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La pédagogie infantilisante selon Hegel

Jean-Jacques Wunenburger
«Ainsi Hegel critique-t-il la pédagogie infantilisante qui fait réellement violence au «besoin d'obéir», au «besoin d'être éduquée» qui «existe chez les enfants sous la forme d'un sentiment qui leur est propre, celui de l'insatisfaction d'être tels qu'ils sont», elle méconnaît profondément «le penchant qui les incite à appartenir au monde des adultes, qu'ils pressentent comme quelque chose de supérieur au leur, ou encore le désir de devenir grands». Hegel s'en prend avec une vigueur toute particulière à la pédagogie fondée sur le jeu. En posant que l'enfance a une valeur pour elle-même, «en s'appliquant à représenter les enfants comme parvenus à maturité et satisfaits de l'état où ils se trouvent, alors qu'en réalité, cet état, ils le sentent eux-mêmes comme un état de non-maturité», elle les trouble intimement et bloque leur développement; dans l'oubli de l'élément sérieux où se révèle la substance de l'esprit, elle produit chez l'individu le sentiment vaniteux de sa suffisance et le mépris des hommes, qui se sont montrés originellement comme des pédagogues puérils. Hegel adjure donc les parents, aussi satisfaits qu'ils puissent être de leurs enfants, de ne pas leur lâcher la bride et renoncer à leur contrôle: « Cette liberté qu'on leur laisse en leur faisant confiance comporte, la plupart du temps, le risque, pour eux de sombrer dans des sottises, de mauvaises habitudes, voire même dans le dérèglement et le délit.» (Cité dans B. Bourgeois: La pédagodie de Hegel (Vrin) p. 38); à l'opposé Hegel prend soin de dénoncer un enseignement qui émascule la liberté de l'élève: «Dans le climat de sociabilité propre à l'étude -souligne Hegel-, dans le commerce dont le lien et l'intérêt sont constitués par la science et l'activité de l'esprit, ce qui convient le moins, c'est un ton excluant la liberté; une société de gens qui étudient ne peut pas être considérée comme un rassemblement de domestiques, et ils ne doivent pas en avoir la mine ni la démarche»(Idem p. 39)

Source: Jean-Jacques Wunenburger, Les métamorphoses de l'âme, vocation oubliée de l'école.

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