Merci d'encourager L'Agora
Faites un don via Paypal
Le site est en cours de modernisation. Nous vous invitons à utiliser la recherche pour repérer les contenus qui vous intéressent. Merci de votre patience et bonne lecture.

La célébrité et les médias

Daniel Boorstin
Le divertissement est à la masse ce que la culture est au peuple. Les peuples chantaient. Les masses écoutent la musique des autres. Les peuples enfantaient leurs héros. Les masses subissent les célébrités fabriqués par les médias. Dans ce texte l'auteur montre à quel point la notion de héros s'est transformée en passant du peuple à la masse, de l'aristocratie à la démocratie!
Que sont les héros devenus? «Nous éprouvons désormais quelque difficulté à produire de nouveaux héros pour remplacer les anciens», écrit Daniel Boorstin dans L'image. 1 Boorstin en vient même à se demander si nous pouvons encore produire des héros. «Le type du héros traditionnel recouvrait des personnages aussi divers que Moïse, Ulysse, Énée, Jésus, César, Mahomet, Jeanne d'Arc, Shakespeare, Washington, Napoléon et Lincoln [...] De Platon à Carlyle, ce culte du héros constitua souvent le dogme de l'antidémocratie. L'aristocratie, même sous la forme atténuée et décadente qu'elle revêt encore aujourd'hui en Grande-Bretagne favorise naturellement la croyance en des héros [...] Dans notre conscience toujours plus encombrée, le héros perd chaque année un peu de sa signification [...] Le héros, comme l'événement spontané, disparaît dans les embarras de circulation provoqués par les pseudo-événements. Ainsi les héros du passé s'évaporent sous nos yeux, ou sont ensevelis hors de notre vue. Sauf peut-être en temps de guerre.»

L'homme de la rue pouvait seùreconnaître dans le héros traditionnel. Il pouvait comprendre le courage d'Ulysse ou de Roland, mais que peut-il comprendre de la vie et de l'oeuvre d'un physicien qui travaille en équipe de la dernière particule découverte. Boorstin note à ce propos: «Malgré toute l'ingéniosité et la conscience déployées par les journalistes scientifiques (qui forment à présent une catégorie professionnelle distincte) nos inventeurs, nos découvreurs restent dans la pénombre. Tous les dix ans, l'éducation du public accentue son retard sur la technique. Les Principia Mathematica de Sir Isaac Newton furent présentés à un public de dames et gentilshommes qui purent ainsi prendre connaissance, assez sommairement il est vrai, du sujet qu'il y traitait. Mais combien de conférenciers vulgarisateurs ont expliqué même de la façon la plus sommaire la théorie d'Einstein sur la relativité? Ce qui nous intéresse surtout à présent est le caractère mystérieux des récentes découvertes. De fantastiques possibilités absorbent notre imagination sans mettre notre compréhension à l'épreuve. Nous acclamons les vols de Youri Gagarine ou d'Alan Shepard sans en saisir pleinement le sens.»2

Les écrivains et les artistes eux-mêmes appartiennent à un autre monde: « Il est probable, poursuit Boorstin, que la plupart des fidèles pouvaient apprécier la beauté d'une fresque de Cimabué ou de Giotto; combien de New-Yorkais sont-ils capables de comprendre un Jack Pollock ou un Rothko? Nos écrivains les plus adulés sont ésotériques. Combien de lecteurs se trouvent-ils à l'aise dans les livres de Joyce, comme Ulysse ou Finnegan's Wake?3 »

1- Boorstin, Daniel. L'image, Union générale des éditions, Paris, 10/18, 1971, p. 95.
2- Ibid., p. 96
3- Ibid.

À lire également du même auteur

Le peuple et la masse
Daniel Boorstin, surtout connu en tant qu'historien, était aussi un penseur, qui pour ce qui est de

La célébrité et les médias
Le divertissement est à la masse ce que la culture est au peuple. Les peuples chantaient. Les masse