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Léon Gérin

Gary Caldwell
Texte paru dans: « Le local à l’heure de la mondialisation », L’Agora, numéro hors série, novembre 1995.
« À quatre-vingts ans, Léon Gérin, à peine revenu de six mois d’études libres à Paris et déjà en train de réaliser sa première monographie (sur Saint-Justin), achète une terre abandonnée de deux cents acres à Sainte-Edwige. Nous sommes en 1887 et la terre en question se situe sur la rive est de la rivière Moe’s, chevauchant la route Coaticook-Sainte-Edwige. Gérin y met en œuvre une exploitation agricole et passera ses étés à «Claire Fontaine», pendant plus d’un demi-siècle.

Aujourd’hui, on le reconnaît comme le premier sociologue canadien-français. Il s’est employé à faire une relecture, à la lumière de la culture et de l’organisation sociale, de l’histoire du Canada français. Cette lecture lui apporta la conviction que le Québec devait son existence aux familles de paysans indépendants établis sur des «domaines pleins», assez frugaux et assez débrouillards pour trouver du travail hors-ferme (ce que les sociologues contemporains dénomment la «pluriactivité») pour transmettre un patrimoine agrandi. À son avis, sans ces familles, il n’y aurait pas eu de Canada français. Leurs efforts cumulatifs ont produit une société civile qui a donné naissance à une nouvelle élite. Malheureusement, de l’avis de Gérin, cette élite ne s’intéressait guère aux «arts usuels», négligeant ainsi l’industrie.

Le Québec contemporain ne possède plus de ces «familles souches» dont faisait état Léon Gérin… On n’y trouve plus ni indépendance économique, ni frugalité, ni stabilité, ni même transmission du patrimoine. Par contre, l’esprit d’initiative et de créativité dont Gérin déplorait le manque, semble maintenant très présent. Pour ce qui est de l’autonomie, c’est moins sûr…

Le «nécessaire» particularisme anglo-saxon proposé par Léon Gérin a pris le pas sur le communautarisme catholique qui caractérisait l’organisation familiale. Peut-être avons-nous passé trop vite du communautarisme au particularisme? Si oui, que faire?

Pour Léon Gérin, le levier de la réforme (il était aussi réformateur à ses heures) est l’éducation, agissant à travers des individus sur l’organisation sociale, elle-même héritage de l’adaptation à l’environnement économique. Même si ces déterminismes (l’environnement économique et l’organisation sociale) existants étaient pour lui des déterminismes pesants, il croyait à la possibilité pour un peuple d’agir sur son avenir à travers l’école «commune».

Aujourd’hui, à l’heure des États généraux sur l’Éducation, alors que nous devons répondre à des questions comme: «Pourquoi n’y a-t-il annuellement que cinq mille diplômés du secondaire professionnel, dans le Québec entier?», «Comment empêcher l’érosion des assises de l’école commune?» et «Est-ce que le système d’éducation peut pallier l’insuffisance de l’organisation familiale par l’éducation à la petite enfance?», Léon Gérin nous manque terriblement. »

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