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    Impression du texte

    Dossier: Laurier Wilfrid

    De Wilfrid Laurier, de Philippe Couillard et de l’immigration

    Stéphane Stapinsky

    Alors qu’il était candidat à la direction du Parti libéral, Philippe Couillard avait fait paraître, dans Le Devoir, un texte dans lequel il invitait à « revenir aux sources de l’idée libérale ». « Les libéraux ont oublié qui ils sont. Pour se redéfinir, il leur faut plonger profondément dans leurs racines, jusqu’aux patriotes et à Wilfrid Laurier, entre autres », disait-il. (1) Dans ce texte, on trouvait d'autres références à l’ancien Premier ministre canadien Wilfrid Laurier, une figure historique qui l’inspire visiblement beaucoup.

    Pour le docteur Couillard, être libéral, c’est, entre autres, « une façon de regarder le monde »: « Celle des esprits « libéraux », c’est-à-dire des individus « ouverts » et épris de liberté qui, comme Wilfrid Laurier le disait déjà en 1877, « pensent que partout, dans les choses humaines, il y a des abus à réformer, de nouveaux horizons à ouvrir, de nouvelles forces à développer ». (2) Ces mots, il les a repris textuellement au moment de son assermentation comme député d’Outremont : « Être libéral, c'est être de ceux et de celles qui, comme Wilfrid Laurier, pensent que, partout, dans les choses humaines, il y a des abus à réformer, de nouveaux horizons à ouvrir, de nouvelles forces à développer. » (3) 

    Le libéralisme est aussi pour lui « une sensibilité politique particulière » qui a été nourrie notamment par

    « l’amitié qui les [i.e. les libéraux québécois] lie aux patriotes et libéraux des autres provinces, une amitié active depuis les tout premiers combats de Papineau, et sur la base de laquelle Wilfrid Laurier a bâti l’option fédéraliste qui est encore la nôtre aujourd’hui, une option basée sur une vision de partage économique, social et culturel donnant à notre Citoyenneté canadienne un sens qui va bien au-delà des considérations de « rentabilité » ou de mécanique constitutionnelle. » (4)

    Ce culte que Philippe Couillard voue à Laurier a d’ailleurs été remarqué par des commentateurs au Canada anglais. Ici, Paul Wells, à propos de son texte dans Le Devoir :  

    « Il débute sans faire de vagues, par une définition du ‘contenu politique’ du libéralisme, qu’il voit comme une combinaison de libéralisme politique, économique et social. Mais en définissant la ‘façon libérale de regarder le monde’, il cite Wilfrid Laurier, qui a déclaré en 1877 que ‘partout, dans les choses humaines, il y a des abus à réformer, de nouveaux horizons à ouvrir, de nouvelles forces à développer’. Il faut le noter, car Laurier n’a jamais été la figure historique favorite des libéraux provinciaux du Québec. » (5)

    De même que par une chaîne de télé anglo-québécoise : « Quelques mois plus tôt, il a publié une tribune en anglais et en français dans laquelle il présentait l'ancien premier ministre du Canada, Sir Wilfrid Laurier, un libéral fédéral, comme une source d'inspiration pour le parti libéral provincial. » (6)

     

    Wilfrid Laurier. Photo prise en 1906

     

    Philippe Couillard mentionne aussi, comme dimensions essentielles de l’héritage libéral, « les combats pour l’ouverture du Québec aux immigrants, depuis les luttes contre l’antisémitisme » et « la lutte contre le fascisme ». On sait également qu’il revendique pleinement le multiculturalisme mis en place dans les années 1970 par le gouvernement Trudeau, qui s’inscrit dans la même logique.

     

    Afin de nourrir la réflexion du chef du parti libéral québécois, grand admirateur de Wilfrid Laurier et grand défenseur du multiculturalisme, l’historien que je suis aimerait lui présenter cette lettre ancienne, conservée dans les archives de la Fondation Lionel-Groulx (transférées à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec), qui montre avec éloquence que la vérité historique est plus complexe que toutes les représentations mythiques que l’on peut en donner : 

    Sur la loi d'immigration de 1908 - Lettre de Wilfrid Laurier, alors chef de l'Opposition officielle, à Georges Pelletier, journaliste au Devoir, Ottawa, 17 novembre 1915

    Personnelle

    Mon cher Pelletier,

    Je vous remercie de m'avoir communiqué avec autant de franchise vos vues sur la politique d'immigration. J'étais curieux de les connaître, car c'est une des questions sur lesquelles vous, les Nationalistes, avez le plus vigoureusement attaqué l'ancien gouvernement.

    Après tout, le différence entre nous n'est pas très grande, et vous soulevez très peu d'objections contre notre loi d'immigration de 1908, loi que nous avions adoptée après étude sérieuse, et en vue surtout de remédier aux objections que nous avions reconnues justes. Cette loi de 1908 doit vous donner entière satisfaction; bien administrée, elle répondra à vos vues.

    Sur ce point, nous avions eu la main heureuse en mettant l'administration du port de Québec sous la direction du docteur Pagé. J'ai eu à résister à de nombreux assauts faits contre lui, mais je suis sûr qu'il vous dira que je l'ai toujours soutenu.

    Je ne crois pas qu'en matière d'immigration, comme en bien d'autres, le changement de gouvernement ait répondu à l'attente des Nationalistes. Nombreuses sont les plaintes qui me sont venues de Québec sur le nombre et la qualité des aides donnés au docteur Pagé.

    Quant aux pays d'où peut venir l'immigration, je choisirais tous les pays de race caucasienne. Les difficultés viendront des races asiatiques. Le mélange des races caucasiennes produit généralement de bons résultats, mais le mélange asiatique, qu'il soit Chinois, Japonais ou Hindou, tend sensiblement vers la détérioration de l'espèce.

    La question toutefois n'est pas pressante aujourd'hui, et ne le sera pas pour quelques années; mais il pourrait bien se faire qu'elle le devienne dans les années qui suivront la conclusion de la guerre.

    J'aurai grand plaisir à discuter avec vous ce problème et bien d'autres, quand vous viendrez à Ottawa.

    Croyez-moi toujours
    Votre tout dévoué,

    Wilfrid Laurier


    *************

    Que le grand Wilfrid Laurier, ce héros de Philippe Couillard et de bien des fédéralistes canadiens (je me souviens que l’Association des études canadiennes lui avait consacré un numéro complet de sa revue il y a de cela quelques années), ait eu des préjugés racistes (ici à l’endroit des races asiatiques) – les mêmes préjugés racistes que ces fédéralistes trouvent si commodes d’attribuer aux seuls nationalistes québécois de toutes les époques – , voilà certes qui en jettera plus d’un par terre. Peut-être monsieur Couillard ignorait-il lui-même ce fait. Les « sources » libérales ne seraient donc pas si pures qu’il le croyait, les racines de ce courant politique seraient donc elles aussi rongées par la moisissure...À l’avenir, le chef des libéraux québécois choisira sans doute mieux ses saints patrons. 

    En vérité, l’histoire canadienne est imprégnée en profondeur par le racisme et les préjugés. On cherche aujourd’hui à nous faire croire que ce racisme, par la grâce du multiculturalisme de Trudeau, aurait disparu. Rien n’est moins sûr. Mais c’est une question qu’au Canada, on ne souhaite visiblement pas aborder. Comme l’écrit pertinemnent John Price, « (…) il existe toujours une profonde réticence (qu’on pourrait presque qualifier de syndrome d'évitement) à reconnaître ouvertement que le racisme, hier comme aujourd’hui, est un problème bien réel au Canada. Un historien parle à ce propos d’une «ideology of racelessness » (d’une idéologie dont est absente la question de la race), qui serait partie prenante d’une mythologie de type nationaliste cherchant à distinguer nettement le Canada des États-Unis. » (7) En somme, le Canada serait demeuré « pur » face aux méchants États-Unis racistes… Une belle invention réconfortante…

    Notes

    (1) Philippe Couillard, « Revenir aux sources de l’idée libérale », Le Devoir, 5 décembre 2012 -- http://www.ledevoir.com/politique/quebec/365585/revenir-aux-sources-de-l-idee-liberale
    (2) Ibid.
     (3) Voir la page suivante : http://www.assnat.qc.ca/en/actualites-salle-presse/conferences-points-presse/ConferencePointPresse-14665.html
    (4) Couillard, « Revenir aux sources de l’idée libérale », op. cit.
    (5) Paul Wells, “Philippe Couillard, radical federalist -- Quoting Wilfrid Laurier, the Quebec Liberal front-runner rocks the boat”, Maclean’s, 5 décembre 2012 -- http://www.macleans.ca/politics/ottawa/philippe-couillard-radical-federalist/ -- Traduction libre de : “He starts off uncontroversially enough, defining the “political content” of liberalism as a combination of political, economic and social liberalism. But in defining a liberal “way of seeing the world,” he quotes Wilfrid Laurier, who said in 1877 that “everywhere in human affairs there are abuses to reform, new horizons to open and new forces to develop.” Laurier does not often appear on most Quebec provincial Liberal hit parades.” 
    (6) http://montreal.ctvnews.ca/meet-philippe-couillard-leader-of-federalist-forces-in-quebec-1.1715326 -- traduction libre de : “Months earlier, he wrote an English- and French-language op-ed that hailed former Canadian prime minister Sir Wilfrid Laurier, a federal Liberal, as an inspirational figure for the provincial party.”
    (7) John Price, Orienting Canada. Race, Empire, and the Transpacific, UBC Press, 2011. Traduction libre de : « (...) there remains a deep-seated reluctance, what might almost be termed an avoidance syndrome, to openly identify racism in Canada as a problem, past or present. One historian has termed this an “ideology of racelessness,” part of a nationalist mythology that emphasizes Canada’s difference from the United States. »
     

    Date de création : 2014-04-02 | Date de modification : 2014-04-04
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    Stéphane Stapinsky
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