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    Dossier: Lieux communs

    Combien un homme peut produire de bien dans une paroisse

    Nicolas-Edmé Restif de la Bretonne
    Extrait de La vie de mon père qui illustre comment au XVIIIe siècle la mise en valeur et leur usage des terres s'exerçaient souvent en dépit de titres de propriétés. Pour Edme R., père de Restif de la Bretonne, dont personne ne contestait la fortune obtenue à force de bras et d'ingéniosité, la satisfaction la plus profonde était celle d'avoir arraché à une nature jusque là trop peu favorable, des terres propres à nourrir les paroissiens de Saci et leur bétail.
    Avant de parler des travaux de mon père et de mettre le lecteur à portée de les apprécier, il faut donner une idée de l'état où était la paroisse de Saci, lorsqu'il vint y demeurer. On disait autrefois les besaciers de Saci, parce que les habitants mendiaient presque tous, ce qui n'était pas étonnant avec un si mauvais territoire; celui de Nitri au contraire est fort bon, et tous les habitants étaient à leur aise. Les choses sont bien changées aujourd'hui! c'est Nitri, avec son bon territoire, qui demande l'aumône à Saci. On peut dire de la prospérité d'une paroisse la même chose que des victoires d'une armée: il n'y faut qu'un bon chef; les bras sont partout les mêmes. Ce fut la science de les bien employer qu'Edme R.. a portée à Saci, et qui y subsiste toujours. Lorsqu'il vivait encore avec son beau-père et qu'il ne faisait qu'exécuter ses ordres, Edme commençait à faire des remarques sur les moyens d'améliorer un finage qui n'en paraissait guère susceptible: son nom même en indique la nature; il se nomme en latin Saxiacus, de saxo (pierre); c'est en effet un pays hérissé de grandes et larges pierres, qui pourraient être une sorte de produit, si ce village était à portée de quelque grande ville; mais il est isolé, et ses carrières, si faciles à fouiller, ne font en se délitant qu'augmenter chaque année l'aridité du sol.

    Le premier essai qu'Edme R. fit de la manière qu'il avait imaginée fut dans un champ de son beau-père: on y découvrait sous la pierre une terre noire assez fertile; Edmond sacrifia le haut du champ, presque absolument non labourable, pour y amonceler les pierres. C'est le plus rude de tous les travaux rustiques; cependant, il s'y employa avec un infatigable courage, et se fit aider des domestiques; il eut soin de maçonner lui-même, avec les pierres les plus larges, le bas du merger (c'est le nom qu'on donne à ces tas de pierres) et de mêler dans les entre-deux un peu de terre, avec des touffes de laume et d'autres herbes du genre des graminées, jusqu'à la hauteur d'un homme, tant pour consolider par là le bas du merger que pour fournir une pâture aux bestiaux, presque égale en étendue au terrain qu'il était forcé de couvrir. Il avait aussi eu soin de pratiquer un chemin en limaçon pour monter jusqu'au sommet; et chaque année, avant le labourage, on y portait les pierres que les pluies avaient découvertes.

    Il n'y a pas de meilleur engrais que l'épierrage. La récolte de ce champ alla à plus du double de celle des années ordinaires et paya dès la première le temps qu'on avait donné à l'amélioration: toutes les années suivantes furent donc un profit net. Aussi ai-je entendu souvent mon père désirer qu'on employât les malfaiteurs des prisons, avant leur jugement, en qualité d'épierreurs , sous la garde de quelques soldats qu'on ôterait des garnisons où ils sont inutilement casernés. Il serait même à propos qu'en certains cas cette condamnation fût substituée aux galères, avec l'attention de faire bien exécuter l'ouvrage sous la direction de l'un des syndics de la paroisse à épierrer. Il pensait encore qu'on aurait pu employer ces gens-là au redressement du lit des rivières qui mangent d'excellentes prairies, pour ne laisser de l'autre côté qu'une grève de sables, etc...

    Edme R.., malgré la réussite, essuya des contradictions de la part de son beau-père et il ne put faire un second merger. Quelques habitants l'imitèrent; mais n'ayant eu ni l'attention de maçonner le pied, ni de le gazonner, les pierres ne tardèrent pas à recouvrir tout l'héritage, tandis que le premier merger d'Edme R.. subsiste encore au bout de plus de soixante ans et sert aujourd'hui de monument à sa mémoire. Dès qu'Edme R.. fut maître de lui-même, il déploya les talents qu'il avait reçus de la nature pour le plus noble et le premier des arts. Il laboura avec une si grande intelligence, en se proportionnant à la nature du terrain, en creusant avec le soc, ou en ne faisant qu'effleurer le sol, suivant que la terre végétale était profonde ou légère, surtout par l'attention à ne pas déraciner les pierres dans cette dernière où à ne la pas mêler avec un tuf stérile, qu'on distinguait ses guérets de ceux des voisins par un demi-pied de plus dans la hauteur des tiges. Les habitants de Saci, témoins de ses succès, ne tardèrent pas à l'imiter: le sommet aride des collines fut couronné de mergers immenses, et les champs voisins commencèrent à produire.

    Bientôt, le cultivateur encouragé défricha des terres incultes, qui formaient bien le tiers du finage. Ce fut encore Edme R.. qui en donna l'exemple: ce travail est pénible à la charrue, et deviendrait trop coûteux si on le faisait à bras d'hommes, outre que dans un pays aussi peu fertile, il n'y avait pas de bras de reste. Edme R.., pour ne pas perdre un seul labour, mit la charrue dès la fin de janvier dans les terrains incultes et abandonnés qu'il voulait défricher; et avec ce premier labour il y sema de l'avoine. Ce grain y leva assez bien, mais les mauvaises herbes y crûrent en plus grande quantité. Que faisait cela à Edme R..? Il se trouva suffisamment dédommagé de quelques jours de labour par l'excellent fourrage que ces novales lui produisirent. La terre un peu ameublie par là, recevant ensuite trois labours consécutifs, se trouvait en état d'être ensemencée en blé l'année suivante. Si le terrain était couvert d'épines et de genièvres, le préalable était de les arracher; mais ce surcroît de travail n'était pas une perte, puisque ces mêmes bois faisaient un excellent chauffage pour le four à cuire le pain.

    Avec le caractère laborieux des habitants de Saci, ils ne demandaient qu'à être instruits d'exemple: ils marchèrent à l'envi sur les pas d'Edme R.., rougissant qu'un étranger à leur égard eût plus d'industrie qu'eux. Mais ce n'était là tout au plus que la moitié du travail à faire dans cette paroisse. Edme R.. s'aperçut bientôt qu'il y avait certaines collines absolument indéfrichables par leur pente trop raide. Les habitants faisaient alors si peu de vin que les anciens seigneurs, en les chargeant de la dîme exorbitante de douze gerbes l'une pour un si mauvais terroir, outre une gerbe par arpent, avaient négligé d'établir aucun droit sur les vignes. Edmond fit à ses dépens l'essai de planter une partie de l'un de ces coteaux non labourables: sept ans de soins et de dépenses suffirent à peine pour en faire une vigne; mais enfin, elle produisit un vin excellent, qui n'avait d'autre défaut que d'être trop tendre, c'est-à-dire potable au bout de six mois, et ne pouvant se garder au-delà de trois ans dans toute sa bonté. À son imitation, le laborieux Saxiate planta des coteaux incultes, et bientôt le produit des vignes, absolument créé, puisqu'il n'existait pas auparavant, surpassa celui des terres. Ce ne fut cependant pas l'ouvrage d'un jour: il fallut environ trente ans pour donner à cette culture le degré de perfection et de rapport qu'elle a aujourd'hui. On reconnut bientôt que la vigne ne durait guère que vingt ans sur ce terrain aride, et qu'il fallait la renouveler souvent.

    Edme R.. fut le premier à remarquer cet inconvénient, et il y chercha un remède. En diminuant les friches, on avait augmenté les bestiaux nécessaires à la culture; devenus plus aisés, les habitants s'étaient donné les utiles animaux qui adoucissent la vie: la vache, la brebis, la chèvre; on avait besoin d'une assez grande quantité de fourrage, et par un retour profitable à l'agriculture, cette consommation produisait une plus grande quantité d'engrais. Il y avait bien une excellente prairie dans le même vallon où est situé le village; mais alors une moitié seulement était d'un bon rapport. Edme songea au moyen de faire dans les vignes arrachées des prairies artificielles qui, devant durer sept à huit ans, reposeraient suffisamment la terre pour la mettre en état d'être replantée en vigne. La nature même du terrain lui indiqua la plante qu'il devait semer: il vit du sainfoin sur le sommet des collines, dans les endroits où les pluies avaient laissé un peu de terre. Il sema donc cette plante montagnarde en arrachant sa vigne et il eut la satisfaction de se procurer un excellent fourrage, sans perdre une seule année de produit. L'usage s'en établit aussitôt dans le pays, et aujourd'hui lorsqu'un homme abandonne une vieille vigne, on dit qu'il y a semé du sainfoin. La première année du produit de cette plante étant faible, on laisse subsister les vieux ceps, qui dédommagent un peu par quelques raisins; l'hiver suivant on les coupe par le pied et les tendres rejetons se mêlent avec le foin de l'année suivante, dont ils augmentent la quantité. La faux achève de les faire périr.

    Quoique Edme R.. ait employé au moins trente ans à toutes les opérations que je décris, je les rapporte de suite, et parce qu'elles ont une liaison entre elles, et pour n'y plus revenir. J'ai dit qu'il n'y avait qu'une partie de l'excellente prairie de Saci qui fût d'un bon rapport. Cette partie même était souvent noyée, sans que personne cherchât à y porter remède. Edme conseilla de faire un fossé large et profond au milieu de la prairie pour en faire écouler les eaux. Ce projet fut exécuté, et le produit du foin en fut double et de meilleure qualité.

    Quant à la partie presque inutile et qui ne servait que de vaine pâture, il y avait beaucoup plus de travail. Edme R.. y possédait une pièce assez considérable: à quelque distance, et sur le bord même de la prairie, il avait un champ, qui n'était qu'un monceau de grosses pierres roulées du coteau voisin depuis qu'il était cultivé. Edme fit faire un large fossé au milieu de sa prairie, profond de dix pieds; il y fit porter toutes les pierres de son champ, à la hauteur de huit pieds; on étendit sur le lit de pierres une couche d'argile d'un pied d'épaisseur; il fit ensuite remettre de la terre à la hauteur de quatre, et par-dessus, la motte de gazon qu'on avait soigneusement conservée: ce qui donnait au sol trois pieds et demi d'élévation au-dessus du niveau. À côté de ce fossé, on en fit un autre, qu'on emplit de la même manière, jusqu'à ce qu'on eût tenu toute la pièce. Qu'arriva-t-il? L'inondation survint; mais le pré d'Edme R.. formait au-dessus de l'eau une île verdoyante, qui donna un foin grand, fin et propre. Son champ ne le dédommagea pas moins de ses dépenses; le froment y vint comme on n'en avait jamais vu dans le pays. Dès l'automne suivant, tous les voisins l'imitèrent; il y en eut qui allèrent chercher des pierres jusque dans leurs champs les plus éloignés. Aujourd'hui cette portion de la prairie est celle qui rapporte davantage. On voit par là combien un seul homme peut produire de bien dans une paroisse, lorsqu'au lieu d'exercer son industrie par une rapacité qui engloutit tout, il la tourne à la recherche de moyens innocents qui, loin de nuire aux autres, leur sont au contraire profitables. Aussi la prospérité dont a joui longtemps Edme R.. n'a-t-elle jamais été enviée.

    Le digne avocat R.. vint voir mon père au milieu de ses travaux, dont le bruit avantageux était parvenu jusqu'à lui. Il fut frappé d'admiration; et comme mon père était aux champs lorsqu'il arriva, il alla faire ses informations au vénérable Antoine Foudriat, alors curé, avant de parler à son parent. Il ne put retenir ses larmes, en le voyant arriver couvert de sueur; et lui jetant les deux bras au cou, il lui dit:

    «Mon cher Edmond! je vois par ce qui t'arrive que c'est Dieu lui-même qui inspire les pères lorsqu'ils commandent à leurs enfants: qui n'aurait regardé comme une folie la conduite de l'honorable Pierre, si l'on avait su la fortune et le bonheur qu'il te faisait manquer! Cependant! quel avantage pour ce pays que ton digne père inspiré de Dieu t'ait rappelé dans ta patrie, pour y exercer ces précieux talents d'où dépend le bien-être de toute une grande paroisse! Qu'importe que tu aies de la peine? Quel est l'honnête homme qui n'enviera pas ton sort? Je l'envie, ô Edmond, ô mon digne parent, et l'honneur de mon nom; je l'envie pour mes fils et pour moi-même. Je sais la réputation que tu t'es déjà acquise. Ton grand-père, mon honorable oncle, s'appelait l'Homme juste ; tu le fais revivre, et l'épithète qui sort de la bouche d'un chacun dès qu'on t'a nommé, c'est l'Honnête homme ! Ah! mon ami, mon cher cousin! le beau titre, si volontairement et si librement donné par tout un pays à un homme qui ne compte pas encore trente-six ans! Béni sois-tu, Edmond! Béni soit le père qui t'a rappelé parmi nous, et Dieu l'en récompense! Bénie soit la mère qui t'a nourri et qui t'a élevé dans l'amour du travail et du devoir, en te donnant son cher et précieux exemple!»

    J'ai rapporté ici cette tendre effusion d'un coeur vertueux pour couronner dignement cet article des travaux rustiques de mon père. Mais la récompense la plus flatteuse pour lui et la plus digne de son coeur, ç'a été de laisser en mourant la paroisse florissante, et les habitants en général, qu'il avait trouvés mendiant leur pain, les plus à leur aise de tous les environs. Nitri avait un sort tout opposé; j'en ai décrit les causes dans le tome I de L'école des pères, et j'y renvoie. Les soins d'Edme R.. pour le bien, et j'ose dire le bonheur de la paroisse où l'obéissance à son père l'avait fixé, ne se bornèrent pas là: il rendit aussi des services en grand, avant même qu'en qualité de juge, il eût occasion d'exercer cette générosité magnanime qui faisait le fond de son caractère. Dans les conversations qu'il avait avec les vieillards du pays, il les entendait souvent regretter des bois communs qui leur avaient été enlevés par un seigneur voisin, dans le fief duquel ils étaient enclavés. Mais tous ces pauvres paysans se bornaient à des plaintes vagues et à des voeux impuissants. «Y a-t-il des titres? leur dit Edme R.. .

    — Il y en avait; mais on ne sait ce qu'ils sont devenus.

    À force d'informations, et d'interroger les anciens, le plus âgé de tous, nommé le père Daugi, lui dit un jour: «Si nos titres n'ont pas été brûlés, ils ne peuvent être que chez le fils de notre ancien lieutenant d'il y a soixante ans, qui est fort vieux, et curé d'Annet-la-Côte».

    Dès qu'Edme R.. eut cet éclaircissement, il ne perdit pas une minute, et partit à cheval pour Annet. Il y arriva le soir, et y trouva le vieux curé presque en enfance: de sorte qu'il n'en put tirer aucun éclaircissement. Il fut réduit à s'expliquer avec la gouvernante, qui n'était nullement instruite de ce qu'il demandait. On le retint à souper et à coucher, parce qu'il était nuit lorsqu'il arriva.

    Le lendemain la bonne gouvernante lui dit: «Mais, monsieur, j'ai fait réflexion cette nuit à ce que vous m'avez dit: il y a sur le ciel du lit de monsieur le curé de vieux parchemins; si vous voulez y voir, attendez qu'il soit levé; car il y a tant de poussière que vous l'aveugleriez». Edme R.. tressaillit à cette nouvelle. Il attendit avec beaucoup d'impatience le lever du bon curé; enfin il lui fut permis de chercher: il alla prendre les parchemins. Il y avait quarante ans qu'ils étaient là et qu'on n'y avait touché; il les trouva tous, à l'exception d'un, qui n'était pas des moins importants, qu'on avait malheureusement pris pour en couvrir un pot de raisinet envoyé à Paris. Après avoir ôté la poussière qui empêchait absolument de lire, mon père trouva le titre fondamental, celui par lequel les bois communs avaient été donnés par un ancien seigneur aux habitants de Saci pour reconnaître les bons et fidèles services qu'ils lui avaient rendus. Transporté de joie, il ne prit pas le temps d'examiner les autres, sur l'assurance qu'on lui donna qu'il n'y avait rien dans ces papiers qui intéressât les affaires particulières du pasteur. Il repartit aussitôt, malgré un furieux orage qui se préparait et qu'il essuya en route: toute son attention fut d'empêcher les titres d'être mouillés, et à peine y put-il réussir. Cet empressement à s'en retourner lui coûta cher; une pleurésie le mit à deux doigts du tombeau, ce qui prouve bien que les meilleures actions n'ont pas une récompense matérielle. Dans l'état où il était à son retour, il courut chez le curé, pour lui faire part de sa découverte: le bon pasteur en fut ravi; mais il s'occupa trop en ce moment de l'heureuse nouvelle, et pas assez de celui qui l'apportait. Ces deux hommes résolurent de ne rien négliger pour faire rentrer les habitants dans leurs droits.

    La maladie de mon père retarda l'exécution de ce projet de quelques semaines; mais dès qu'il fut convalescent, ils mirent la main à l'oeuvre. Le pasteur alla suivre l'instance à Dijon, tandis qu'Edme R.. travaillait auprès du seigneur voisin, injuste détenteur des bois communs, pour parvenir à une conciliation. Il l'obtint enfin, et les parties passèrent arrêt par lequel les habitants rentrèrent en possession, sans réclamer aucune des jouissances antérieures. On accorda une place honorifique dans l'église au seigneur cédant; enfin Edme R.. employa tous les moyens humainement possibles pour n'en pas faire un ennemi à la communauté. Ce grand ouvrage achevé, Edme R.. fut au comble de la gloire citoyenne dans sa paroisse.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Nicolas-Edmé Restif de la Bretonne
    Extrait
    «On voit par là combien un seul homme peut produire de bien dans une paroisse, lorsqu'au lieu d'exercer son industrie par une rapacité qui engloutit tout, il la tourne à la recherche de moyens innocents qui, loin de nuire aux autres, leur sont au contraire profitables. Aussi la prospérité dont a joui longtemps Edme R.. n'a-t-elle jamais été enviée.»
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    Remy de Gourmont
    propriété, droit de propriété, Révolution française, Code civil, bourgeoisie, espace commun, domaine public

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