-Ange

    du carton de la guerre de Pise à la statue de bronze de Jules II (1504-1508)

    Anatole Montaiglon
    XXI. Le carton de la Guerre de Pise. — XXII. Premiers rapports avec Jules II. — Séjour à Carrare. — XXIII. Les Esclaves du Louvre. — XXIV. La Vierge de Bruges. — XXV. Fuite de Rome. — XXVI. La statue de bronze de Jules II.
    XXI. LE CARTON DE LA GUERRE DE PISE. C'est à cette époque, c'est à-dire de 1503 à 1504, qu'il fit pour, Taddeo Taddei le bas-relief de la Vierge et de l'enfant Jésus qui est à l'Académie de Londres, pour Bartolomeo Pitti une Sainte Famille en bas-relief, qui est aux Offices, et probablement le grand tableau à la détrempe de la Sainte Famille maintenant aux Offices et qu'Agnolo Doni paya cent quarante ducats pour l'avoir d'abord voulu payer quarante au lieu des soixante qui étaient convenus 247,3.

    C'est aussi à cette époque qu'il fut chargé d'une grande peinture par Piero Soderini, qui semble avoir cherché toutes les occasions de faire travailler Michel-Ange. Léonard avait été chargé de peindre une des murailles de la grande salle du Conseil, dont il a été question plus haut, et c'est pour cela qu'il fit le carton de la Bataille d'Anghiari. Michel-Ange, qui avait vingt-trois ans de moins que Léonard, se trouvait ainsi en compétition avec le grand Milanais qui avait déjà peint sa sublime Cène vers 1495. On vient de trop bien parler du mérite de l'œuvre de Michel-Ange pour que je répète dans cette biographie chronologique ce qui a trait à cette œuvre où il avait, en prenant son sujet dans la guerre avec Pise, représenté des soldats florentins, se baignant dans l'Arno et rappelés par la trompette, qui remettaient en hâte leurs vêtements et leurs armures. Le sujet n'avait rien d'historique, et l'artiste n'y avait évidemment cherché qu'un motif pour accumuler et varier des corps et des gestes d'hommes nus. Par la gravure du groupe des Grimpeurs de Marc-Antoine, d'un dessin si pur qu'on est presque en droit de la croire faite d'après un dessin de Raphaël, on se peut. rendre compte du mérite et de la nouveauté de l'œuvre. Après avoir été faite clans une salle de l'hôpital des Teinturiers, à Sant'Onofrio 248,1, le carton fut laissé par Michel-Ange dans ce qu'on appelait la Salle du Pape, à Santa-Maria-Novella 248,2 puis dans le palais des Médicis dans la grande salle d'en haut 248,3 qui devint un véritable lieu d'études pour tous les artistes. Vasari a énuméré quelques-uns des artistes qui y vinrent étudier, mais l'appréciation de son retentissement et de son influence sort du domaine spécial où nous devons ndus renfermer.

    Ce que nous devons dire c'est qu'on ne sait pas au juste quand il fut commandé ni commencé. Gaye (II, 92-3) a publié quelques payements partiels qui vont du 30 octobre 1504 au 30 août 1505, moment où il était certainement uni puisqu'il y est question de dépenses relatives à une préparation de la peinture. Pendant un temps, il n'était pas facile de voir le carton, puisque, le 2 juillet 1508, Michel-Ange écrit de Rome à son neveu qu'il s'occupe de faire avoir les clefs à un jeune peintre espagnol qui va à Florence et qui lui avait demandé les moyens de voir son carton. Dans la. lettre suivante il ajoute: «J'ai su que l'Espagnol n'avait pas été assez heureux pour entrer dans la salle. La chose m'a touché, mais quand tu verras ceux qui ont les clefs, prie-les au moins d'en faire autant vis-à-vis des autres 248,4

    Plus tard, en 1512, lors des troubles de la chute de Soderini et du triomphe des Médicis, le carton disparut. Vasari, qui ne prononce pas de nom dans la Vie de Michel-Ange, accuse formellement Bandinelli dans la Vie de celui-ci (X, 296-7) de l'avoir détruit, soit par partialité pour Léonard, soit par haine de Michel-Ange, dont il fut du reste l'ennemi toute sa vie. Mais ce n'est qu'un seul témoignage, et l'accusation est bien grave pour être absolument acceptée.

    En février 1575, des Strozzi de Mantoue offrirent au grand-duc de Toscane quelques fragments possédés par eux 248,5 et qui malheureusement ne furent pas acquis, car ils ont également disparu. On sait l'amitié de Michel-Ange pour Robert Strozzi. Ne serait-ce pas de Michel-Ange même que ceux de Mantoue auraient tenu ces débris?

    Enfin, comme biographie, il n'est pas sans intérêt de rappeler ce passage d'une vie anonyme de Léonard, que M. Gotti, II, 48, a extrait de l'Archivio istorico. Léonard et un ami passant auprès du banc des Spini sur lequel étaient, assis quelques hommes de bien qui discutaient sur un passage de Dante, ils l'appelèrent et appelèrent aussi Michel-Ange, qui vint à passer en même temps. Alors Léonard répondit: «Michel-Ange vous l'expliquera.» À quoi Michel-Ange, croyant qu'il l'eût dit pour se moquer de lui, répondit en colère: «Explique-le toi-même, qui as fait le dessin d'un cheval pour le couler en bronze et qui, ne pouvant le fondre, l'as abandonné honteusement.» Et, cela dit, il tourna le dos et s'en alla. Léonard devint rouge à ces paroles, et Michel-Ange, voulant le piquer, ajouta encore «et qui t'était confié par ces capons de Milanais».

    XXII. PREMIERS RAPPORTS AVEC JULES Il. — SÉJOUR A CARRARE. — Maintenant, sauf des œuvres isolées, ce qu'a fait Michel-Ange est bien autrement connu, et ceux qui viennent de parler de ses sculptures et de ses peintures en ont traité avec les développements de critique et de description que je dois m'interdire. Je serai donc dans certains cas fort bref, en faisant remarquer qu'à partir de ce moment Michel-Ange appartient presque exclusivement aux papes, qui en prennent en quelque sorte possession. À Florence aussi bien qu'à Rome, c'est pour eux qu'il travaille, pour Jules II, pour Léon X, pour Clément VII, pour Paul III, pour tous ceux qui se succéderont jusqu'à sa mort. Le Tombeau de Jules II, la façade de San-Lorenzo, les tombeaux de la Chapelle des Médicis, le plafond de la Sixtine, le Jugement dernier et enfin la construction de Saint-Pierre: voilà les travaux que Michel-Ange exécute, abandonne ou modifie incessamment, et sur lesquels, avec toutes les vicissitudes des découragements et des triomphes, roulent toute sa vie, toutes ses pensées, tous ses efforts. Il nous faut ici passer plus rapidement, et en quelque sorte d'autant plus que les œuvres sont plus importantes, sans donner autre chose qu'un ordre chronologique pour ce qui vient d'être dit par d'autres.

    Jules II, de la famille de la Rovère et neveu de Sixte IV, avait succédé à Pie III en novembre 1503. Ce fut dans la première ou dans la seconde année de son pontificat, — Michel-Ange lui-même emploie les deux termes, l'un dans une lettre de 1542 249,1, l'autre dans la fameuse lettre de 1524 249,2, — que Jules II le fit venir à Rome et lui commanda son tombeau. Il est probable que ce fut à la fin de 1506. Condivi, qui rappelle (p. 23) les 200 ducats qui lui furent envoyés pour son voyage, dit qu'il se passa de longs mois avant que le pape se résolût à décider ce qu'il ferait faire à Michel-Ange. Une fois qu'on se fût arrêté au projet de son tombeau, Michel-Ange, devant la première ardeur de Jules II, dut se mettre aussitôt à l'œuvre, travailler aux quarante statues du grand projet que nous connaissons par ses biographes, et faire extraire la masse des marbres nécessaires à son exécution, et qui à eux seuls ne devaient pas coûter moins de 1,000 ducats. Pour cela, nous le savons de lui-même, il resta huit mois à Carrare. Comme les marchés pour faire transporter à Rome les premiers marbres et deux statues sont du 12 novembre et du 10 décembre 1505, c'est-à-dire de la fin du séjour, le premier contrat fait à Rome et la venue à Carrare doivent être aux environs d'avril 1505.

    Avec plus de place, nous suivrions, dans les Ricordi comme dans les marchés, tous les voyages et tous les séjours de Michel-Ange à Carrare, où, il faut le dire, il perdit bien du temps et le meilleur de sa force à ces préparations immenses de travaux abandonnés à mesure, mais il y a heureusement sur ce point le beau travail de M. Carlo Frediani qui permet de moins insister.

    Il faut rappeler seulement que c'est à ce séjour que Condivi rapporte le projet qu'eut Michel-Ange, préoccupé sans doute du colosse que l'antiquité avait voulu tailler dans le mont Athos, de tailler aussi un colosse dans un des rochers qui dominent la mer, et parler ici de l'histoire des deux Prisonniers du Louvre.

    XXIII. LES ESCLAVES DU LOUVRE. — Ce sont les deux figures indiquées dans le contrat de transport, et Condivi, p. 26, parle bien de deux prisonniers comme faits à ce premier moment. On sait que quatre autres ont été seulement ébauchés; ce sont les marbres qu'à l'entrée des jardins Boboli on voit mal à travers la grille, rarement ouverte, de la grotte Buontalenti. Ceux de Paris sont admirables. L'un, à moitié assis, est déjà violent et contourné, mais l'autre, celui qui a la tête renversée et endormie, est admirable. Michel-Ange a fait des statues plus vigoureuses; il n'en a pas fait de plus belle ni de plus parfaite. Pour les Anciens, ce serait le Génie même du Sommeil ou de la Mort.

    On a cherché à préciser le sujet des prisonniers, et l'on a pensé à y voir les villes soumises par Jules II. Il y a pourtant là-dessus un passage de Condivi bien important et qu'il ne faut pas éviter, comme il semble qu'on ait fait jusqu'à présent. Selon lui, et il ne fait que répéter ce que lui a dit Michel-Ange, ces statues, liées comme des prisonniers, «représentaient les Arts libéraux, ainsi la Peinture, la Sculpture et l'Architecture, chacune avec ses attributs caractéristiques, de sorte que chacune pût être facilement reconnue. Elles exprimaient, en même temps, que toutes les Vertus étaient prisonnières de la Mort avec le pape Jules, et qu'elles n'étaient pas pour trouver jamais quelqu'un pour les favoriser et les entretenir comme lui».

    L'idée est bizarre, mais elle est de Michel-Ange. Serait-il trop hardi, à cause de la masse ébauchée qui est derrière la jambe de la plus belle des deux figures du Louvre, et qui offre incontestablement le corps accroupi et le profil de la tête d'un gros singe, de penser que ce beau prisonnier représente la Peinture, dont le moyen et le but sont l'imitation et de laquelle on dit couramment qu'elle est le singe de la Nature?

    Ces deux statues sont en France depuis le XVIe siècle. On sait qu'à la suite de la maladie pendant laquelle Michel-Ange avait, en 1544, été logé et soigné à Rome chez Robert Strozzi, il les lui donna 251,1. Celui-ci les apporta en France; les offrit-il d'abord à François Ier? Lui furent-elles achetées par le connétable Anne de Montmorency? Toujours est-il qu'elles ornaient les niches d'une des façades de la cour de son château d'Écouen, et nous les y voyons dans une des planches de Ducerceau. Elles y restèrent jusqu'à la mort tragique de Henri de Montmorency qui, en 1632, les donna, avant de mourir, au cardinal de Richelieu 251,2. Celui-ci les porta dans son château de Poitou. Les Promenades de Richelieu, de Desmarets de Saint-Sorlin, en 1653, le Voyage en Limousin, de La Fontaine, en 1663, la Description en vers, de Vignier, en 1676, en parlent comme il convient; elles étaient sur le balcon, devant le dôme du grand escalier. Dès avant 1749 251,3, le maréchal de Richelieu les avait fait transporter à Paris, dans les jardins de son hôtel, au coin du boulevard et de la rue de Hanovre actuelle; elles y étaient sous des niches de treillages «couvertes en baldaquins avec plafonds en coupoles et campanes 251,4». Sa veuve les mit dans une écurie de sa maison du faubourg du Roule, et on allait les vendre, en 1793, quand Lenoir en arrêta la vente et, en en prenant possession, les conserva à la France. Elles ont été, sous le premier Empire, dans l'ancienne petite cour du Musée et se voient maintenant dans la salle italienne du musée des.sculptures de la Renaissance, dont elles sont le plus beau joyau 252,1.

    Mais, avant de suivre les rapports de Jules II et de Michel-Ange, c'est le lieu de parler d'une statue de Michel-Ange qui n'a repris que de nos jours la place et le rang qui lui sont dus.


    XXIV. LA VIERGE DE BRUGES. — Aucune œuvre de Michel-Ange n'a peut-être été exposée à tant de doutes que la Vierge en marbre, assise, avec le bambino debout entre ses genoux, que l'on admire depuis trois siècles et demi dans l'église Notre-Dame de Bruges. Si personne n'en avait rien dit, la question serait beaucoup plus simple, car l'œuvre parle d'elle-même et elle est par là comme signée. L'invention et l'aspect général, la tête de la Vierge, l'arrangement des plis de la robe sur la poitrine, sont absolument personnels au maître et le geste superbe et fier de l'enfant qui se jette en arrière ne peut être que de Michel-Ange. Mais ses deux biographes parlent d'une œuvre de bronze. Vasari en parle comme d'un bas-relief de bronze fait pour les Moscheroni, et Condivi emploie le terme: «Il fondit en bronze une Vierge avec son fils entre les cuisses 252,2; elle lui fut payée cent ducats par des marchands flamands nommés Moscheroni, d'une très noble famille dans leur pays, et fut envoyée en Flandre.»

    Le témoignage de Vasari est nul; il n'en parle pas dans sa première édition et l'a ajouté dans la seconde, d'après Condivi, avec cette malheureuse addition du mot tondo, médaillon, écrit pour ne pas avoir l'air de copier. D'un autre côté, si Condivi parle à juste titre de l'ceuvre à propos de la jeunesse de l'artiste puisqu'il la met après le David, il faut remarquer qu'il ne l'a jamais vue, étant né seulement en 1520, et qu'il peut très-facilement s'être trompé sur la matière, n'en ayant pu qu'entendre parler et d'une façon très éloignée.

    Mais sur la statue même de Bruges, les témoignages sont constants; ils la mènent jusqu'à son départ d'Italie 252,3, et il n'est pas sans intérêt de les rappeler, non dans l'ordre où ils ont été produits, mais avec leur date réelle, en commençant par faire souvenir que la décoration murale en marbre blanc et noir, où la statue se détache seule sur le fond sombré de la niche centrale, est déjà une preuve de l'admiration qu'on a toujours eue pour elle. et du prix qu'on y attachait.

    En 1773, M. Beaucourt de Noortvelde, dans une Description spéciale de Notre-Dame publiée à Bruges, cite le nom de Michel-Ange, mais il se trompe en la faisant donner par Pierre Mouscron, mort en 1571 à cinquante-sept ans, et né par conséquent seulement en 1514. Il doit être dans le vrai quand il lui attribue l'érection de la décoration murale en marbre blanc et noir, dont le style ne peut en effet être antérieur que de quelques années à 1571. Pierre Mouscron fut enterré sous l'autel; il y a donc lien de croire sienne l'armoirie qu'on voit encore sur le 'socle de la statue.

    On pourra dire que le nom de Michel-Ange peut n'être là qu'une tradition, mais cette tradition existait déjà au XVIe siècle. Dans une histoire de Belgique, écrite en flamand par Marcus van Waernewyck, et dont la première édition, parue en 1560, est antérieure de quatorze ans à la mort de Michel-Ange, on trouve, avec le nom de Michel-Ange, qu'elle a coûté quatre mille florins et qu'on doit l'entourer d'un retable, dont Jean de Heere, de Gand, a donné le plan et son fils Lucas le dessin. Le témoignage est le même, mais il est bien autrement considérable.

    On connaît le journal du voyage de Dürer en Flandre. Quand il parle de Bruges, où il arriva le dimanche 7 avril 1521., voici ce qu'il en dit «Je vois aussi, dans l'église de Notre-Dame, la statue de la Vierge en albâtre faite par Michel-Ange de Rome. 253,1» Cela suffirait déjà, à cause de la date, mais M. James Weale 254,1 la dit donnée en 1510 par un Pierre Mousci-on, évidemment différent de celui qui meurt en 1571. On voit que les marchands flamands du nom de Moscheroni et les Mouscron de Bruges sont évidemment les mêmes.

    Devant cet ensemble et cette suite, il serait déjà vraiment impossible de ne pas se rendre et l'on ne voit pas ce qu'on pourrait demander de plus. Une lettre adressée de Rome à Michel-Ange par un certain Balducci, en date du 4 août 1506 et publiée par M. Gotti (II, 51.), ne permet plus d'objection. Le Balducci, qui paraît être en relations avec les Mouscron et leur avoir servi d'intermédiaire, indique à Michel-Ange comment la statue doit être par les soins, soit de Francesco del Pugliese, soit de Giuliano d'Adamo, envoyée à Viareggio, près de Lucques, et de là «en Flandre, c'est-à-dire à Bruges, comme chose leur, aux héritiers de Jean et Alexandre Moscheron et compagnie». La statue n'est pas nommée, mais avec la mention «Mouscron et compagnie», le doute n'est pas possible.

    On voit de plus combien M. Reiset, dans sa note sur ce groupe (p. 7-8) qui est antérieure à la publication de Gotti, avait raison d'en mettre le travail avant 1505, date de son second voyage à Rome et au moment même où il terminait le carton de la guerre de Pise. Ne faudrait-il pas aussi supposer, à cause de la mention de Lucques et de Viareggio, que cette Vierge a été faite à Carrare? Si elle l'eût été à Florence, elle serait plus facilement partie par la voie de Pise.

    XXV. FUITE DE ROME. — Pour contenir un monument aussi considérable que le Tombeau de Jules II, l'ancien Saint-Pierre n'offrait.pas de place convenable. On voulut d'abord terminer, pour le mettre, la chapelle que Nicolas V avait déjà fait commencer, puis le pape se décida à faire réédifier à nouveau toute l'église et en chargea le Bramante. C'est donc indirectement à l'œuvre de Michel-Ange, qui ne devait pas être exécutée telle qu'elle avait été conçue, qu'est due la construction de Saint-Pierre 254,2. Quant au tombeau, les marbres étaient arrivés de Carrare; ils étaient sur la place de Saint-Pierre devant l'église Sainte-Catherine, et c'était là que Michel-Ange avait son atelier à côté du corridor du Vatican, et le pape avait même fait faire un pont pour pouvoir aller, quand il le voudrait, y voir travailler son sculpteur 254,3.

    Mais il se préparait un gros orage et nous pouvons aujourd'hui dire d'après Michel-Ange ce qui au bout de trois mois le fit se sauver de Rome 255,1. Il avait payé de son argent les frais des transports de Carrare; il avait monté sa maison; il avait fait venir des jeunes gens de Florence, et il ne pouvait pas être payé. Il avait entendu le pape dire qu'il ne voulait plus dépenser un baïoque en pierres, ni petites ni grosses. Quand, il était revenu à la charge, il n'avait jamais pu parvenir jusqu'au pape, et en dernier lieu un valet l'avait formellement chassé sur l'ordre du pontife. Mais tout cela ne fut pas encore la seule raison de son départ: «Ce fut encore autre chose que je ne veux pas écrire (la lettre devait être montrée au pape); il suffit qu'elle me fit penser, si je restais à Rome, que l'on m'y enterrerait avant le pape.» Évidemment il craignait tout, jusqu'à un coup de couteau, de ses envieux et de ses ennemis, et il y mettait certainement le Bramante à cause de son amitié pour Raphaël.

    Toujours est-il qu'après avoir entendu un vendredi matin la réponse du palefrenier, après avoir écrit au pape que désormais on le trouverait ailleurs qu'à Rome 255,2, dans la nuit même, après avoir chargé ses domestiques de vendre à des juifs tout ce qui était dans sa maison, il monta à cheval à deux heures du matin et alla d'une traite à Poggibonsi à vingt milles de Rome, mais en dehors des États romains. Il y fut immédiatement rejoint par cinq courriers, porteurs d'un billet du pape, qui avaient ordre de le ramener. Mais Michel-Ange ne voulut rien entendre; il répondit une courte lettre au pape et continua sa route pour Florence. Ceci devait se passer dans le courant du mois d'avril.

    Si l'artiste était fier et ombrageux à l'excès, l'irascible Jules II était d'une singulière violence, et rien n'est plus étrange que cette lutte toute personnelle d'un pape et d'un de ses domestiques, à prendre le mot dans son vieux et véritable sens. Michel-Ange écrit à San Gallo qu'il veut bien continuer la sépulture, mais à Florence; Jules II envoie trois brefs à la Seigneurie, pour redemander son sculpteur. Nous ne possédons malheureusement que celui du 8 juillet 1506 255,3:
    Michel-Ange, qui s'est éloigné de nous par légèreté et par caprice, craint, nous dit-on, de revenir. Nous ne sommes pas irrité contre lui, parce que nous connaissons l'esprit des gens de cette sorte. Mais, pour qu'il dépose tout soupçon, nous invitons votre dévotion à lui vouloir bien promettre en notre nom que, s'il revient auprès de nous, il ne lui sera rien fait, et que nous lui rendrons cette même grâce apostolique dans laquelle il était avant son départ.
    Mais Michel-Ange avait peur de remettre les pieds dans la caverne du lion. Rien n'est plus amusant, entre l'artiste qu'il aimait et, de l'autre côté, le pape qu'il craignait, et l'intérêt de Florence, que l'embarras du gonfalonier. Il lui disait qu'il avait bravé le pape comme l'aurait fait un roi de France, qu'il n'avait pas à se faire prier, et que Florence ne ferait pas la guerre à cause de lui. Michel-Ange écoutait si peu les bons conseils de Soderini qu'il alla jusqu'à penser à passer chez le Turc, où des Franciscains lui promettaient la faveur du Sultan, qui lui ferait faire un grand viaduc pour rejoindre Constantinople et le faubourg de Péra 256,1, et le pauvre Soderini avait encore à lutter contre ce nouveau coup de tête.

    Heureusement le pape se trouva venir à Bologne, où il arriva le 10 novembre 1506, et le 21, le cardinal de Pavie écrivait à la Seigneurie que Michel-Ange eût à venir au plus tôt trouver le pape. Il n'y avait plus à hésiter. Michel-Ange partit avec des lettres de la Seigneurie écrites le 27 256,2. Ainsi il avait fallu trois mois pour décider Michel-Ange à se présenter devant Jules II.

    La scène est singulièrement curieuse. À Michel-Ange, qui s'agenouille et demande son pardon, Jules II répond: «Oui, au lieu de venir nous trouver, tu as attendu que nous venions te trouver.» Alors, l'évêque, qui présentait Michel-Ange à la place du cardinal Soderini, malade, intervenant pour dire qu'il fallait lui pardonner, parce que les artistes n'étaient que des ignorants qui ne savaient que leur métier, le pape, en colère, le frappe de sa canne en lui disant: «C'est toi qui es un ignorant, et tu lui dis des injures que nous ne lui disons pas.» Sur quoi le malencontreux évêque fut mis à la porte par les palefreniers, qui le bourrèrent de coups de poing, et le pape termina l'audience en donnant à Michel-Ange sa bénédiction apostolique. Tout est donc bien qui finit bien.

    XXVI. LA STATUE DE BRONZE DE JULES II. — Le séjour de Michel-Ange à Bologne fut laborieux, dur, et ne manqua pas de gêne matérielle. L'un de ses frères voulant venir le rejoindre, il l'en empêcha en lui racontant la vie qu'il menait et la façon dont il était logé; il n'avait qu'un seul lit pour lui et trois compagnons 257,1. Malheureusement toute cette peine est depuis longtemps perdue puisque la statue assise du pape Jules II, qui l'occupa seize mois 257,2 fut détruite quelques années seulement après avoir été posée.

    C'était une grande statue de bronze, dont les dimensions sont données de bien des manières. Vasari, page 186, lui donne cinq brasses de hauteur, Condivi la dit trois fois grande comme nature; une lettre de Michel-Ange 257,3, et c'est elle qu'il faut croire, dit qu'assise la statue était haute de sept brasses. On est encore moins d'accord sur le poids et sur le prix. Soderini, dans une lettre du àt janvier 1509, dit qu'elle coûte trois mille ducats; les chroniqueurs bolonais Ghirardini et Agucchia disent qu'elle pèse 17,000 livres et coûta mille ducats, Tommaso Lancilotti qu'elle en pèse 20,000 et coûta plus de douze cents ducats 257,4. Dans les lettres de l'artistes 257,5, il en donne à deux reprises la dépense comme s'étant montée à mille ducats.

    Comme Michel-Ange ne s'entendait pas aux choses du bronze «qui n'était pas son art 257,6», il fit venir pour l'aider et il employa d'abord deux Florentins, Lapo et Lodovico, ce dernier Maître de l'artillerie de Florence; mais il ne put pas continuer à se servir d'eux. Ses lettres à sa famille sont pleines de plaintes contre leur insuffisance, surtout contre celle du premier 257,7, et après avoir pensé à un Français qui se. trouvait à Bologne 257,8 ce fut un Milanais, Bernardino d'Antonio dal Ponte, aussi Maître de l'artillerie de Florence, qu'il choisit pour l'aider au dernier moment 257,9.

    Le modèle en terre fut fini à la fin de 1506, puisque le pape Jules II, qui devait quitter Bologne le 22 février 1507, vint le 29 janvier visiter l'artiste et son œuvre 257,10. Jules II retourné à Rome, l'artiste resta à Bologne. En janvier il écrivit à Buonarroto 257,11, celui de ses frères qu'il a toujours le plus aimé, qu'il espérait couler sa statue au milieu du carême et, le 26 mars 257,12, que ce serait dans un mois. Le 28 avril il écrivit à son frère Giovan Simone 257,13 que la cire est finie, et la fonte, qui se fit dans la Stanza del Pavaglione, derrière l'église 257,14, n'eut lieu que le 26 juin 1507. Malheureusement le fondeur n'avait pas assez calculé la force de chaleur nécessaire pour liquéfier tout le métal; une partie en resta dans le fourneau, et le moule ne fut pas rempli, de sorte que la statue n'existait que dans sa moitié inférieure. L'accident était des plus graves; mais, au lieu de recommencer entièrement tout le travail de la cire et du moule, on reprit en quelque sorte la fonte interrompue et la seconde opération du 2 juillet compléta heureusement la première 258,1.

    Le réparage prit plus de temps que Michel-Ange ne le croyait, mais il était terminé à la fin de janvier 1508.258,2 Elle fut enfin placée au-dessus de la porte de la façade de Saint-Pétrone et découverte le 21 février 258,3.

    On penserait, d'après les paroles échangées entre le pape et l'artiste et rapportées par ses historiens, que la main gauche de la statue devait tenir une épée et non un livre. En réalité il n'y eut ni l'une ni l'autre. Le pape, assis et mitré, donnait la bénédiction de la droite et tenait les clefs de la gauche.

    Elle ne subsista du reste pas plus de quatre ans. Lorsque les partisans de Jean II Bentiviglio eurent repris Bologne, ils firent, le 30 décembre 1511, jeter à terre la statue par un ingénieur du nom d'Arduino 258, 4. Le bronze provenait de la cloche de la tour de Bentiviglio et d'une bombarde brisée de la commune de Bologne 258,5; en 1511, la statue fut donnée au duc Alphonse de Ferrare, qui la convertit en une pièce d'artillerie énorme, qu'on nomma, à cause de son origine, la Julie ou la Julienne. Du temps de Vasari, la tête, qui pesait 600 livres 258,6, existait encore clans la garde-robe du duc; elle se perdit à son tour, et l'on n'a jamais signalé ni un dessin ni une maquette se rapportant à cette statue.

    Il semblerait que la façon dont elle fut brisée à Bologne dût désormais rompre tout rapport de la ville avec l'artiste. On sait cependant, par une lettre de 1522 258,7, qu'on le pria de venir à Bologne décider entre les différents projets d'une façade pour Saint-Pétrone; mais il ne paraît pas que Michel-Ange se soit rendu à l'invitation.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
    Informations
    L'auteur

    Anatole Montaiglon
    Érudit français (1824-1895), bibliothécaire attaché au Musée du Louvre, puis professeur à l'École des chartes, il a publié un nombre considérable de travaux dont plusieurs volumes de poésies du Moyen Âge et de la Renaissance françaises. Il a également publié une série de mémoires sur l'Académie royale de peinture, ainsi que la Correspondance des directeurs de l'Académie de France à Rome.
    Mots-clés
    La vie de Michel-Ange à travers ses oeuvres. Le carton de la Guerre de Pise (aujourd'hui disparu), les Esclaves (Louvre), la Vierge de Bruges, la fuite de Rome de Michel-Ange, la statue de bronze de Jules II (aujourd'hui perdue)
    Extrait
    «Toujours est-il qu'après avoir entendu un vendredi matin la réponse du palefrenier, après avoir écrit au pape que désormais on le trouverait ailleurs qu'à Rome, dans la nuit même, après avoir chargé ses domestiques de vendre à des juifs tout ce qui était dans sa maison, il monta à cheval à deux heures du matin et alla d'une traite à Poggibonsi à vingt milles de Rome, mais en dehors des États romains. Il y fut immédiatement rejoint par cinq courriers, porteurs d'un billet du pape, qui avaient ordre de le ramener. Mais Michel-Ange ne voulut rien entendre; il répondit une courte lettre au pape et continua sa route pour Florence. Ceci devait se passer dans le courant du mois d'avril. Si l'artiste était fier et ombrageux à l'excès, l'irascible Jules II était d'une singulière violence, et rien n'est plus étrange que cette lutte toute personnelle d'un pape et d'un de ses domestiques, à prendre le mot dans son vieux et véritable sens.»
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