Certains cancers n'évoluent pas

H.Gilbert Welch


On s'inquiète avec raison des risques que prennent certaines personnes qui s'engagent dans un programme de recherche médicale. Le problème inverse est peut-être plus grave. Parce qu'on présume, à tort parfois, qu'un quelconque traitement sera plus efficace que l'absence de tout traitement, on ne prend pas le risque de mener certaines études à la conclusion que l'abstention est préférable à l'intervention.

Le passage que vous lirez est tiré de l'ouvrage suivant: Dois-je me faire tester pour le cancer ? Peut-être pas et voici pourquoi, H. Gilbert Welch, les Presses de l'Université Laval, Québec, 2005, 264 pages. ISBN: 2-7637-8158-6


«La dynamique spontanée de la croissance des cancers chez l'homme n'est pas bien étudiée. L'explication est simple : il n'est présentement pas acceptable de s'en tenir à surveiller ce qu'un pathologiste appelle «cancer »; en fait, on extirpe le cancer, on l'irradie ou bien on tente de l'empoisonner avec des médicaments. Cependant, quelques observations de la dynamique de cancers non traités confirment que ce n'est pas tous les cancers qui progressent et que les pseudo maladies existent bel et bien.

Le neuroblastome


Les meilleures observations disponibles sur l'évolution des cancers non traités ont été faites sur le neuroblastome, une forme rare de cancer affectant les enfants. Ce cancer, qui apparaît près des reins, fabrique des substances qui ressemblent à l'adrénaline. Il peut atteindre la taille d'un pamplemousse (ce qui est énorme pour un nourrisson), envahir les gros vaisseaux comme l'aorte et métastaser dans les gros organes dont le foie. Il peut aussi entraîner la mort.


La gravité de ce cancer a convaincu les autorités japonaises de lancer en 1985 un programme national de dépistage du neuroblastome. Pour le détecter le plus tôt possible, on a soumis les enfants de six mois à un test relativement simple : l'analyse des métabolites de l'adrénaline dans l'urine. Une fois le dépistage lancé, les Japonais ont trouvé beaucoup de cas ; le nombre d'enfants diagnostiqués avec la maladie a doublé, et chez les enfants soumis au dépistage, le nombre de cas a été multiplié par presque cinq.


Des médecins se sont inquiétés de cette tendance. Ils redoutaient que les cancers détectés par le dépistage ne soient pas ceux qui tuaient les enfants plus âgés. Les traitements du neuroblastome (chirurgie et chimiothérapie), qui pouvaient aussi tuer des enfants, les préoccupaient. Pour résoudre ce problème, des oncologues ont résolu de s'en tenir à la seule surveillance régulière des enfants atteints de petits cancers (taille inférieure à une balle de tennis) quand le neuroblastome ne faisait pas de tort aux organes ni aux vaisseaux et quand il ne produisait pas trop de substance ressemblant à l'adrénaline.

Parmi 25 enfants atteints d'un neuroblastome et traités par ce groupe de médecins, 17 avaient un cancer qui répondait à ces critères. Les parents de 11 cas ont préféré que leur enfant ne soit ni opéré ni soumis à la chimiothérapie, mais plutôt suivi mensuellement avec un test d'urine et un examen aux ultrasons. Cette décision s'est avérée judicieuse : 10 des 11 cancers ont commencé à régresser immédiatement. L'autre cancer a continué à grossir jusqu'à ce que l'enfant ait atteint l'âge d'un an, après quoi il s'est mis à régresser spontanément. Donc, ces 11 enfants avaient tous une pseudo maladie. Les auteurs ont conclu que la meilleure stratégie, pour les neuroblastomes correspondant à leurs critères, n'était pas le traitement mais la surveillance attentive, pour repérer le sens de l'évolution spontanée de la maladie.
Une recherche plus récente évoque la possibilité que la pseudo maladie associée au neuroblastome soit si fréquente que le dépistage finit par faire plus de tort que de bien. Je reviendrai sur ces résultats dans le prochain chapitre.

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