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    Dossier: Culture

    Le sophisme consistant à séparer l'éthique de la culture

    Thomas De Koninck

    La manipulation des signes et des symboles, par les grands médias, les sondages et la publicité, assure un nouveau contrôle des esprits, qui rend insolite et impossible à entendre toute évocation de ce qui contredit le consensus non critiqué qu’elle génère. À l’instar d’Œdipe, on dira : « Ah ! Peut-on tolérer d’entendre parler de la sorte ? » (Œdipe Roi, v. 429), tant l’éveil au concret, à la pensée critique, devient déplaisant. L’oligarchie sous le masque de la démocratie, si finement mise en relief par François de Bernard, trouve là sans doute sa plus flagrante illustration, car aux commandes de ce consensus « démocratique », que découvre-t-on sinon une poignée de géants de la communication ? Au cœur, quoi d’autre que l’argent (46)?

    Le sophisme central consiste à séparer l’une de l’autre éthique et culture, comme si une culture sans éthique n’était pas une contradiction dans les termes, confinant à la barbarie. On devrait avoir appris au moins cela d’Auschwitz, voire de ce « siècle étonnant » dont nous sortons, qui « a reculé presque à l’infini les limites que la nature avait opposées de tout temps à l’emprise des sciences et des techniques » ; mais qui « aura reculé aussi les limites de la barbarie, et vu se perpétrer une sorte de crime inconnu des âges révolus, un crime sans exemple et sans précédent, le crime contre l’humanité (47) ». Claude Julien rappelle que  

     

    […] bien plus que par la peur devant le désordre économique et la crainte du bolchevisme, l’arrivée du nazisme au pouvoir a d’abord été rendue pos-sible par une abdication culturelle. […] Il a fait appel à une fausse science, à une fausse biologie, à une fausse anthropologie pour essayer de fonder scientifiquement la théorie de la supériorité d’une race. […] La fausse culture invoquée par le nazisme s’est traduite par des aberrations, des crimes contre l’esprit. […] Le nazisme, ce fut plutôt l’aboutissement d’une trahison des plus hautes valeurs culturelles (48).

     

    « Exiger qu’Auschwitz ne se reproduise plus est l’exigence première de toute éducation », écrivait Adorno, dans un texte par trop prophétique. « Ce fut le type de barbarie contre laquelle se dresse toute éducation. On parle d’une menace de rechute dans la barbarie. Mais ce n’est pas une menace, Auschwitz fut cette rechute ; mais la barbarie persiste tant que durent les conditions qui favorisèrent cette rechute. C’est là qu’est toute l’horreur (49) ». Quand je reconnais l’humanité d’autrui, je le fais grâce à une connaissance antérieure de cette humanité qui ne peut être au bout du compte que celle que j’ai de ma propre humanité. Barbare est ainsi avant tout celui ou celle qui est pervers au point de méconnaître autant sa propre humanité que celle des autres. Tout le problème est qu’il ne sait pas qu’il l’ignore.

    Or si Nietzsche a eu raison en sa prédiction – prononcée il y a un peu plus d’un siècle (1887) – de deux siècles à venir de nihilisme (jusqu’à présent, comment lui donner tort ?), et s’il a eu raison de définir le nihilisme comme il l’a fait : « […] il manque le but, il manque la réponse au “Pourquoi ?” ; que signifie le nihilisme ? – Que les valeurs les plus élevées se dévaluent (50) », il est permis de se demander justement si nous sommes si loin de la barbarie dans nos principes comme dans les faits, ces derniers étant indéniables. Car le mot « nihilisme » désigne alors simplement le fait qu’il n’y a plus que des « valeurs », au sens où l’argent, par exemple, est une « valeur ». Relativisme et nihilisme vont de pair : la justice, l’amitié, la liberté, la paix, l’humain, le bien, l’absolu, Dieu même, ne deviennent dès lors qu’autant de « valeurs » parmi d’autres. Tout est au même niveau et plus rien (nihil signifie en latin « rien ») n’excelle. « En quoi consiste la barbarie, demandait Goethe, sinon précisément en ce qu’elle méconnaît ce qui excelle (51)? » Tout le problème est qu’elle croit savoir alors qu’elle ne sait pas. Comment s’en sortir ?


    Notes

    (46) Cf. Michel Beaud, Le basculement du monde, p. 111-112, citant Max Weber (Économie et société (1911-1913), t. 2, Paris, Pocket, 1995, p. 410) ; Ignacio Ramonet, Géopolitique du chaos, p. 67-69 ; 158 sq. ; François de Bernard, L’emblème démocratique, Paris, Mille et une nuits, 1998.

    (47) André Frossard, Le crime contre l’humanité (1987), Paris, Livre de Poche, 1989, p. 11. « Le crime contre l’humanité, c’est tuer quelqu’un sous prétexte qu’il est né » (p. 96). « Il y a crime contre l’humanité, quand l’humanité de la victime est niée, en clair, et sans appel » (p. 99). Cf. Vassili Grossman : « “Tout ce qui est inhumain est insensé et inutile.” Oui, dans ce temps de triomphe total de l’inhumanité, il est devenu évident que tout ce qui a été créé par la violence est insensé, inutile, sans portée, sans avenir » (Tout passe, Julliard et L’Âge d’Homme, 1984, p. 228 ; cité en conclusion du volume Le livre noir du communisme, par Stéphane Courtois et al., Paris, Robert Laffont, 1997, p. 826).

    (48) Claude Julien, Culture : de la fascination au mépris, Québec, Musée de la civilisation et Fides, 1990, p. 15-17.

    (49) Theodor W. Adorno, loc. cit., p. 205.

    (50) « Nihilism : es fehlt das Ziel ; es fehlt die Antwort auf das “Warum ?” was bedeutet Nihilism ? – daß die obersten Werthe sich entwerthen » (Friedrich Nietzsche, Nachgelassene Fragmente, Herbst 1887 bis März 1888, dans Nietzsche Werke, Kritische Gesamtausgabe, éd. Giorgio Colli et Mazzino Montinari, Berlin, Walter de Gruyter, 1970, VIII, 2, p. 14). Cf. Franco Volpi, Il nichilismo, Rome, Editori Laterza, 1996, p. 3 sq. ; Stanley Rosen, Nihilism. A Philosophical Essay, Yale University Press, 1969 ; Denis Souche-Dagues, Nihilismes, Paris, puf, 1996 ; Michel Haar, Par-delà le nihilismeNouveaux Essais sur Nietzsche, Paris, puf, 1998 ; Maurice Blanchot, « Réflexions sur le nihilisme », dans L’entretien infini, Paris, Gallimard, 1969.

    (51) Il s’agit de propos de Goethe à Eckermann tenus le 22 mars 1831, soit un an avant sa mort : « Niebuhr avait raison, dit Goethe, quand il prévoyait un retour à la barbarie. La voilà : nous y sommes en plein ; car en quoi consiste la barbarie, sinon précisément en ce qu’elle méconnaît ce qui excelle ? (das Vortreffliche) » (Goethes Gespräche mit Eckermann, 22 mars 1831, Wiesbaden, Insel, 1955, p. 455 ; trad. Jean Chuzeville, Paris, Gallimard, 1949, p. 345).

     

     

    Date de création : 2014-09-18 | Date de modification : 2014-10-16
    Informations
    L'auteur

    Thomas De Koninck
    Philosophe. Professeur à l'Université Laval depuis les années 1960, il y est titulaire de la Chaire La philosophie dans le monde actuel. Il est particulièrement reconnu pour ses travaux touchant la dignité humaine, la philosophie antique, la philosophie de l'éducation et ce qu'il appelle les « questions ultimes » (l'intelligence, la liberté, le bonheur, la beauté, la mort, Dieu), travaux dont certains lui ont valu le Prix La Bruyère de l'Académie française et le Prix de l'Association canadienne de philosophie.  
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