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La chanson de folklore

Hélène Laberge
Un aperçu de l'histoire de la chanson.
Les archives de folklore de l'Université Laval, créées par Mgr Félix-Antoine Savard et Luc Lacoursière après la deuxième guerre constituent un dépôt prodigieusement riche, non seulement des chansons régionales françaises qui se sont perpétuées au Canada français jusqu'à nos jours, mais aussi des contes et danses populaires. Il aura fallu pour recueillir ce trésor une centaine d'années de recherches et d'enregistrements auxquels sont d'abord associés les noms d'Ernest Gagnon et de Marius Barbeau ainsi que ceux d'un grand nombre de musiciens ou mélomanes qui collaborèrent avec eux. Avant qu'Ernest Gagnon ne publie en 1865 Les chansons populaires du Canada (dix éditions de 1865 à 1956), des voyageurs européens, anglais et français, s'étaient vivement intéressés aux chansons de folklore entendus au cours de leurs périples au Canada. Le poète irlandais Thomas Moore, naviguant de Kingston à Montréal en août 1804, s'émerveilla devant le spectacle de ces hommes ramant d'acord et chantant en choeur dans le décor grandiose du fleuve St-Laurent. (Encyclopédie de la musique au Canada) Alexis de Tocqueville, le célèbre auteur de la Démocratie en Amérique, fut aussi frappé par cette survivance du folklore français au Canada.

Ernest Gagnon a aussi joué un rôle déterminant dans la restauration du chant grégorien au Québec. Il établit une relation entre le chant folklorique et le chant grégorien. Les chants du peuple de nos campagnes, écrit-il, ne sont pas un reste de barbarie et d'ignorance mais une des formes les plus nobles de l'art musical, celle de la tonalité grégorienne avec ses échelles modales et son rythme propre.


Je me souviens!

L'oeuvre de Gagnon fut poursuivie par Marius Barbeau, anthropologue, qui, en recueillant les contes populaires, s'aperçut de l'existence de nombreuses chansons de folklore inédites. Il fit avec les moyens de l'époque Edison venait de découvrir un procédé pour graver les sons 3000 enregistrements sur des cylindres de cire entre 1916 et 1920, dans Charlevoix et en Gaspésie. À Montréal à la même époque, son ami E. Z. Massicotte suivit son exemple et recueillit et enregistra plus de 1400 chansons. Le mouvement se répandit dans tout le Canada français et les collectionneurs se multiplièrent de telle sorte qu'on disposait vers les années 1930 de 5000 enregistrements et 5000 chansons manuscrites.

Pour assurer auprès du public la diffusion des contes, danses et chansons populaires, Marius Barbeau et son ami E. Z. Massicotte eurent alors l'idée de créer les Soirées du bon vieux temps. Barbeau publia en 1937 Romancero du Canada, où sont présentées les versions les plus belles des chansons de folklore. En 1956, la musicologue française Marguerite d'Harcourt et son mari Raoul d'Harcourt tirèrent des enregistrements réalisés par Barbeau un livre de chansons folkloriques françaises au Canada.

Luc Lacoursière continua l'oeuvre prodigieuse de Barbeau en créant avec la collaboration de Mgr Félix-Antoine Savard une chaire et des archives de folklore à l'Université Laval. Il poursuivit le travail d'enregistrement dans Charlevoix et également au Nouveau-Brunswick. Des compositeurs comme Roger Matton travaillèrent aux archives, d'autres comme Claude Champagne, François Brassard firent des orchestrations d'airs traditionnels. Enfin de nombreux interprètes les diffusèrent: les Jacques Labrecque, Hélène Baillargeon, Alan Mills, Raoul Roy, Édith Butler, Oscar O'Brien, le Quatuor Alouette, Lionel Daunais, etc.

Parmi les folkloristes qui ont publié des recueils de chansons, l'abbé Charles-Émile Gadbois (1906-1981) occupe une place particulière. La Bonne Chanson mettait, sous forme de partitions musicales simples et bien reliées, les plus beaux chants de folklore à la portée du public. Le succès fut immense; on retrouva ce recueil dans tous les foyers. Le premier livre fut publié en 1937 à l'occasion du Congrès de la langue française à Québec.


Les archives de folklore de Laval

C'est Conrad Laforte et son équipe qui mit au point à partir de 1953 à l'Université Laval un catalogue de la chanson folklorique française comprenant plus de 86,000 fiches. Cette impressionnante nomenclature fait des archives du folklore du Québec une institution unique au monde. La classification de Conrad Laforte est claire, logique, critique, en un mot magistrale souligne Roger Lecotte dans le Bulletin folklorique d'Ile de France. On estime à l'heure actuelle que les neuf dixième des chansons recueillies jusqu'ici sont issues de celles qui arrivèrent avec les colons entre 1665 et 1673.

Est-ce qu'on se représente bien ce que cela signifie? Il a fallu moins de dix ans de colonisation pour que se constitue un fond incroyablement riche de chansons provenant de la plupart des provinces de France et ce fond se transmettra pendant deux cent cinquante ans en subissant très peu d'altérations. Ainsi les Grecs se transmirent-ils l'Iliade et l'Odyssée. Notre légende à nous, notre mémoire collective, c'est, faut-il dire maintenant c'était? notre folkore: ses rythmes, ses modes musicaux, ses paroles naïves et descriptives nées du rapport étroit de l'homme avec la terre et l'eau d'où il tirait sa subsistance...


Chanteurs et chansonniers

Les premiers chanteurs qui se firent un nom surgirent dans le sillage des grands folkloristes et furent les interprètes des chansons de folklore: le Quatuor Alouette, Lionel Daunais, La Bolduc, Ovila Légaré, Hélène Baillargeon, Jacques Labrecque etc. La chanson typiquement québécoise se développa avec Félix Leclerc et Gilles Vigneault qui furent les plus grands et les mieux connus à l'étranger, parmi la pléthore de compositeurs qui créèrent des chansons d'une saveur à la fois régionale et universelle. Comment survivra la chanson française sous le raz de marée du rock?

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