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    Dossier: Internet

    Les réseaux sociaux à la table d’Ésope

    Nicole Morgan

    Quel rapport peut-il bien y avoir entre le vieux fabuliste et les médias sociaux ? Un contraste entre le copain ou le compagnon,  avec qui on partage le pain et le contact, avec qui on partage les twits. Dans une langue qui peut-être la meilleure et la pire des choses.

    Comme Socrate, Ésope était, paraît-il, fort laid. Du moins c’est La Fontaine qui le dit dans l’ouvrage qu’il lui consacra (1). Comme Socrate, il ne laissa pas de traces écrites au point où certains doutèrent de leur existence (2). Comme Socrate il n’était pas noble. Il était même tout en bas de l’échelle : un esclave. Comme Socrate il a séduit les puissants par la parole, Ésope ajoutant le rire à son bégaiement « Tout le récit de la vie d'Ésope est parcouru par la thématique du rire, de la bonne blague au moyen de laquelle le faible, l'exploité, prend le dessus sur les maîtres, les puissants. En ce sens, Ésope est un précurseur de l'anti-héros laid, méprisé, sans pouvoir initial, mais qui parvient à se tirer d'affaire par son habileté à déchiffrer les énigmes» (3).

    Ces petits détails biographiques ne sont pas anecdotiques puisqu’ils servirent d’arguments de base à l’idée d’une morale du ressentiment développée par Frédéric Nietzsche. Comme quoi le rire lorsqu’il accompagne la parole a une portée non négligeable. Ce n’est pas moi qui le dit, mais Nietzsche lui même : « J'irais, écrit-il dans Par-delà le bien et le mal, jusqu'à risquer un classement des philosophes suivant le rang de leur rire. » L’auteur d’un Zarathoustra mortellement sérieux, n’a jamais été à une contradiction près, ce qui lui donne un charme indéniable.

    Mais revenons au pouvoir des mots du philosophe et du fabuliste, si puissant, si renversant que Socrate, nous dit Platon dans le Phédon, aurait consacré ses derniers moments en prison à lire les fables d’Ésope en vers. « Un poète doit prendre pour matière des mythes [...] Aussi ai-je choisi des mythes à portée de main, ces fables d’Ésope que je savais par cœur, au hasard de la rencontre ».  La remarque a d’autant plus d’importance lorsqu’on sait (ou que l’on devrait savoir) que Platon fonde le logos sur le mythos.

    Bref lisons ce qui va suivre en prenant le sourire au sérieux.

    Un jour de marché, Xantus, philosophe de son état, qui avait dessein de régaler quelques uns de ses amis, commanda à Ésope (son esclave) d’acheter de qu’il aurait de meilleur….Je t’apprendrai, dit en soi-même le Phrygien, à spécifier ce que tu souhaites, sans t’en remettre à la discrétion d’un esclave.  Il n’acheta donc que des langues, lesquelles il fit accommoder à toutes les sauces : l’entrée, le second, l’entremets, tout ne fut que langues. Les conviés louèrent d’abord le choix de ce mets ; à la fin ils s’en dégoûtèrent . « Ne t'ai-je pas commandé, dit Xantus, d'acheter ce qu'il y aurait de meilleur ?

    - Eh ! Qu'y a-t-il de meilleur que la langue ? reprit Ésope. C'est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l'organe de la vérité et de la raison : par elle on bâtit les villes et on les police ; on instruit, on persuade, on règne dans les assemblées, on s'acquitte du premier de tous les devoirs, qui est de louer les Dieux.
    - Eh bien ! dit Xantus qui prétendait l'attraper, achète-moi demain ce qui est de pire : ces mêmes personnes viendront chez moi ; et je veux diversifier.»

    Le lendemain Ésope ne fit servir que le même mets, disant que la langue est la pire chose qui soit au monde : « C'est la mère de tous débats, la nourrice des procès, la source des divisions et des guerres. Si on dit qu'elle est l'organe de la vérité, c'est aussi celui de l'erreur, et, qui pis est, de la calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade de méchantes choses. Si d'un côté elle loue les Dieux, de l'autre elle profère des blasphèmes contre leur puissance.» (4)

    Deux mille cinq cents ans cela passe si vite ! Les temps ont bien changé. On ne philosophe plus, en riant et discutant, autour de tables abondantes.

    Ce sont les idées qui sont au menu et le sérieux est de mise surtout. On chantait: Si vous voulez libérer une société, l’internet vous suffit.  Pendant un certain temps les bienfaits des médias sociaux ont été servis à toutes les sauces comme les langues apprêtées par Ésope (ou l’esclave de service aux cuisines)..

    Des sauces qui furent jugées délectables. Il est indéniable que quelque chose de nouveau apparaissait sous le soleil et que ce quelque chose portait le nom enthousiasmant de liberté5. Les résultats du « printemps arabe », explique David Faris, contrastent fortement avec ceux d’autres mobilisations populaires, comme en Iran ou en Birmanie. Savoir s’il convient ou non de qualifier les soulèvements arabes de « révolution Facebook » ou de « révolution Twitter »  est un débat obsolète qui ne mérite pas qu’on s’y arrête. Les médias sociaux sont aujourd’hui extrêmement présents, y compris dans les pays en développement, et il est désormais difficile d’imaginer qu’une mobilisation sociale puisse se faire sans eux. Autrement dit, la révolte se fera en réseau ou ne se fera pas. La révolte en réseau n’est pas un phénomène seul en cause et il serait absurde de penser que les médias sociaux pourraient à eux seuls déclencher un soulèvement. Mais ils seront présents, d’une manière ou d’une autre (6).

    Mais avant de conclure à un progrès moral inspiré par de nouvelles technologies, continuons le repas d’idées. Ghonim, un des leaders du printemps arabe, ne reconnaît pas ce progrès dans une entrevue qu’il accordait au New York Times en 2016 :

    Hélas, l'euphorie s'est rapidement évaporée, explique-t-il, parce que "nous n'avons pas réussi à établir un consensus et la lutte politique a conduit à une polarisation intense". Les media sociaux, a-t-il noté, "ont seulement amplifié" la polarisation "en facilitant la propagation de la désinformation, des rumeurs, les chambres d'écho et le discours de haine. L'environnement était purement toxique. Mon écran est devenu  un champ de bataille rempli de trolls, de mensonges, de discours de haine. " Les partisans de l'armée et les islamistes ont utilisé les media sociaux pour s’imposer tandis que le centre démocratique, que Ghonim et tant d'autres occupent, était marginalisé. Leur révolution a été volée par les Frères musulmans et, quand elle a échoué, par l'armée, qui a ensuite arrêté beaucoup de jeunes qui avaient d'abord alimenté la révolution. L'armée a sa propre page Facebook pour se défendre (7).

    Qu'y a-t-il de meilleur que l’internet ?
    L’internet est-il la pire des choses ?

    Notes

    (1) « Ésope était le plus laid de ses contemporains ; il avait la tête en pointe, le nez camard, le cou très court, les lèvres saillantes, le teint noir, d’où son nom qui signifie nègre ; ventru, cagneux, voûté, il surpassait en laideur le Thersite d’Homère ; mais, chose pire encore, il était lent à s’exprimer et sa parole était confuse et inarticulée. La vie d’Ésope et le Phrygien https://fr.wikisource.org/wiki/Fables_de_La_Fontaine/%C3%A9dition_1874/La_Vie_d%E2%80%99%C3%89sope_le_Phrygien
    (2) Ésope a-t-il existé, ou n’est-ce qu’un nom légendaire, comme ceux d’Homère, de Linos et d’Orphée ? On sait que chez les Grecs tout genre littéraire devait avoir un inventeur, un εὑρετής. Il en fallait un à la fable comme aux autres genres : à défaut d’un inventeur authentique, n’en a-t-on pas imaginé un faux ? En tout cas, il s’est rencontré plus d’un savant pour soutenir qu’Ésope était un nom sans réalité, destiné à servir de patron à la fable. Ce qui a fait douter de l’existence d’Ésope, c’est d’une part la pénurie de documents authentiques, et d’autre part le fatras de racontars puérils et invraisemblables dont on a chargé sa biographie. https://fr.wikisource.org/wiki/Fables_d%E2%80%99%C3%89sope/Notice/Vie_d%E2%80%99%C3%89sope
    (3) Émile Chambry, Ésope : Fables, Paris, Les Belles Lettres, 1927.
    (4) La Fontaine, Fables, Bernardin-Bechet, 1874. P.18
    (5) http://juliemirande.com/le-role-des-reseaux-sociaux-dans-la-revolution-arabe/
    (6) https://www.cairn.info/revue-politique-etrangere-2012-1-page-99.htm
    (7) https://www.nytimes.com/2016/02/03/opinion/social-media-destroyer-or-creator.html

    Date de création : 2017-09-16 | Date de modification : 2017-09-20
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