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    Impression du texte

    Onfray Michel

    Ce commentaire ce Bernard Dugué à propos du dernier livre de Michel Onfray, Rendre la raison poupaire situe assez le personnage appelé Michel Onfray

    «Ce personnage très médiatique est emblématique d’une époque, tout comme Harry Potter ou Nicolas Sarkozy. Nous avons tous péchés un jour ou l’autre par excès de narcissisme, ce trait trop humain qui habite également quelques grands patrons et bien des célébrités. Un désir de se faire admirer, un excès du souci de plaire, les deux se conjuguant pour propulser cette époque vers un crépuscule où les fondamentaux sont voilés par le brouillard narcissique et toutes les procédures visant à soigner, voire truquer son image, comme on a pu le voir dans ce piètre opus du philosophe populaire noyé dans l’autosatisfaction béate. C’est la fin d’une époque, ou plutôt le signe d’une époque finie. Le narcissisme aboutissant à un jeu de miroirs entropiques où l’uniforme et le standard règnent. Epoque finie et dévoyée. L’art conceptuel a dévoyé le Beau, l’associatif et l’humanitaire ont dévoyé le Bien, le bavardage philosophique et l’émotionnel de l’opinion ont dévoyé la Vérité, l’argent a dévoyé l’honnêteté et surtout, le narcissisme a dévoyé le Système de reconnaissance. Adieux transcendantaux de la vieille civilisation. Le médiocosme étant devenu le milieu « naturel » de l’homme, il est logique que l’homo narcissus en soit l’espèce la mieux adaptée. Mais rien ne s’oppose à une évolution humaine, amen. Dommage de devoir achever ce billet. J’aurais bien aimé écrire un petit livre sur ce sujet crucial.»

    Source: Le suicide de Michel Onfray et la fin d'une époque, sur AgoraVox

    Oeuvres

    Par Philippe Serraji

    Dans la même série', les athéismes transcendants » de Luc Ferry et André Comte-Sponville.

    L'athéisme militant de Michel Onfray

    Si l’on constate un regain d’intérêt pour le « spirituel », l’athéisme reste, en France, un interlocuteur important du christianisme. Non seulement pour des raisons historiques, mais également pour le renouveau « populaire » qu’il connaît. Dans une suite de deux articles et au travers de trois ouvrages représentatifs, nous analyserons les propositions de la pensée d’auteurs athées contemporains. Nous étudierons l’athéisme « militant » de Michel Onfray, puis, dans un article séparé, les athéismes « transcendants » de Luc Ferry et André Comte-Sponville. L’analyse n’aura pas pour objet d’approfondir les questions philosophiques, mais plutôt de souligner les points sur lesquels il est utile de s’arrêter dans une perspective apologétique.
    Il n’est nullement nécessaire de présenter M. Onfray tant ses ouvrages sont connus, commentés et médiatisés. On peut, néanmoins, signaler qu’il représente un courant fort, opposé aux monothéismes en général et au christianisme en particulier. Son récent ouvrage, le Traité d’athéologie[1], est un exemple symptomatique de la pensée du philosophe, résurgence des anticléricaux les plus virulents. Beaucoup a été dit et écrit sur l’ouvrage lui-même. Il est utile néanmoins d’en rappeler les grandes lignes avant de répondre à quelques-unes des principales accusations et de voir les points saillants de sa philosophie.

    I. LE TRAITÉ D’ATHÉOLOGIE

    L’ouvrage est tout à fait intéressant, car il illustre bien les préjugés et les écueils de l’athéisme « militant ».
    1. Antimonothéisme ou antichristianisme ?
    Onfray dit s’attaquer aux monothéismes, il le fait, mais il est clair qu’il vise le christianisme et ce pour plusieurs raisons : 1. Il consacre un chapitre entier au christianisme comme démonstration de la « construction » monothéiste. 2. Il utilise des termes propres au christianisme pour illustrer ses propos, ce qui semble montrer qu’il le préoccupe premièrement. 3. Il réserve les termes les plus violents à Jésus et à Paul. 4. Il l’affirme lui-même : « l’athéologie peut s’occuper particulièrement de l’une des trois religions[2] », ce sera le christianisme !

    2. Un ouvrage péremptoire sans argumentaire

    « Loin de défendre l’athéisme d’une manière philosophiquement solide, il se livre en effet à une attaque en règle contre la religion en général, ce qui n’est pas du tout la même chose[3]. » On relève d’emblée que M. Onfray ne s’intéresse pas à la question de l’existence de Dieu, pourtant essentielle si l’on veut suggérer l’athéologie. S’il est clair qu’il n’y a pas de réel argumentaire, Onfray fait cheminer le lecteur pour l’amener à partager sa conclusion. Il s’agit de proposer « une physique de la métaphysique, donc une réelle théorie de l’immanence, une ontologie matérialiste[4]. » Pour Onfray, « Dieu n’est pas mort », « qui a vu son cadavre ? » demande-t-il. Une « fiction ne meurt pas[5] » ! Dieu respire encore en raison de l’antiphilosophie, de l’opposition des monothéistes à tout ce qui leur est étranger, de la stigmatisation des athées, et de « l’organisation de l’oubli[6] ». Il se doit donc de développer une « athéologie » dont l’objectif est de « déconstruire les trois monothéismes »[7] qui sont donc à combattre pour leurs haines de l’intelligence, de la femme, de la science, etc. A combattre aussi pour leur violence et leur tromperie, car la religion « … se constitue, s’installe et s’enracine sur des principes qui supposent toujours la falsification, l’hystérie collective, le mensonge, la fiction et les mythes…[8] ». Il faut, selon Onfray, une « laïcité post-chrétienne » émancipée « de la métaphysique judéo-chrétienne ». Une laïcité qui ne reconnaît pas le religieux, contrairement à celle « qui triomphe aujourd’hui », et qui met « à égalité toutes les religions et leur négation » et « avalise le relativisme »[9]. « Or tous les discours ne se valent pas[10]. » Les croyants ne valent pas « les rieurs, les matérialistes, les radicaux, les cyniques, les hédonistes, les athées, les sensualistes, les voluptueux. Ceux-là savent qu’il n’existe qu’un monde et que toute promotion d’un arrière monde nous fait perdre l’usage et le bénéfice du seul qui soit. Péché réellement mortel[11]. »

    3. Asséner et « prélever » pour convaincre

    Pour Onfray, les croyants sont des névrosés, des abusés, des crédules, des aveugles volontaires, des profiteurs, des malades mentaux, des comploteurs, des despotes, des misogynes, des ignorants, des tortionnaires, des mutilateurs, des faussaires, des antisémites, et la liste n’est pas exhaustive ! Les croyances sont dès lors des billevesées, des névroses, des schizophrénies, des balivernes, des fables, des stupidités, etc. Paul est un hystérique, un esclavagiste et un misogyne, entre autres[12]. M. Onfray répète à l’envie que le christianisme fait preuve de haine : de la vie, de l’intelligence, de la femme[13]. On peut aisément se demander s’il n’est pas de bon ton d’appliquer à Onfray le reproche qu’il fait aux monothéistes : « juifs, chrétiens et musulmans aiment les exercices de mémoire, (…) l’ensemble contribuant à faire passer l’esprit, le sens et l’intelligence du texte derrière le pur travail phonique de la lettre…[14] »
    Onfray dénonce une « logique du prélèvement ». Selon lui, les chrétiens justifient tout et n’importe quoi à partir de versets « prélevés ». Mais comment peut-on reprocher à des chrétiens de bâtir des croyances sur des versets dont la signification première est détournée, pour, ensuite, construire soi-même une attaque basée sur la conception d’un Dieu et d’une religion, entièrement fondée sur sa propre interprétation de ladite religion, par la méthode du « prélèvement »[15] ?

    4. Histoire revue et corrigée

    L’histoire, c’est frappant dans le Traité d’athéologie, est détournée. Elle l’est premièrement par la torsion de faits, ce qui permet de placer la religion sous un jour ténébreux. Deuxièmement, par l’omission des crimes perpétrés par les visions immanentistes et athées des siècles précédents. Or, comme le déplore Baumier : « Il est des omissions qui alertent[16]. » Pour René Rémond : « Relire le passé d’une manière aussi unilatérale revient à opérer une sorte de purification historique, de ségrégation…[17] » Sans aucun scrupule, Onfray accuse néanmoins la religion d’être une construction au mépris de l’histoire[18].

    II. LA RELIGION, SOURCE DE HAÎNE ?

    Pour R. Rémond, M. Onfray « cristallise un certain nombre de reproches que nos contemporains adressent au christianisme[19]. » Plus largement, il s’inscrit dans la droite ligne de ses prédécesseurs.

    1. Haine de l’intelligence et de la science ?

    Les « prêches de Bossuet constituent une exception au milieu d’un flot de platitudes deux fois millénaires…[20] » Il faut être passablement sélectif pour ne pas remarquer l’apport des penseurs chrétiens à la science et à la philosophie et pour ne pas considérer la vivacité de la recherche théologique. La haine de l’intelligence est totalement étrangère au lecteur attentif des Ecritures. Les Proverbes, appel à l’intelligence et à la sagesse, prônent la vertu de la connaissance. De toutes façons, Onfray « pose comme allant de soi que nul chrétien ne peut rechercher le savoir pour lui-même dans le domaine religieux, que toute théologie est apologétique, et toute apologétique de mauvaise foi, toutes propositions également fausses[21]. » Onfray condamne a priori toute forme de recherche ou de savoir dès l’instant où le chercheur est croyant. A partir de ce postulat, nulle intelligence n’est possible quand on croit en Dieu !
    Ne serait-ce pas plutôt le matérialisme qui, invalidant tout absolu, représente un danger pour l’intelligence ? Les matérialistes forment ce « groupe de penseurs » qui pourraient « jusqu’à un certain point, arrêter la progression de la pensée en enseignant à la génération suivante qu’il n’y a rien de valide dans aucune pensée humaine[22]. » Or c’est bien parce que la théologie place Dieu comme source de connaissance et d’intelligence que la pensée de l’homme peut être rationnelle.
    La science a également une place contradictoire dans le modèle d’Onfray. Elle est exclue des bases épistémologiques de l’athéisme à venir, car : « L’athéisme post-moderne abolit la référence théologique, mais aussi scientifique, pour construire une morale[23]. » Pourtant, comme le souligne R. Rémond, « Le christianisme est … coupable aux yeux d’Onfray de dresser une sorte de barrière morale contre le progrès scientifique[24]. »
    On peut finalement ajouter que les implications mécanistes de la philosophie matérialiste qui, en fin de compte ne sont qu’une option philosophique, sont une négation des progrès scientifiques.

    2. Haine de la vie et pulsion de mort ?

    Irène Fernandez note la contradiction[25] qui apparaît quand on tente de conjuguer croyance en Dieu et « pulsions de mort » : « Mais si la religion aime tant la mort, comment peut-elle en avoir en même temps aussi peur, puisqu’elle ne procède que de cette peur, comme le soutient ce Traité ?[26] »
    Peut-on affirmer, comme le fait Onfray, que seules les croyances religieuses sont porteuses de violence ? Pour R. Rémond : « A décrire à longueur de pages comme des absurdités qui déshonorent ceux qui ont la faiblesse d’y croire les vérités de leurs religions respectives, ne compromet-on point toute possibilité d’estime entre compatriotes appelés à vivre ensemble ? Où est l’intolérance ? (…) On sait aussi par expérience que le mépris conduit à la haine[27]. » Le matérialisme[28] ne permet pas d’évacuer la violence, plus propre à l’homme qu’à la foi. Par ailleurs, l’analyse théologique de certaines dérives religieuses décriées par Onfray démontre que ce sont leurs visions trop immanentistes qui les ont poussées à rechercher dans ce monde l’établissement d’une théocratie. C’est précisément un danger propre à l’athéisme, forcément immanentiste, qui risque bien de s’ériger comme seule règle acceptable. Comme le rappelle Comte-Sponville : « Ce n’est pas la foi qui pousse aux massacres. C’est le fanatisme, qu’il soit religieux ou politique. C’est l’intolérance. C’est la haine[29]. » Chesterton le souligne : « Nous n’admirons pas, nous n’excusons guère, le fanatique qui détruit ce monde pour l’amour de l’autre. Mais que dire du fanatique qui détruit ce monde par haine de l’autre?[30] » Peut-être que l’athée l’ignore, mais l’absence de croyance en Dieu n’en est pas moins une croyance et les « croyances qui s’ignorent sont toujours les plus naturellement allumeuses de bûche[31]. »
    La violence est en grande partie le résultat d’une perversion de l’Evangile. Cette perception faussée est en partie explicable par la torsion opérée dans l’histoire de l’Eglise par les chrétiens eux-mêmes, tant sur le plan individuel que sur le plan institutionnel. Nul ne peut nier que certaines des accusations portées contre le christianisme soient vraies[32]. D’ailleurs, Onfray entrevoit la torsion : « L’appartenance à la communauté chrétienne suppose l’adhésion au message évangélique, pas aux détails de prescription maniaque[33]. » Pour I. Fernandez : « Que ceux qui croient en Dieu soient criminels ou stupides, ou même les deux, ne prouve en rien qu’ils aient tort de croire en Lui : peut-être après tout ne comprennent-ils rien à Celui auquel ils accordent foi[34]. » Même si l’on admettait toutes les fautes dont Onfray accuse les chrétiens, ce ne serait en rien un argument contre l’existence de Dieu.

    3. Haine de la femme ?

    On pourrait, bien évidemment, avancer l’argument du rôle plus que positif du christianisme en faveur de la condition féminine. Par exemple, comme le rappelle R. Rémond : « Le Christianisme a très tôt postulé l’égalité absolue de l’homme et de la femme pour contracter le mariage[35]. » I. Fernandez démontre que la vision hédoniste proposée par Onfray va elle-même, pour le coup, à l’encontre des intérêts réels de la femme : « Même en dehors de tout contexte religieux et sans référence à l’âme ou à rien de pareil, et si on ne retient que trois figures de la féminité, l’amante, l’épouse et la mère, pourquoi la femme ne devrait-elle « épanouir sa subjectivité » que dans la première d’entre elles ? Ne serait-ce pas là un point de vue tout masculin, et même un peu macho?[36] » On le voit clairement, « la condition générale des femmes dans le monde n’est visiblement pas son sujet[37]. »

    4. Christianisme et nazisme[38]

    « Ainsi, sous le seul prétexte que Hitler cite avec éloge le fouet qui sert à chasser les marchands du Temple dans l’évangile de Jean, le Führer est-il promu ‘disciple de saint Jean’[39]. » M. Baumier consacre un chapitre[40] entier à la question de la relation supposée entre christianisme et nazisme, chapitre auquel on renverra le lecteur pour une réponse très détaillée. Cependant, « il est impossible de ne pas s’interroger sur les mobiles de tant d’invectives et de faits détournés ou inventés. (…) de quoi M. Onfray veut-il exonérer l’homme immanentiste?[41] » Pourquoi faut-il que l’athéisme soit absolument absout de tout soupçon ? Pourquoi Onfray exclut-il soigneusement toutes philosophies, tous régimes profondément athées et immanentistes lorsqu’il « réfléchit » sur la « pulsion de mort »? « Quant à Staline, Mao, Pol Pot, Mengistu … est-ce leur idéologie officiellement agressivement athée qui leur vaut ce silence retentissant de la part d’un auteur prompt à la diatribe ? Mais excuserait-il donc, sous le prétexte que le marxisme relève pour lui des Lumières, les millions de morts, sans exagération rhétorique cette fois-ci, qu’on leur doit ?[42] » Si l’on n’exonère pas l’homme de ses crimes par l’aliénation que suppose la religion, on ne peut pas proposer une philosophie de l’homme qui soit acceptable. Pour M. Onfray : « Le bien n’a pas besoin de Dieu », il suffit d’« un code de conduite entre les hommes[43]. » Impossible si l’homme porte en lui les raisons des crimes passés ! M. Baumier rappelle que « chaque époque construit ses boucs émissaires qui permettent aux aveugles de jouir en paix[44]. » Jouir en paix, n’est-ce pas ce que réclame l’hédoniste ?
    En fin de compte, ce que cachent les athées les plus militants par leurs propos violents, c’est leur incapacité à formuler une alternative cohérente et solide. C’est ce que nous allons observer maintenant.

    III. MATÉRIALISME ET HÉDONISME

    1. Le matérialisme comme négation de Dieu

    La philosophie d’Onfray se veut exclusivement, et ce n’est pas surprenant, immanentiste et matérialiste. Mais le matérialisme, contrairement aux affirmations de M. Onfray, n’est pas la solution aux problèmes qu’il souhaite voir résolus et semble tomber plus bas encore dans les profonds écueils où notre auteur entrevoyait alors le christianisme.
    i) Rien d’autre que la matière !
    Pour le matérialiste, il n’y a rien en dehors de la nature, elle « épuise tout le réel ». Il n’y a rien qui transcende l’homme, ni le monde. Onfray affirme : « Partout j’ai constaté combien les hommes fabulent pour éviter de regarder le réel en face. La création d’arrière-mondes ne serait pas bien grave si elle ne se payait du prix fort : l’oubli du réel, donc la coupable négligence du seul monde qui soit[45]. » Que dire de l’âme ? De la raison ? De la conscience ou de l’inconscient ? De la quête de sens ? De l’idée d’infini ? Des aspirations humaines ? Peut-on limiter cela à la simple matière ? Chesterton, avec sa célèbre prose, affirme : « En tant qu’explication du monde, le matérialisme est d’une démente simplicité. (…) il n’incorpore pas les réalités de la terre, les peuples qui luttent, les mères fières de leurs enfants, le premier amour ou la première peur ressentie en mer[46]. » Il ajoute que « les déductions du matérialisme … détruisent graduellement son humanité. Je ne veux pas seulement parler de l’humaine bonté, mais encore de l’espoir, du courage, de la poésie, de l’initiative, de tout ce qui est humain[47]. »
    Il y a une aberration dans la philosophie matérialiste dont les fondements ne sont qu’axiomes et négation de la réalité de l’homme dans sa totalité, preuve manifeste que la matière n’épuise pas tout le réel. Si l’on accepte que toutes ces « parties » de l’homme soient réduites à la vision matérialiste du monde, la raison inclue, « surgit alors le problème redoutable de savoir comment il se fait qu’une partie de la nature puisse penser la nature[48]. » Dès lors, la raison souffre d’un sérieux problème: elle est vidée de toute substance et sans fondement. Il ne reste en l’absence de toute transcendance divine et personnelle, que le hasard et la nécessité. Ces deux notions réintroduisent inévitablement un aspect métaphysique, quasi religieux : « La sagesse matérialiste ne parvient jamais à s’accomplir pleinement sans retomber lourdement dans les ornières de la métaphysique auxquelles elle se faisait pourtant un devoir absolu d’échapper[49]. » Pour que le monde soit ce qu’il est, même sur le simple plan matériel, il faut un sens, une direction, un plan pourrait-on dire. Le monde matériel renvoie immanquablement à un au-delà, à une réalité forcément transcendante, explication du monde et de l’homme, et annule, de fait, une vision strictement immanente. Affirmer la réalité du monde tel qu’il est, c’est infirmer sa seule réalité matérielle[50]. Pour P. Chaunu : « Etre créé, c’est pour qui n’est pas l’être en soi, la seule possibilité d’être réellement[51]. » La position matérialiste se trouve face à une dialectique décrite par C. Van Til : Le non-croyant est à la fois rationnel car il souhaite s’appuyer uniquement sur sa raison et irrationnel car il croit également au hasard comme seule origine du monde.
    La volonté aveuglante de nuire à la religion mène l’athée matérialiste et militant à occulter les questions parfaitement humaines par son refus catégorique d’envisager l’hypothèse de l’existence de Dieu. Le matérialisme ainsi affirmé comme simple négation de Dieu rend pertinents les propos de Chesterton : « Les hommes qui s’en prennent à l’Eglise au nom de la liberté et de l’humanité finissent par bazarder liberté et humanité pour mieux combattre l’Eglise[52]. » Le matérialisme est finalement une aliénation de l’homme par l’homme.

    ii) Le matérialisme est inopérant pratiquement

    C’est bien parce que le monde, tel que nous le voyons, n’épuise pas tout le réel que le matérialisme est inopérant. Comment pourrait-il répondre aux profondes aspirations de l’homme simplement en les occultant ? Le matérialiste nie le libre arbitre, « postulat » uniquement envisagé comme « indispensable » à « l’opération répressive »[53] imaginée par les religions. Mais, comme le remarque L. Ferry : « Face à l’imminence de la catastrophe – la maladie d’un enfant, la victoire possible du fascisme, l’urgence d’un choix politique ou militaire, etc. –, je ne connais aucun sage matérialiste, aucun spinoziste qui ne redevienne aussitôt un vulgaire kantien soupesant les possibles, tout à coup convaincu que le cours des événements pourrait bien en quelque façon dépendre de ses libres choix[54]. » Le matérialisme est insupportable car il ne renvoie à rien. Le « matérialisme est bien une philosophie du bonheur et, lorsque tout va bien, qui ne serait volontiers porté à céder à ses charmes ? Une philosophie pour beau temps, en somme. Oui, mais voilà, quand la tempête se lève, pouvons-nous encore le suivre?[55] » Comme toutes les utopies, car le matérialisme hédoniste est une utopie, « celle-ci se heurtera en fin de compte à la mort, le mur contre lequel viennent se briser toutes les utopies[56]. » Les « arrière-mondes » ou l’au-delà sont pour l’homme des questions qui perdurent. Proposer, comme le fait l’utopie matérialiste, un monde, pas encore là mais à venir, est une façon de reconnaître la légitimité du questionnement profond de l’humanité. Mais au lieu d’y répondre par l’affirmation d’un monde au-delà, le matérialiste propose un monde « à venir ».

    2. L’hédonisme… par défaut

    L’hédonisme est, en définitive, un choix par défaut. A l’inévitable question du sens et de la raison d’être, la seule réponse que peut offrir Onfray est le plaisir. Il est également, comme le matérialisme, une façon d’échapper au réel. L’hédonisme a l’avantage de soustraire le matérialiste, par la recherche du bonheur à tout prix, à l’inévitable écueil de sa vision absurde du monde. Car « … dans la vie courante, le matérialiste continue à être aussi angoissé que les autres…[57] » En fin de compte, l’hédonisme participe bien à la création d’un autre monde et fournit une échappatoire. Une sorte « d’opium du peuple » !

    i) Un bonheur réduit

    L’hédonisme se résume purement et simplement aux plaisirs de la chair. Cette réduction de l’idée du bonheur est le produit de la réduction de l’homme qu’induit le matérialisme : « Chez Onfray (…), la conception de l’homme me paraît singulièrement étroite. Elle se réduit à une approche de la liberté qui insiste sur le plaisir et ne propose pas un idéal du dépassement de soi, tant au plan personnel qu’au niveau plus collectif[58]. » Le projet hédoniste est également réducteur dans le sens où seule son élaboration matérialiste du bonheur est concevable. S’il s’agissait uniquement d’apporter le bonheur, il tiendrait alors réellement compte des diverses formes de bonheur possibles. En effet, quel chrétien n’est-il pas heureux de l’être ? L’hédonisme est une liberté réduite, contrefaite, qui impose une idée précise comme seule philosophie valable. Cela revient à la fois à priver les hommes de voir le bonheur différemment qu’en l’associant au plaisir et à construire une forme de « liberté » qui s’interdit (!) les interdits. C’est une fuite en avant !

    ii) Le paradoxe hédoniste

    M. Onfray souhaite « une éthique sans obligations ni sanctions transcendantes[59]. » Implicitement, les obligations et sanctions immanentes sont donc possibles. Si la « laïcisation de la morale judéo-chrétienne correspond bien souvent à la réécriture immanente d’un discours transcendant[60] », il faut alors une éthique nouvelle, post-chrétienne, ce qui induit l’abolition de celle qui prône « l’excellence de la famille et les vertus du travail… » En effet, « ne s’agit-il pas évidemment de choses détestables ? Elle recommande la méfiance à l’égard des passions : la maîtrise de soi n’est-elle pas une idée déplorable ? Il faut respecter ses parents et honorer les « vieux » ? Quelle horreur ! On a des « devoirs envers les pauvres gens »? A répudier d’urgence ![61] » Au-delà de l’aspect comique, « s’il n’y avait pas de valeurs, ou si elles ne valaient rien, il n’y aurait ni droits de l’homme ni progrès social et politique. Tout combat serait vain. Toute paix aussi[62]. » Considérée sous l’angle éthique, la philosophie que propose Onfray implique un paradoxe : d’un côté, aucune pensée matérialiste ne peut avoir de fondement pour poser une éthique et, de l’autre, aucune philosophie de vie ne peut voir le jour sans inclure l’ébauche d’une éthique.

    Finalement, l’hédonisme est tout aussi inopérant que le matérialisme.

    On remarque clairement que les positions du Traité d’athéologie relèvent principalement de présupposés antithéistes que l’apologétique se doit de démasquer. Faute de proposer une réelle athéologie, il s’appuie sur une attaque violente de la foi et érige ainsi un épouvantail qu’il peut ensuite renverser, pour permettre l’apparition, sous un plus beau jour, de la philosophie matérialiste.
    Mais, ce matérialisme rend caduque toute liberté humaine et tout sens et ne rend pas compte de la réalité de l’expérience humaine. Ce constat, inavoué, pousse le philosophe à proposer un sens à l’homme, qui le réclame de tout son être, en mettant au centre la pensée hédoniste. Quant aux questions éthiques, également inhérentes à l’humain, elles placent la position philosophique de M. Onfray dans une incohérence à laquelle il ne peut échapper. Finalement, il écarte davantage les problèmes philosophiques qu’il ne les résout.
    Si l’on peut être reconnaissant pour les nombreux intellectuels catholiques qui prennent part au débat et au dialogue avec l’athéisme contemporain, le chrétien évangélique se doit d’y participer. Premièrement parce que la plupart des penseurs catholiques[63] sont réticents face à l’usage de l’apologétique, comme peut la concevoir un évangélique, ce qui ne manque pas d’affaiblir la position chrétienne. Deuxièmement, parce qu’ils ont trop souvent recours à la critique littéraire et à un trop grand recul vis-à-vis du texte biblique pour éluder certaines questions, sans que ce soit pourtant nécessaire. Troisièmement, le chrétien évangélique, soucieux de son attachement à la Révélation biblique, possède un fondement théologique solide pour bâtir une apologétique cohérente et efficace. Enfin, quatrièmement, l’apologète évangélique doit entrer dans le débat, car cela lui permet de travailler à une apologétique affûtée et pertinente pour répondre aux questions de ses contemporains.

    [1] M. Onfray, Traité d’athéologie, physique de la métaphysique, Paris, Grasset, 2005, Livre de poche.
    [2] Ibid., 95
    [3] I. Fernandez, Dieu avec esprit, réponse à Michel Onfray (Paris: Philippe Rey, 2005), 9
    [4] M. Onfray, op. cit., 35.
    [5] Ibid., 40.
    [6] Ibid., 60. Pour Onfray: « L’historiographie dominante occulte la philosophie athée », 60. On se demande dans quel univers il vit !
    [7] Ibid., 94.
    [8] Ibid., 95.
    [9] Ibid., 279.
    [10] Ibid., 280.
    [11] Ibid., 281.
    [12] M. Onfray avait pourtant promis, dès sa préface : « Nulle part je n’ai méprisé celui qui croyait… », 23). Mais qu’est-ce donc si ce n’est pas du mépris ?
    [13] Cf., par exemple, les pages 67, 102, 103, 104, 105, 119, 135, 142, 183, 253, etc.
    [14] Ibid., 118-119. Les points de suspension sont d’Onfray lui-même. Il en fait un usage excessif (presque à chaque page), ce qui lui évite le travail difficile d’une argumentation approfondie, et lui permet, de façon implicite, la complicité de « non-dits » avec le lecteur.
    [15] « Niant le caractère historique des évangiles, M. Onfray en utilise pourtant les versets en guise de preuves. Et fait de la vérité historique ce que bon lui semble. » M. Baumier, L’anti traité d’athéologie, le système Onfray mis à nu, Paris, Presses de la Renaissance, 2005, 22.
    [16] Ibid., 26.
    [17] R. Rémond, Le christianisme en accusation, Paris, Albin Michel, 2005, 42.
    [18] M. Onfray, op. cit., 169.
    [19] R. Rémond, Le nouvel antichristianisme, Paris, Desclée de Brouwer, 2005, 12.
    [20] M. Onfray, op. cit., 86-87.
    [21] I. Fernandez, op. cit., 66.
    [22] G.K. Chesterton, Orthodoxie, Paris, Gallimard, collection Idées, 1984, 48.
    [23] M. Onfray, op. cit., 93.
    [24] R. Rémond, Le nouvel antichristianisme, op. cit., 43.
    [25] Les contradictions sont multiples chez Onfray. Un exemple : Jésus, qui « fournit le patronyme emblématique de tous les juifs qui refusent l’armée d’occupation romaine… » M. Onfray, op. cit., 163, ne peut pourtant avoir été crucifié car cela « suppose une mise en cause du pouvoir impérial, ce que le crucifié ne fait jamais explicitement ». Ibid., 173.
    [26] I. Fernandez, op. cit., 26-27.
    [27] R. Rémond, Le nouvel antichristianisme, op. cit., 28.
    [28] Il en va de même pour l’hédonisme. En effet, on peut se demander quelle violence peut engendrer la recherche du « … bonheur du plus grand nombre possible. », M. Onfray, op. cit., 94
    [29] A. Comte-Sponville, L’esprit de l’athéisme, Paris, Albin Michel, 2006, 88. Il ajoute : « Cela nous en apprend plus sur l’humanité, hélas, que sur la religion. »
    [30] G.K. Chesterton, op. cit., 212.
    [31] P. Chaunu, Ce que je crois, Paris, Grasset, 1982, 11.
    [32] R. Rémond reconnaît que : « L’Eglise paie probablement le prix d’un discours déséquilibré car, dans sa longue histoire, elle a peut-être passé plus de temps à définir les normes de conduite, qu’à transmettre le message d’amour de l’Evangile », Le nouvel antichristianisme, op. cit., 35.
    [33] M. Onfray, op. cit., 108.
    [34] I. Fernandez, op. cit., 15.
    [35] R. Rémond, Le christianisme en accusation, op. cit., 170.
    [36] I. Fernandez, op. cit., 101. « La durée d’un couple est-elle un embourgeoisement déplorable dont il serait urgent de se libérer au profit de ferveurs sans cesse renouvelées ? (…) Il est trop clair qu’Onfray ne pense ici qu’en homme, et en homme qui appartient à une mince frange seulement de nos sociétés développées… » Ibid.,102.
    [37] I. Fernandez, ibid., 102.
    [38] Voir E. Lévy, Les Maîtres censeurs, Paris, Lattès, 2002, pour une analyse des utilisations du terme « fasciste » pour faciliter l’amalgame et éviter le débat et les discussions de fond.
    [39] I. Fernandez, op. cit., 40.
    [40] M. Baumier, op. cit., 171-238.
    [41] M. Baumier, op. cit., 172.
    [42] I. Fernandez, op. cit., 44.
    [43] M. Onfray, op. cit., 91.
    [44] M. Baumier, op. cit., 162.
    [45] M. Onfray, op. cit. 23.
    [46] G.K. Chesterton, op. cit., 33.
    [47] Ibid., 36.
    [48] I. Fernandez, Au commencement était la Raison, pour une intelligence de la foi, Paris, Philippe Rey, 2008, 107.
    [49] L. Ferry, Qu’est-ce qu’une vie réussie?, Paris, Grasset, 2002, Livre de poche, 470.
    [50] On pourrait également développer les implications apologétiques de la notion « d’information sémantique ».
    [51] P. Chaunu, op. cit., 176.
    [52] G.K. Chesterton, op. cit., 211.
    [53] M. Onfray, op. cit., 83.
    [54] L. Ferry, op. cit., 473. Italique de l’auteur.
    [55] Ibid., 473.
    [56] Marcel Neusch, Aux sources de l’athéisme contemporain, Paris, Le Centurion, 1993, 257.
    [57] L. Ferry, op. cit., 478.
    [58] R. Rémond, Le nouvel antichristianisme, 33.
    [59] M. Onfray, op. cit., 94.
    [60] Ibid., 277.
    [61] I. Fernandez, Dieu avec esprit, 83.
    [62] A. Comte-Sponville, op. cit., 60.
    [63] On peut également regretter que seuls les athéismes les plus virulents suscitent l’intérêt et la réponse des intellectuels.

    Date de création : 2012-12-11 | Date de modification : 2012-12-27

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