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L'homme qui pleurait devant la beauté

Jean- Philippe Costes

Je réponds à votre invitation en vous envoyant deux textes de ma composition. Le premier, de facture classique, est un bref éloge de L'homme au bras d'or, d'Otto Preminger. Le second, plus "original", est un petit poème consacré à la Beauté - un sujet pour lequel nous avons semble-t-il un égal intérêt.



L'homme au bras d'or (The Man With the Golden Arm)

 


Otto Preminger - 1955
Par Jean-Philippe Costes

Frankie Machine (Frank Sinatra) porte un surnom qui lui sied à merveille: "l'homme au bras d'or". Son sens inné du rythme lui permet en effet de jouer de la batterie comme un ténor du Jazz. L'ancien détenu entend mettre ce don du ciel à profit pour s'offrir, dans l'Amérique onirique des stars venues du néant, la seconde chance dont il n'a cessé de rêver au fond de son purgatoire carcéral. Le dieu de la scène est hélas habité par le démon de la drogue. La tentation de l'héroïne domine son corps et crible son âme d'aiguilles empoisonnées. S'il veut avoir un brillant avenir, il lui faut d'abord en finir avec son ténébreux passé. Que l'exorcisme commence, Frankie conjure Molly (Kim Novak), son unique amie sur la Terre, de l'enfermer dans sa chambre jusqu'à la purification totale de son organisme. Hurlements sauvages, douleurs bestiales, délires abjects, le calvaire est indicible et fait planer l'ombre de la Mort sur le pauvre pèlerin de la rédemption. La résurrection est toutefois au bout du chemin de croix. L'immature impénitent se réincarne en adulte, capable de dominer ses pulsions primitives. Frankie peut exulter. Enfin, il porte mal son nom. Jamais plus il ne sera une machine, pathétique mécanique à la merci des caprices de la chair.

Il est vain de rédiger de longs discours sur L'Homme au bras d'or. Le chef-d’œuvre d'Otto Preminger ne se décrit pas. Il se voit, se revoit et se vit fiévreusement comme une plongée en plein cœur de la tragédie humaine. Le supplice du sevrage, séquence d'une incroyable audace dans les États-Unis puritains des années 1950, est l'une des plus poignantes figurations de la lutte harassante, héroïque et toujours incertaine que nous livrons contre notre meilleur ennemi: nous-mêmes.

***

L'homme qui pleurait devant la Beauté

Il a connu tous les conflits qui flétrissent le monde. Mais donne à ce guerrier un jardin polychrome, qu'il hume paisiblement ses merveilleux arômes et dans l'instant, mon ami, ses yeux de braise s'inondent.

Il a triomphé de la peste et du cancer. Mais montre à ce vainqueur un enfant sans défense, qu'il voie sans voile la splendeur de l'innocence et dans l'instant, mon ami, son cœur vaillant se serre.

Il a souffert, foi de notaire, les hideuses disputes sur les corps encore chauds. Mais qu'il surprenne des tourtereaux qui s'enlacent, qu’il aperçoive des vieux amants qui s'embrassent et dans l'instant, mon ami, son cœur de glace fond comme celui du bouillant Roméo.

Il a enduré les mille tragédies de l'humaine comédie. Mais qu'il entende un aria de Callas, une complainte de Chaplin ou la voix cristalline de Mélisande et Pelléas et dans l'instant, mon ami, les sanglots longs de ce grand endurci font résonner une poignante rhapsodie.

Quel est donc ce Samson qui malgré l'expérience, perd comme un garçon sa divine contenance? Souffrirait-il d'une pathologie pour réduire le somptueux à pure nostalgie? Ami diffamant, garde ton fiel. Le colosse n'est pas dément. Son cœur est arc-en-ciel. Cet explorateur a vu le pire et le meilleur. De ses rudes pèlerinages, il a ramené un malheur. La magnificence est incongrue sur la Terre. Elle n'est qu'un bref printemps dans un interminable hiver, une journée de bon temps dans une saison en enfer, un contraste éphémère dans notre vie de misère. Qui ne s'émeut pas tel un frêle nouveau-né face à l'étoile dans la nuit noire, lui seul est aliéné. De l'homme qui pleure devant la Beauté, ami par pitié ne te moque pas. Épargne-lui tes vaines privautés, il sent ce que jamais tu ne comprendras.

Trois de films préférés

Abondance de biens ne nuisant pas, a fortiori en période festive, je me permets d'ajouter quelques liens susceptibles d'enrichir la prochaine Lettre de l'Agora. Ils renvoient à des analyses de films qui me sont chers. Vous disposerez ainsi d'un large choix éditorial:

- La nuit du chasseur, de Charles Laughton

- Into the Wild, de Sean Penn

- L'arnaque, de George Roy Hill:


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