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    Dossier: Masaryk Tomas Garrigue

    Le philosophe-roi

    Daniel Essertier

    Pour Dessertier, Tomáš Garrigue Masaryk, sociologue et philosophe, qui fut, en 1918, le premier président de la Tchécoslovaquie indépendante, correspond à l’idéal du philosophe-roi de Platon.
     

    « Me voici arrivé à ce que j'ai comparé à la troisième vague; mais, dussé-je être accablé et comme submergé sous le ridicule, je vais parler, écoute-moi.
    — Parle, Socrate, dis ta pensée.
    — A moins que les philosophes ne gouvernent les États, ou que ceux qu'on appelle aujourd'hui rois et souverains ne soient véritablement et sérieusement philosophes, de sorte que l'autorité publique et la philosophie se rencontrent dans le même sujet, et qu'on exclue absolument du gouvernement tant de personnes qui aspirent aujourd'hui à l'un de ces deux termes, à l'exclusion de l'autre — à moins de cela, mon cher Glaucon, il n'est point de remède aux maux qui désolent les États, ni même à ceux du genre humain . . . » (1) 


    Dussé-je être moqué à mon tour, je dirais volontiers que le peuple de Paris a vu dans le président Masaryk le philosophe-roi rêvé par Platon. Qu'on ne vienne pas m'objecter que le peuple de Paris n'est guère familier avec le cinquième livre de la République. Quand donc reconnaîtra-t-on aux masses une intuition qui leur tient lieu de culture, et sans laquelle elles ne seraient qu'inertie et stupidité, tandis qu'elles sont, aux mains des grands hommes, l'indispensable levier du progrès? Cette idée d'un gouvernement, d'un politique, qui fût à la fois raisonnable et désintéressé, ami de la sagesse, dans le sens profond de ces mots, mais c'est elle qui a soulevé, en 1789, le peuple parisien, et c'est elle encore qui lui a fait porter en triomphe, au milieu d'un prodigieux enthousiasme, Wilson, l'homme du monde nouveau... Hélas, Wilson n'a été que l'homme du Nouveau-Monde, où, après une minute de généreuse folie, on est revenu aux saines traditions du business et de l’egoismo sacro. Qui mesurera jamais la profondeur de la déception du peuple de France, et surtout du peuple de Paris, plus impressionnable et plus mobile? C'est un peuple blessé, c'est un peuple grave, méfiant, averti, que M. Masaryk a vu à Paris — C'est ce peuple que le président tchécoslovaque a su conquérir. 

    On lui avait dit: Les Tchécoslovaques sont nos alliés, nos amis, mais, vous savez, par le temps qui court, « alliés », « amis », le sens de ces mots est bien relatif. Ils sont voisins de l'Allemagne et, dame, cela compte encore, l'Allemagne. Et puis, pour eux aussi, les affaires sont les affaires. Leur Président est un homme de bien, mais prudent....

    Alors le Président Masaryk a parlé, et ç'a été de la surprise, puis de la joie, et enfin de l'enthousiasme. Quoi, tant de souffrances n'auraient pas été vaines? Ce que la France a fait, certains s'en souviennent encore, et le disent? — Le Président Masaryk a parlé d'abord de dettes. — Mot douloureux, pour nous qui avons mêlé notre sang à l'or que nous avons emprunté, et dont on nous réclame aujourd'hui les intérêts — ceux de l'or ou ceux du sang? Mot béni, puisque, dans la bouche du Président, il signifiait dettes de reconnaissance, dettes d'amour, dettes dont les intérêts ne courent pas, dettes qui honorent à la fois le débiteur qui les proclame et le créancier qui ne les réclame pas... Le Président ne s'est pas contenté d'exprimer vaguement les sentiments de reconnaissance de son peuple. Avec une admirable honnêteté il a énuméré tout ce que la France avait fait pour lui, il a établi le détail de la dette. Nous l'avions déjà oublié. Nous l'avons écouté avec surprise. Nous étions tellement habitués aux phrases vagues et polies où l'on escamotait — passez, muscade — les effroyables sacrifices et l'absolu désintéressement de la France...

    Et ce qui a suivi — et qui est si simple, si logique, mais pour tant de gens maintenant la logique est morte — a été une sorte de coup de théâtre. Ce grand honnête homme, après avoir dit: Voilà ce que vous avez fait pour nous, a conclu: voilà ce que nous voulons faire pour vous. « Vous pouvez compter sur nous dans les bons comme dans les mauvais jours. » En face du monde entier, en face de nos débiteurs malhonnêtes et de nos âpres créanciers, et des mille roquets qui nous aboient aux chausses, le président de la République tchécoslovaque a engagé son peuple à nos côtés... Ah ne craignez pas, Monsieur le Président, que nous méconnaissions l'appoint de forces que vous nous avez apporté ! Dans la dure lutte que nous menons — et que nous terminerons, cette fois encore, par la victoire — vos paroles ont été l'élixir qui ranime. Et puis, à présent, la France, arc-boutée solidement à vos monts de Bohême, a les mains et l'esprit plus libres. Les Allemands, au Parlement de Prague, ne s'y sont pas trompés.

    Tranquillement le Président a continué, et il a parlé de la réorganisation et de la régénération du monde civilisé. Ce qu'il a dit, cent autres l'ont dit avant lui. D'où vient pourtant que la France — qui a été si ardemment wilsonienne et qui, depuis, est si profondément dégoûtée de l'idéologie — l'a écouté avec une attention passionnée, méditant, pesant chacun de ses termes ? Cela vient de ce que ce penseur a commencé par des actes — ces actes sans lesquels tout le reste n'est que creuse littérature. Il a dit: Justice d'abord, justice effective, règlement des comptes, ou, à tout le moins, exécution des traités, ce minimum. Il a dit aussi: Protection, protection effective, contre les nations qui ne reconnaissent d'autre loi que celle de la force. — Voilà les deux suprêmes assises du monde nouveau. Les ayant posées d'abord, il pouvait proposer ensuite ses idées, faire servir à la solution des problèmes ses cinquante années de méditations politiques et sociales, disserter longuement, rue Michelet, sur l'avenir des Slaves, ou parler, au pays de Chatterton, du rôle de la poésie en politique : il ne risquait pas de bâtir en Utopie.


    N'est-ce pas de tels hommes que peut venir « le remède aux maux qui désolent les États », n'est-ce pas de ces rares hommes en lesquels se rencontrent « l'autorité publique et la philosophie », qui, « outre qu'ils connaissent l'essence de chaque chose, ne le cèdent aux autres ni en expérience ni en aucun genre de mérite », qui n'ont dans l'âme « rien de bas », qui ont « une horreur infinie du mensonge » (2) qui, en un mot, — et tout est là — n'ont jamais pensé que la politique fût une chose et la morale une autre?

    Je le maintiens: la France a reconnu en M. Masaryk le philosophe-roi de Platon. Au rêveur de la Maison-Blanche, il manquait le sens des réalités — l'expérience. Le Président tchécoslovaque, lui, a lutté durement pour la conquête de ces biens concrets, sans lesquels l'idéal est une dérision : la liberté de son peuple, la justice pour son peuple. Il pouvait comprendre la France. La France, à son tour, l'a compris. De l'inoubliable toast de l'Elysée a jailli une lumière qui l'a inondée de joie et de force, comme, naguère, aux sombres jours de 1870, le cri indigné des députés tchèques l'avait emplie d'une douloureuse reconnaissance.


    Notes
    (1) Platon, La République, liv. V, 473 d.
    (2) Platon, La République, liv. V et VI, passim.
     

    Source

    Revue française de Prague, II (no 10), 1923 

    Date de création : 2014-05-04 | Date de modification : 2014-05-06
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    L'auteur

    Daniel Essertier
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