Le syndrome des Îles de la Madeleine à Shawinigan

Jean Mailhot

 Depuis longtemps, la migration se faisait, partout dans le monde, de la campagne vers la ville. La pandémie, combinée avec les nouveaux moyens de communication, aura-t-elle inversé la tendance de façon durable ? Dans les régions du Québec, plusieurs le craignent et s’en inquiètent. Voici, sous la forme d’un plaisant récit de voyage, le diagnostic d’un habitant de la Mauricie.

La pandémie a accentué un grand mouvement de liberté et de fuite de la ville vers des endroits plus « aérés ». Les Laurentides, l’Estrie et Lanaudière étant saturés, la Mauricie connait un regain de popularité en tant que solution de rechange pour la qualité de vie. Une certaine allégresse de bon aloi est de mise chez nos politiciens à la recherche de nouveaux revenus de taxation et chez certains profiteurs. Mais il faudra aussi orienter cette nouvelle richesse pour en faire du plus au lieu de recevoir béatement ce cadeau qui peut être empoisonné pour l’environnement et la qualité de vie des résidants.

Depuis 1975, je suis allé aux Îles de la Madeleine à tous les trois ans en moyenne. Sur la voie de retour de mon premier voyage (en auto), j’ai fait un arrêt en bordure de l’autoroute 20 à St-Hyacinthe. Je me demandais si je n’allais pas y retourner pour de bon. J’avais admiré le calme, la gentillesse des gens et le respect de la Nature et la beauté, parfois sauvage, des paysages marins. La liberté de circuler partout, d’avoir des conversations spontanées, d’admirer tout et rien libérait l’esprit et allégeait les stress ambiants de ce que nous appelions alors la civilisation montréalaise.

Hélas, une détérioration s’est profilée au fil des années au point où je n’y suis pas allé depuis 10 ans. J’aimerais bien y retourner une dernière fois mais j’hésite… y vivrai-je d’autres déceptions? J’ai la crainte que le saccage d’une grande partie de la beauté des Îles ne se soit poursuivi.

Mes derniers voyages aux Îles ont vu l’arrivée de citadins en grand nombre qui ne venaient pas visiter et comprendre ces Îles et ses citoyens mais plutôt transporter la ville aux Îles. Les terrains achetés à grand coup d’argent ont initialement fait le bonheur des Madelinots mais beaucoup ont déchanté parce qu’ils ont eu à payer beaucoup plus cher quand est venu leur tour d’acheter.

Les Madelinots ont eu la bonne idée d’interdire les tours à condos parce que les infrastructures ne le permettaient pas et qu’ils ne voulaient pas gaspiller leurs ressources. La contamination par des citadins désadaptés a vu apparaître les clôtures, les haies d’arbustes ou d’arbres, les pancartes « défense de passer », « propriété privée » et « chien de garde ». Tous des comportements urbains qui détruisent la spontanéité, l’entraide, la solidarité, la Nature et traduisent une inconscience certaine, voire de l’égoïsme.

Des Îles de la Madeleine à la Mauricie

Ce phénomène est aussi en train de se passer en Mauricie et nous, de Shawinigan, en sommes de plus en plus témoins, notamment le long des cours d’eau. Doit-on tolérer ici ce comportement destructeur comme on le voit aux Îles de la Madeleine? Doit-on accepter ces migrants insouciants et irrespectueux envahir lacs, rivières, cours d’eau et rives sans mot dire?

Beaucoup de citadins fuient les villes en raison de la pandémie mais ils apportent ici un virus environnemental, pris au sens large, tout aussi nocif. La végétation est détruite sans vergogne, on veut des « autoroutes » au lieu des sentiers, on abat des arbres sans raison et on bâtit des horreurs sans respect de l’intégration à la nature. Le bruit et les conversations à tue-tête témoignant d’une généreuse consommation éthylique sont de plus en plus courantes.

Les cours d’eau ne sont pas plus respectés dans leur identité : cabrioles en motomarines, propriétaires de bruyants bateaux motorisés de plus en plus puissants qui ne respectent pas les limites de vitesse, musique à tue-tête jour et soir, vagues fréquentes et sans respect pour les citoyens et la ville de Shawinigan qui travaillent depuis des années à limiter l’érosion des rives.

D’autres lacs et cours d’eau vivent aussi ce massacre environnemental en Mauricie. Cette pollution auditive et visuelle produit un stress important, tant chez les gens que sur la faune. Il nous faut envisager des mesures similaires à celles prises par la ville de Trois-Rivières : bannir les plancheurs nautiques tirés par des hors-bord (wake-board), et tous les bateaux source de vacarme. Cela signifie établir des limites de vitesse et de bruit (décibels) pour tous les véhicules marins circulant sur la rivière Saint-Maurice. Les canoéistes, les nageurs, les pagayeurs, les kayakistes et les admirateurs de la Nature ont droit au respect et à une saine utilisation de la rivière St-Maurice.

L’environnement est en souffrance et cette souffrance est le résultat de notre comportement passé et présent. Beaucoup de citoyens ne démontrent pas le respect que nous devons avoir entre nous, envers notre faune et notre flore. Allons-nous comprendre? Et quand? Ou répéterons-nous encore les erreurs du passé?

Il est plus que temps que nous sortions de notre torpeur et de notre attitude béate. C’est le temps d’agir, individuellement et collectivement, avant qu’il ne soit trop tard.

Jean Mailhot

Secteur Grand-Mère

Extrait

Mes derniers voyages aux Îles ont vu l’arrivée de citadins en grand nombre qui ne venaient pas visiter et comprendre ces Îles et ses citoyens mais plutôt transporter la ville aux Îles. Les terrains achetés à grand coup d’argent ont initialement fait le bonheur des Madelinots mais beaucoup ont déchanté parce qu’ils ont eu à payer beaucoup plus cher quand est venu leur tour d’acheter.

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