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    Impression du texte

    Thucydide

    Historien grec (465 av. J.-C. - 395 av. J.-C.).

    On reconnaît généralement Thucydide comme le fondateur de la méthode en histoire, comme le précurseur des historiens modernes. Il semblait lui-même conscient de son originalité en la matière, du moins si l'on en juge par la façon dont il précise sa méthode au début de son oeuvre maîtresse, La guerre du Péloponnèse.

    «Nous croyons, dit Thucydide, par tradition au sujet des dieux, et nous voyons par expérience au sujet des hommes que toujours, par une nécessité de nature, tout être exerce tout le pouvoir dont il dispose.» Simone Weil a donné son plein relief à cette pensée par ce commentaire : «Comme du gaz, l'âme tend à occuper la totalité de l'espace qui lui est accordé. Un gaz qui se rétracterait et laisserait du vide, ce serait contraire à la loi d'entropie. Ne pas exercer tout le pouvoir dont on dispose, c'est supporter le vide. Cela est contraire à toutes les lois de la nature : la grâce seule le peut.»


    *******


    «Thucydide fut le créateur de l’histoire politique. On reconnaît en lui le guerrier, l’homme d’État et le philosophe. Spectateur et même acteur dans les événements qu’il raconte, Thucydide a écrit avec vérité, impartialité et chaleur l’Histoire de la guerre du Péloponnèse qui embrasse les 21 premières années de cette dispute civile. Il passe pour avoir, le premier, introduit dans l’histoire les discours et les harangues. […] "[…] On a toujours admiré, et on admirera toujours, parmi ces narrations éloquentes, la description de la peste de l’Attique qui a été imitée par Lucrèce, Ovide, Virgile et une foule d’autres écrivains, et le tableau de la catastrophe des Athéniens en Sicile. Rien n’est omis ni négligé de ce qui en peut rendre sensible les causes, les (signes) avant-coureurs, les circonstances et les résultats. Le septième livre où cet événement est raconté est plein d’événements militaires et politiques à jamais mémorables et savamment décrits. (…)" (Daunou, Biographie universelle

    EDMOND LAREAU, Histoire abrégée de la littérature, Montréal, J. Lovell, 1884, p. 57-58.

    Biographie

    Dans ce siècle d'or d'Athènes, tant de génies ont atteint en même temps l'excellence dans tant de domaines différents, qu'on ose à peine, de peur d'exagérer, donner à chacun le crédit qu'il mérite. Il est pourtant naturel que toutes les éclosions aient eu lieu au cours du même printemps.

    Pour un historien comme Thucydide, qui aspirait à introduire de la rigueur dans sa discipline, pouvait-il y avoir un meilleur climat intellectuel que celui où Anaxagore s'attaquait aux superstitions pendant que les auteurs tragiques mettaient la contradiction à nu et que les géomètres faisaient apparaître les liens nécessaires entre les grandeurs et les figures?

    On reconnaît généralement Thucydide comme le fondateur de la méthode en histoire, comme le précurseur des historiens modernes. Il semblait lui-même conscient de son originalité en la matière, du moins si l'on en juge par la façon dont il précise sa méthode au début de son oeuvre maîtresse, La guerre du Péloponnèse. «Quant aux événements de la guerre, je n'ai pas jugé bon de les rapporter sur la foi du premier venu, ni d'après mon opinion; je n'ai écrit que ce dont j'avais été témoin, ou pour le reste, ce que je savais par des informations aussi exactes que possible. Cette recherche n'allait pas sans peine, parce que ceux qui ont assisté aux événements ne les rapportaient pas de la même manière et parlaient selon les intérêts de leur parti ou selon leurs souvenirs variables. L'absence de merveilleux dans mes récits les rendra peut-être moins agréables à entendre. Il me suffira que ceux qui veulent voir clair dans les faits passés et, par conséquent, aussi dans les faits analogues que l'avenir, selon la loi des choses humaines, ne peut manquer de ramener, jugent utile mon histoire. C'est une oeuvre d'un profit solide plutôt qu'un morceau d'apparat composé pour une satisfaction d'un instant».

    Oeuvres

    Extraits de La Guerre du Péloponnèse

    Dans La guerre du Péloponnèse, Thucydide rapporte souvent des discours - qu'il doit parfois reconstituer aussi fidèlement que possible. Les paroles qu'il prête à Périclès, lors de l'oraison funèbre que le chef des Athéniens prononça en l'honneur des héros de la campagne contre Mégare, méritent d'être rapportées et méditées, ne serait-ce que parce qu'elles contiennent les plus belles choses peut-être qui aient jamais été dites sur la démocratie. Ce passage atteste de l'objectivité de Thucydide, qui était plutôt d'avis que Périclès avait gouverné comme un monarque et non comme un démocrate.

    XXXVII. La constitution qui nous régit n'a rien à envier aux autres peuples; elle leur sert de modèle et ne les imite point. Elle a reçu le nom de démocratie, parce que son but est l'utilité du plus grand nombre et non celle d'une minorité. Pour les affaires privées, tous sont égaux devant la loi; mais la considération ne s'accorde qu'à ceux qui se distinguent par quelque talent. C'est le mérite personnel, bien plus que les distinctions sociales, qui fraye la voie des honneurs. Aucun citoyen capable de servir la patrie n'en est empêché par l'indigence ou par l'obscurité de sa condition.

    Libres dans notre vie publique, nous ne scrutons pas avec une curiosité soupçonneuse la conduite particulière de nos concitoyens; nous ne les blâmons pas de rechercher quelque plaisir; nous n'avons pas pour eux de ces regards improbateurs qui blessent, s'ils ne frappent pas.

    Malgré cette tolérance dans le commerce de la vie, nous savons respecter ce qui touche à l'ordre public; nous sommes pleins de soumission envers les autorités établies, ainsi qu'envers les lois, surtout envers celles qui ont pour objet la protection des faibles, et celles qui, pour n'être pas écrites, ne laissent pas d'attirer à ceux qui les transgressent un blâme universel.

    XXXVIII. Nous avons ménagé à l'esprit des délassements sans nombre, soit par des jeux et des sacrifices périodiques, soit, dans l'intérieur de nos maisons, par une élégance dont le charme journalier dissipe les tristesses de la vie. La grandeur de notre ville fait affluer dans son sein les trésors de toute la terre, et nous jouissons aussi complètement des produits étrangers que de ceux de notre sol.

    XXXIX. [...] Et quand il serait vrai que nous aimons mieux nous former à la vaillance par une vie facile que par un exercice pénible, à l'aide des moeurs plutôt que des lois, toujours est-il que nous avons l'avantage de ne pas nous tourmenter d'avance des peines à venir, et que, au moment de l'épreuve, nous ne nous montrons pas pour cela moins braves que ceux dont la vie est un travail sans fin.

    XL. Mais ce ne sont pas là nos seuls titres de gloire. Nous excellons à concilier le goût de l'élégance avec la simplicité, la culture de l'esprit avec l'énergie. Nous nous servons de nos richesses, non pour briller, mais pour agir. Chez nous, ce n'est pas une honte que d'avouer sa pauvreté; ce qui en est une, c'est de ne rien faire pour en sortir. On voit ici les mêmes hommes soigner à la fois leurs propres intérêts et ceux de l'État, de simples artisans entendre suffisamment les questions politiques. C'est que nous regardons le citoyen étranger aux affaires publiques, non comme un ami du repos, mais comme un être inutile. Nous savons et découvrir par nous-mêmes et juger sainement ce qui convient à l'État; nous ne croyons pas que la parole nuise à l'action; ce qui nous paraît nuisible, c'est de ne pas s'éclairer par la discussion. Avant que d'agir, nous savons allier admirablement le calme de la réflexion avec la témérité de l'audace; chez d'autres, la hardiesse est l'effet de l'ignorance et l'irrésolution celui du raisonnement. Or il est juste de décerner la palme du courage à ceux qui, connaissant mieux que personne les charmes de la paix, ne reculent cependant point devant les hasards de la guerre.

    XLI. En résumé, j'ose le dire, Athènes, prise dans son ensemble, est l'école de la Grèce.

    _________________________________________

    Le passage suivant est tiré d'un discours que des ambassadeurs athéniens prononcèrent à Sparte pour tenter de dissuader cette cité de déclarer la guerre à Athènes. On y dénote une parfaite lucidité à l'égard de cette loi du plus fort qui règle les rapports entre nations et dont on ne peut espérer qu'une chose: qu'elle soit - non pas suspendue, cela étant de l'ordre du rêve - mais appliquée avec une certaine modération.


    LXXVI. Vous-mêmes, Lacédémoniens, vous commandez aux villes du Péloponnèse, en y établissant le régime qui vous convient; mais si, dans le temps, vous aviez continué la guerre et encouru comme nous la haine dans le commandement, comme nous aussi vous auriez été à charge à vos alliés et obligés de les gouverner avec vigueur, sous peine de craindre pour vous-mêmes.

    Ainsi, nous n'avons rien fait d'étrange ni de contraire à la nature humaine, en acceptant un empire qu'on nous offrait, et en le retenant d'une main ferme, dominés comme nous l'étions par les motifs les plus puissants, l'honneur, la crainte et l'intérêt. Ce n'est pas nous qui avons donné un tel exemple; de tout temps il a été admis que le plus faible fût maîtrisé par le plus fort.

    D'ailleurs nous croyons être dignes de l'empire, et vous en avez ainsi jugé vous-mêmes jusqu'au moment où des vues intéressées vous ont fait mettre en avant ces principes de justice qui n'ont jamais empêché personne de s'agrandir par la force, quand l'occasion s'en présentait. Ils méritent des louanges, ceux qui, tout en obéissant au penchant naturel à l'homme pour la domination, montrent plus d'équité que ne le permettrait leur puissance. Si le hasard voulait que d'autres prissent notre place, on verrait bientôt par comparaison combien nous sommes modérés. Et pourtant cette modération, loin de nous valoir de justes éloges, n'a été pour nous qu'une source de blâme.

    LXXVII. Nous avons beau, dans toutes nos contestations avec nos alliés, nous relâcher de nos droits, et maintenir l'égalité devant la loi, nous n'en passons pas moins pour rechercher les procès. Personne ne se demande pourquoi l'on ne fait pas le même reproche à tous ceux qui commandent à d'autres peuples et qui se montrent moins modérés que nous envers leurs sujets: c'est que, lorsqu'on peut user de violence, on n'a que faire de procès. Mais nos alliés, habitués à vivre avec nous sur un pied d'égalité, viennent-ils à éprouver quelque mécompte par suite d'une divergence d'opinion ou de l'autorité que nous donne notre prééminence, au lieu d'être reconnaissants de ce qu'on ne leur ôte pas le plus, mais seulement le moins, ils montrent plus de colère que si d'emblée nous eussions mis de côté la loi et commis des usurpations manifestes. Dans ce cas, ils n'auraient pas même songé à protester contre la soumission du plus faible au plus fort. C'est qu'apparemment, on s'irrite plus de l'injustice que de la violence: la première, venant d'un égal, semble être une usurpation, la seconde, appuyée sur la force, passe pour une nécessité.

    THUCYDIDE, Histoire de la Guerre du Péloponnèse, traduction E.-A. Bétant, Librairie et Cie, Paris, 1878, extrait A, livre II, XXXVII ad XLI, extrait B, livre II, LXXVI ad LXXVII.



    *******



    * La Bibliothèque des sciences de l'Antiquité signale "la parution prochaine de L'Histoire grecque de Thucydide par Jean-Baptiste Gail, parue en 1807 (10 vol. in-4°). Cet ouvrage est réédité par Phénix éditions en 10 volumes avec une présentation d'Olivier Battistini et des annexes par Florent Bertholle. Le texte grec est accompagné de la version latine, des variantes des 13 manuscrits de la Bibliothèque impériale, d'observations historiques, littéraires et critiques, de specimen de ces manuscrits, de cartes géographiques et d'estampes. Dans un volume à part : des commentaires, un apparat critique et la traduction française de Gail 1808 pour faciliter la lecture du texte grec et de sa traduction et des 800 pages de commentaire de Gail."

    Texte grec avec traduction latine en regard
    Thucydidis historia belli peloponnesiaci: accedunt Marcellini vita, scholia graeca emendatus expressa, et indices nominum et rerum. Traduction de Friedrich Haase. Parisiis, A. Firmin-Didot, 1840, VIII-388-145 p. [Histoire de la guerre du Péloponnèse (grec ancien-latin). 1840] - Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF

    Traduction de langue anglaise
    The History of the Peloponnesian War. Traduction de Richard Crawley (Internet Classics Archive, MIT)

    Documentation


    Marivaux. Pierre de. Réflexions sur Thucydide, dans Journaux et oeuvres diverses. Édition préparée par F. Deloffre et M. Gilot. Paris, Garnier, 1988 (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode texte, format html)

    Olivier Battistini, La Guerre du Péloponnèse. Thucydide d'Athènes. Ellipses Marketing, coll. "Les textes fondateurs", 2002. Présentation sur le site de la Bibliothèque des sciences de l'Antiquité

    Gregory Crane, Thucydides and the Ancient Simplicity. The Limits of Political Realism, Berkeley, University of California Press, 1998 (texte intégral, format html)

    Tim Rood, Thucydides and his Predecessors, Histos, vol. 2, 1998

    Donald Lateiner. Compte rendu et discussion de: Simon Hornblower, A Commentary on Thucydides, volume II: Books IV-V.24, Oxford, Clarendon Press, 1996 (Histos, vol. 2, 1998)

    A. Loiseau. "La harangue chez Thucydide", dans "Du rôle et de l'authenticité de la harangue historique", Revue des études historiques, série 4, tome 6, année 54, 1888 (Bibliothèque nationale de France, Gallica – mode image, format PDF)
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    Données biographiques
    Nationalité
    Grèce
    Naissance
    -465
    Déces
    -395
    Documents Associés
    Alexis Pierron
    Thucydide, Histoire des Guerres du Péloponnèse, plan de l'ouvrage, l'excellence morale de Thucydide
    Raccourcis

    Référence


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