L'Iliade

Robert Brasillach
Présentation de l'Iliade d'Homère dans l'Anthologie de la poésie grecque.
Au commencement de la poésie de notre race, il y a Homère. Depuis trois mille ans tous les poètes de l'Europe s'abreuvent à cette source inépuisable, et les recherches les plus éloignées du classicisme, comme celles de James Joyce, s'abritent encore sous son nom. Les anciens l'appelaient le Père. On sait qu'aucun détail de sa vie n'est connu, ni même exactement l'époque où il composa ses poèmes. Ces derniers, on a voulu qu'ils fussent nés du hasard, du génie inconscient des peuples ioniens. Puis, on a rendu à un auteur mystérieux, sur lequel, bien sûr, se sont greffées des augmentations, des interpolations, le noyau de chacun d'eux. L'Iliade est le plus ancien. Rien ne nous dit qu'elle ait été composée par l'homme qui fit l'Odyssée, et dont la légende faisait un aveugle. Rien ne nous dit le contraire non plus. Elle doit dater du IXe siècle avant notre ère, et c'est pour les modernes un ouvrage inégal. Ennuyeux d'abord, il ne faut pas craindre de le dire. D'une terrible monotonie dans ses combats continuels et fastidieux entre guerriers troyens et guerriers grecs autour de Troie, la dixième année du siège. Des bagarres sans arrêts, des décervelages et des étripements, comme dans Rabelais et dans le Guignol's band de Céline. Mais l'oeuvre est toujours sauvée par sa langue unique, la splendeur sauvage des amples comparaisons qui y éclatent à chaque instant, la bouffée d'air naturel qui s'insinue soudain entre ces batailles et ces confabulations de divinités. Mais il y a Hector, le plus touchant des héros de l'Iliade, les scènes immortelles avec Andromaque, la supplication inouïe de Priam. Pas un chant où, à travers la monotonie épique, qui fixe dès à présent pour vingt siècles de littérature grecque et byzantine la forme et jusqu'au langage de toute épopée, pas un chant où n'éclate quelque splendide trouvaille. Toute la poésie grecque sort de là. Oui, vraiment, celui qu'on nommait le Poète tout court, comme on nommait son livre la Poésie, reste le Père.

Autres articles associés à ce dossier

La compassion et l'hospitalité dans l'oeuvre d'Homère

Jacques Dufresne

Dans la société que décrit Homère, celle du XIIe siècle avant Jésus-Christ, deux choses préfigurent et préparent la démocratie qui apparaîtr

La liberté de parole dans l'oeuvre d'Homère

Jacques Dufresne

Dans la société que décrit Homère, celle du XIIe siècle avant Jésus-Christ, deux choses préfigurent et préparent la démocratie qui apparaîtr

Les Génies: Homère

Victor Hugo


L'Odyssée

Robert Brasillach

Présentation de l'Odysséed'Homère dans l'Anthologie de la poésie grecque(Paris, Stock, 1950)

Éloge d'Homère

Nicolas Boileau


À lire également du même auteur

L'Odyssée
Présentation de l'Odysséed'Homère dans l'Anthologie de la poésie grecque(Paris, Stock, 1950)




Articles récents

  •  

    Mourir sagement ou chrétiennement ? Socrate et le Christ

    Richard Lussier
    Difficile d’être plus vrai et plus dense sur un sujet si fondamental et si controversé  

  •  

    Ukraine, une guerre de religion fatale pour la religion

    Marc Chevrier
    Le Kremlin a refusé à la mi-décembre d’envisager à Noël une trêve de sa guerre en Ukraine, ce qui entre p

  •  

    Les mots ont une vie eux aussi

    Pierre Biron
    Les mots naissent, évoluent dans leur structure, se répandent, accouchent d’un autre sens, livrent vérités ou m

  •  

    Lovelock James

    Jacques Dufresne
    James Lovelock est né le 26 juilllet 1919; il est mort le 26 juillet 2022. Gaia a mauvaise presse en cet automne 2022 en raison de la conceptio

  •  

    Culture médicale: un ABC

    Jacques Dufresne
    La culture médicale est la première condition de l'autonomie des personnes face à un marché de la santé o&ugrav

  •  

    Gustave Thibon, un Nietzsche chrétien

    Jacques Dufresne
    On a comparé Gustave Thibon à Pascal et Gabriel Marcel a reconnu en lui un Nietzsche chrétien, mais il eut encore plus d’af

  •  

    Pause ton écran

    Jacques Dufresne
    À propos du site Pause ton écran, consacré à des mises en garde contre la dépendance aux écrans et

  •  

    Ottawa n'est pas Rome

    Marc Chevrier
    Pourquoi le français n’est-il pas au Canada ce que le grec fut à Rome? Une version espagnole suit.