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    Dossier: Engagement

    Des résolutions cohérentes pour 2015

    Stéphane Stapinsky

    Il est d’usage, lorsqu’une année se termine, de prendre des résolutions alors que la nouvelle est sur le point de commencer. Certains psychologues nous déconseillent de le faire. Mais comme nous ne suivons généralement pas les avis des psys… On peut prendre des résolutions en ce qui concerne sa vie personnelle. On peut également le faire en matière d’engagement civique et intellectuel. C'est à cet exercice -- celui concernant l'engagement -- que nous nous livrerons ici.

    Sans qu’on puisse dans son cas parler de « résolutions » en tant que telles, Philippe Quéau, qui est depuis janvier dernier, sous-directeur général de l'UNESCO pour les Sciences humaines et sociales, nous suggère, dans un blogue personnel d’une haute tenue qu’il tient depuis quelques années, les éléments d’un programme pour guider l’action de ceux qui ne veulent pas succomber au pessimisme ambiant :

    « Comment agir ? Par quoi commencer ?

    Voici quelques pistes, juste pour se faire la main :

    Militez partout où c’est encore possible pour une politique générale des « biens communs » matériels et immatériels, pour une réforme nationale, européenne et mondiale de la fiscalité, avec notamment l’éradication des paradis fiscaux.

    Militez pour une priorité absolue donnée à l’enseignement pour tous, tout au long de la vie.

    Militez pour un revenu de vie minimum assuré à tous les humains, financé par une taxe mondiale sur les capitaux circulants et les capitaux immobiles.

    Militez pour une politique d’énergie pollueurs-payeurs et une valorisation exacte des externalités négatives des usages des énergies fossiles et nucléaires (en prenant tout particulièrement en compte les coûts à long terme).

    Militez pour une orientation générale de la civilisation non sur la consommation mais sur la création, la production de connaissances, le partage des relations humaines.

    Et votez massivement pour les partis qui reprennent au moins l’une de ces idées. S’il n’y en a pas, fondez-le ! » (1)

    Le mot clé est bien sûr ici « militez ». Passer à l’action, ne pas en rester qu’au seul stade de la réflexion. Le reste des propositions qu’il met de l’avant, inspiré par la recherche du bien commun, le souci d’un monde durable et celui de la dignité humaine, nous paraît plein de bon sens.

    Nous nous permettrons d’en ajouter quelques autres pouvant inspirer également notre action et notre réflexion.

    Avoir une vue claire des choses. Bien identifier l’ennemi, tel est assurément le premier principe qui doit nous guider. La dureté de l’époque crève les yeux. A toute chose malheur est bon. Nous sommes à même de voir plus clairement quel est cet ennemi, à savoir ces courants idéologiques, ces forces sociales, politiques et économiques qui menacent la survie de la planète, l’avenir des communautés humaines, et, au bout du compte, bafouent la personne humaine dans ce qu’elle a de plus essentiel.

    Dans un article publié dans la présente Lettre -- « L'essentiel en 2014: le nouveau clivage » --, Jacques Dufresne rappelle que cet ennemi n’hésite pas lui-même à qualifier ses opposants de « bioconservateurs », pensant bien sûr utiliser le mot « conservateur » pour jeter l’opprobre sur eux. Mais, à l’instar des animateurs du site Pièces et main d’oeuvre, nous ne voyons aucun problème à nous approprier ce terme, car « nous voulons conserver notre humanité, contre ceux qui la haïssent trop pour se reconnaître encore membres de notre espèce ». Le philosophe anglais Phillip Blond employait récemment, plutôt que le terme « conservateur », celui de « conversationniste », utilisé en écologie, et l’appliquait à la vie politique. Cet usage novateur nous convient également.

    Cet ennemi que nous voyons plus clairement, quel est-il ? Nous en avons déjà fait état ailleurs. Il s’agit d’abord de ces idéologies extrêmes, destructrices du lien social, que sont le néolibéralisme, l’ultralibéralisme, auquel se greffe une frange libertarienne, distincte, mais d’un extrémisme et d’un individualisme encore plus poussés. Il faudrait bien sûr inclure ici la variante de gauche du néolibéralisme, celle, par exemple, qui est au pouvoir en ce moment en France.

    Autres ennemis, qui marchent la main dans la main avec le premier : « les transhumanistes et les NBIC (Nanotechnologies, biotechnologies, informatique, sciences cognitives) qui sont les instruments de leurs ambitions et les secteurs où ils sont implantés. » Le GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) -- les quatre firmes américaines les plus puissantes du monde dans le secteur technologique -- gravite dans l’entourage du libertarisme et du transhumanisme. Il symbolise bien le transfert en cours du pouvoir des peuples aux multinationales que consacrent les accords commerciaux internationaux en cours de négociation ou déjà conclus.

    Ces courants de pensée et les entreprises qui les portent entendent combattre ce qu’ils appellent le « collectivisme ». Ils veulent nous réduire à l’individualisme, condition de la domination totale, comme l’écrit fort justement l’économiste Louis Gill. Ils veulent surtout ancrer dans nos esprits le mantra de Margaret Thatcher, le tristement célèbre TINA (There is no alternative).

    Il nous faut retrouver au plus vite notre capacité à agir collectivement. C’est crucial. Ce serait une autre de nos résolutions pour 2015 et pour les années subséquentes, car c’est une tâche de longue haleine. Si nous étions réellement solidaires, nous pourrions faire plier n’importe quel gouvernement qui tenterait de faire adopter des politiques iniques, n’importe quelle multinationale qui tenterait d’imposer de manière non démocratique ses conditions à nos dirigeants.

    L’exemple de la campagne de boycott réussie contre la filiale espagnole de Coca-Cola peut nous inspirer. « En janvier 2014, Coca-Cola Iberian Partners annonce la fermeture de quatre de ses onze usines d’embouteillage à Madrid, Palma de Majorque, Alicante et Colloto (Asturies). Ces fermetures inattendues sont assorties d’un plan social qui prévoit le licenciement de 1 253 travailleurs sur 4 200 employés au total. » (2) Les travailleurs et les habitants de cette région n’ont pas accepté cette décision de la multinationale, qui leur a semblé injustifiée. Ils ont d’abord porté leur cause devant les tribunaux. Puis, ils ont organisé le boycott des boissons vendues par l’entreprise. « Si Madrid ne produit pas, Madrid ne consomme pas ». Quel beau slogan, que nous devrions tous nous approprier en l’adaptant! Le boycott a permis de faire baisser la consommation de Coca Cola de 17 % en moins d’un an dans la seule région de Madrid. Ce boycott, ainsi que l’issue favorable de la contestation judiciaire, ont fait reculer la multinationale.

    La même chose se vérifie sur le terrain politique. On donnera l’exemple des protestations d’un grand nombre de citoyens américains, qui ont empêché le président des États-Unis de faire usage de la procédure du « fast track » dans le cas de la négociation du Partenariat Trans-Pacifique.

    Les peuples, s’ils le veulent, ont encore entre leurs mains un réel pouvoir de changer les choses. Nous avons également, en tant que consommateurs, grâce à notre pouvoir d’achat, un moyen de pression sur les grandes entreprises. Il faut trouver le moyen de mobiliser les populations en ce sens lorsque c’est nécessaire. Il faut bien sentir qu’il y a urgence. A mesure que les années passent, les possibilités d’influer sur le cours des choses diminuent. Combien de temps encore les peuples auront-ils ce pouvoir? Sur bien des enjeux cruciaux, comme le contenu des accords commerciaux internationaux, on le sait, ils n’ont déjà plus qu’un rôle consultatif.

    Autre résolution à appliquer. Privilégier les rapports humains face aux innovations technologiques qui nous sont imposées sans qu’on nous demande jamais notre avis, et face à une économie qui tend à vouloir mettre au rebut le travailleur. « Si nous ne voulons pas devenir les chimpanzés du futur, il est temps de le faire sentir ! » (Patrice de Plunkett (3)) Il faut mettre tout en œuvre pour faire réapparaître l’être humain là ou il est disparu, et pour empêcher sa disparition lorsqu’on menace de le remplacer par des algorithmes et des robots. Ici encore, la pression collective peut obtenir des résultats.

    Rappelons-nous qu’au Québec, il y a quelques années, les caisses Desjardins et les banques qui voulaient forcer leurs clients à utiliser les guichets automatiques pour effectuer leurs transactions, se mirent à diminuer le personnel du service à la clientèle en succursale, ce qui occasionnait des files d’attente interminables. Les gens ont protesté en masse et les institutions financières n’ont eu d’autre choix que de reculer et d’embaucher des caissières et des caissiers en chair et en os. Il nous faut protester contre toute nouvelle tentative de nous imposer des solutions technologiques anthropophobes. Si, par exemple, votre épicier essaie de vous forcer à utiliser des caisses automatisées, exprimez votre mécontement, protestez de la manière la plus véhémente qui soit. Demandez à être servi par un être humain.

    Faire en sorte de tout mettre en oeuvre pour retarder ces funestes transformations technologiques, économiques, sociétales qui nous menacent, au risque de passer pour rétrograde ou luddite (qu’importe), telle pourrait être une autre résolution à adopter, liée aux précédentes. Je n’ai pas l’illusion de croire que le train fou sur lequel nous sommes embarqués puisse être arrêté. Mais peut-être pouvons-nous essayer de le ralentir. Les Français l’ont fait, par exemple, il y a quelques années, en refusant d’entériner la Constitution européenne qu’on essayait de leur entrer de force dans la gorge. Il faudrait faire de même, assurément, avec les accords commerciaux internationaux qui sont en train d’être négociés et qui sont de véritables boîtes de Pandore qui vont un jour ou l’autre nous éclater à la figure. Si nous réussissons à bloquer certains changements temporairement, on peut être certain que les ennemis de l’homme reviendront à la charge, en nous présentant leurs projets sous de nouveaux habits. L’essentiel est pourtant de gagner du temps.

    La parution autour du livre de l’économiste français Thomas Piketty a relancé, dans les pays occidentaux, le débat sur les inégalités socio-économiques. Même si nos sociétés sont gangrenés par ce que Christopher Lasch appelait la « révolte des élites », la volonté délibérée des plus fortunés et des plus puissants de se séparer du reste de la société,nous pensons qu’il ne faut pas jeter l’éponge trop vite. Nous faisons partie de ceux qui croient qu’à des richesses plus grandes doivent correspondre des responsabilités sociales plus grandes. Nous sommes d’avis qu’il faut interpeller les plus riches parmi les citoyens de nos sociétés. Leur rappeler, justement, qu’ils sont des citoyens. A quoi leur sert-il d’être riches tout seuls, alors que le reste de la population voit sa situation se dégrader? Vivre derrière des grilles, protégés par des caméras de sécurité, est-ce réellement une vie humaine digne de ce nom?

    Dès qu’on s’interroge sur les inégalités, les idéologues néolibéraux en viennent immanquablement à parler de la « politique de l’envie » (4). C’est mal poser le problème. Des riches, il nous en faut, et même davantage. Mais des riches qui sont conscients de vivre dans une société qui les a en partie fait ce qu’ils sont. Des riches qui acceptent de sacrifier quelque peu la troisième couche de superflu qui les recouvre afin de créer des emplois qui amélioreront le sort de leurs concitoyens. Qui sacrifient, donc, une partie de leurs profits matériels immédiats pour, dans l’avenir, des profits plus grands pour la société dans son ensemble. Le ressentiment qu’une partie de la population a contre les riches, en France comme au Québec, n’est pas tant, à mon sens, dirigé contre les riches en tant que tels, que contre les riches qui sacrifient le bien-être de leurs concitoyens à l’acquisition de biens positionnels souvent futiles. Ceux, par exemple, qui vont acheter n’importe quelle « bébelle », comme une Ferrari, alors qu’ils licencient les travailleurs qui sont à leur emploi ou qu’ils leur versent des salaires de misère. C’est l’autisme dont un tel comportement est le symptôme qui est stigmatisé.

    Nous pourrions bien sûr suggérer encore d’autres pistes pour nous orienter dans ces sombres temps. Mais je pense qu’il revient à chacun de définir les siennes, adaptées à son contexte particulier. La balle est donc dans votre camp.

    Notes

    (1) « Les 1% contre le reste du monde, premier round », 29 novembre 2014 –
    http://queau.eu/post/2014/11/29/Les-1%25-contre-le-reste-du-monde%2C-premier-round(
    (2) http://www.bastamag.net/Licenciements-massifs-une-campagne
    (3) http://plunkett.hautetfort.com/archive/2014/12/13/le-robocapitalisme-n-aura-plus-besoin-des-gens-5509516.html

    (4) http://www.iedm.org/fr/3012-la-politique-de-lenvie

    Date de création : 2014-12-29 | Date de modification : 2014-12-30
    Informations
    L'auteur

    Stéphane Stapinsky

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