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La rupture du romantisme

Hélène Laberge
L'oeuvre de Beethoven est une charnière entre les périodes dites classique et romantique de la musique occidentale. Dans l'histoire humaine, peu d'artistes ont atteint le sublime. Ludwig van Beethoven est de ceux-là mais au prix d'une solitude et d'une douleur intenses et constantes. Les vastes espaces de la nature et les profondeurs de l'âme humaine qu'il a contemplés donnent le vertige mais en même temps redonnent foi en ce qu'il y a de plus noble dans l'humain: la bonté, la liberté et la fierté.
source: http://www.cybermusique.com/quiz-bee1.html
«Beethoven inaugure dans l'histoire de la musique l'ère du romantisme, qui sera celle de la suprématie allemande... La musique révélera désormais les états d'âme, les joies, comme les peines du compositeur. [...] L'artiste, rompant avec la tradition du XVIIIe siècle, insuffle à tout ce qu'il crée quelque chose de plus humain, quelque chose qui nous livre les amertumes, le tragique de son existence, ou bien ses sentiments intimes en présence d'un être aimé, d'une idée, d'un paysage» (Norbert Dufourcq). Beethoven est en ce sens le premier compositeur moderne. Son oeuvre rompt avec une conception de l'harmonie du monde qui prévalait depuis les Grecs, et dans laquelle le génie de Mozart et de Bach s'est déployé avec une si remarquable aisance. Beethoven a surgi à la fin de ce siècle des Lumières si peu lumineux, après cette Révolution française qui rompait dans le sang avec les formes traditionnelles de la pensée cosmique et religieuse. Les musiciens ont inévitablement subi l'influence de cet éclatement. Ils ont cessé de centrer leur oeuvre autour de la musique religieuse. Le rapport si serein d'un Allegri, d'un Palestrina, d'un Bach, d'un Haëndel avec un Dieu omniprésent et insoupçonnable s'est effondré. L'homme, le musicien, sont retombés de ce Dieu sur eux-mêmes.

Sir Julius Benedict nous a laissé un saisissant portrait de Beethoven: «un petit homme solide au visage très rouge, avec des petits yeux perçants... (ayant) une expression qu'aucun peintre n'aurait su rendre. C'était un sentiment de sublimité et de mélancolie combinées... La merveilleuse impression qu'il fit sur moi la première fois s'accrut encore les fois suivantes... J'étais ému comme si le roi Lear ou l'un des vieux bardes du folklore gallois se tenait devant moi.»

Plus un être est riche, plus il est complexe. Sir Benedict avait pressenti l'être métaphysique du musicien. Vuillermoz en fait l'analyse psychologique. «Il était rempli de contradictions, écrit-il, tendre et grossier, sensible et brutal, idéaliste et matérialiste, apôtre de la fraternité humaine et misanthrope irréductible, libertaire agressif acceptant docilement les libéralités de ses aristocratiques mécènes, moraliste austère titubant dans les estaminets [...] âme de sensitive et... humeur d'ours des cavernes, Beethoven offre un mélange déconcertant de qualités et de défauts antinomiques.»

Un génie s'incline devant un génie

Écoutons un chant rare, la reconnaissance du génie musicien par le génie poète, Victor Hugo: «Ce sourd entendait l'infini. [...] Il a été un grand musicien, le plus grand des musiciens, grâce à cette transparence de la surdité. L'infirmité de Beethoven ressemble à une trahison; elle l'avait pris à l'endroit même où il semble qu'elle pouvait tuer son génie, et, chose admirable, elle avait vaincu l'organe sans atteindre la faculté. Beethoven est une magnifique preuve de l'âme. Si jamais l'inadhérence de l'âme et du corps a éclaté, c'est dans Beethoven. Corps paralysé, âme envolée. Ah! vous doutez de l'âme? Eh bien, écoutez Beethoven. Cette musique est le rayonnement d'un sourd. Est-ce le corps qui l'a faite? Cet être qui ne perçoit pas la parole engendre le chant. Son âme, hors de lui, se fait musique. [...] Les symphonies de Beethoven sont des voix ajoutées à l'homme. Cette étrange musique est une dilatation de l'âme dans l'inexprimable. L'oiseau bleu y chante; l'oiseau noir aussi. La gamme va de l'illusion au désespoir, de la naïveté à la fatalité, de l'innocence à l'épouvante. La figure de cette musique a toutes les ressemblances mystérieuses du possible. Elle est tout.»

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