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Relativisme

Dossier en révision

L'expression chacun sa vérité, devenue un lieu commun, illustre bien le relativisme, doctrine selon laquelle aucune opinion n'est vraie absolument, chacune n'ayant de sens que par rapport à un point de repère lui-même mouvant. ( «Plaisante justice qu'une rivière borne. Vérité en-deça des Pyrénées, erreur au-delà!» dira Pascal) Ce point de repère peut être un invidu, une société, une culture, un lieu. On parlera de relativisme social ou culturel selon que le point de répère sera une société ou l'ensemble d'une culture.

Le relativisme temporel

Il existe aussi un relativisme temporel et il est peut-être l'espèce la plus répandue, car il est à la base de l'erreur de raisonnement consistant à considérer l'opinion la plus récente comme la meilleure. Comment peut-on penser une chose pareille en 2005? La plupart des jugements progressistes se ramènent à ce choix d'un moment comme point de repère. On raisonnait de la même manière en 1955, ce qui a inspiré à Gabriel Marcel le commentaire suivant:

«La vérité est la vérité. 1955, c'est seulement un numéro; cela ne signifie rien du tout, pas plus que le numéro sur un ticket de wagon-restaurant. 1955! Vous dites cela comme si c'était une altitude, comme si vous étiez sur le Monte Rosa et que vous regardiez au fond de la vallée les pauvres personnes qui existaient il y a des siècles. Mais ce n'est pas vrai, vous n'êtes pas sur le Monte Rosa. 1955 n'est pas une altitude. Les hommes et les femmes en 1955 en général ils sont sur un poggio de rien du tout - et San Francisco, San Bonaventure et tous les autres, ils étaient dans la stratosphère malgré le numéro.»(Gabriel Marcel, Mon temps n'est pas le vôtre,acte II, Sc I)
Il faut aussi distinguer le relativisme total du relativisme limité. Le relativisme total comporte sa propre réfutation. Ou bien en effet l'argument en sa faveur est lui-même relativiste et il ne prouve rien ou bien il est non relativiste et il est alors la négation de l'objet à définir. «Le ralativisme est de manière référentielle incohérent et auto-réfutant, puisque pour défendre cette doctrine, il faut l'abandonner. »(H.Siegel, Relativism Refuted, D. Reidel, Dordrecht, Pays-Bas, 1987, p. 9)


Le relativisme peut-être limité à la morale, ce qui laisse place à la vérité absolue dans d'autres domaines, en science par exemple. La polygamie est une bonne chose pour un musulman et une mauvaise pour un catholique. Encore faut-il, pour que ce relativisme limité soit cohérent, que le point de repère à l'intérieur de chaque religion soit considéré comme un absolu, car au fur et à mesure que l'on cesse de croire en la valeur absolue du critère, l'affirmation ( la polygamie est une bonne ou mauvaise chose) sombre dans la contradiction.

On appelle épistémologique le relativisme appliqué à la science, mais le relativisme épistémologique est souvent assimilée au relativisme total, car lorsqu'on doute du caractère absolu de la vérité en science, on en doute dans tous les autres domaines.

Essentiel

Dans la même conférence, Allan Bloom distingue le relativisme à l'américaine du relativisme de la tradition philosophique, lequel constituait pour ses tenants un poids lourd à porter. Être relativiste avec cohérence, sans remplacer par une illusion la vérité universelle à laquelle on renonce, est une position inconfortable. «Le relativisme comporte un fardeau d'incroyance que peu d'hommes peuvent supporter s'ils sont vraiment conscients de son poids. Notre relativisme repose en équilibre instable sur la conviction que la démocratie est bonne -et qu'elle gagnera la partie sans avoir à être soutenue par la nature ou la raison. Le premier de ses effets n'est pas de nous faire croire en rien, mais plutôt de nous faire croire en n'importe quoi, de nous mettre à l'aise dans cette vie non réfléchie dont Socrate disait qu'elle était invivable. En d'autres termes, elle rend la culture générale superflue et même impossible. Notre relativisme est compatible avec le moralisme et le fanatisme extrêmes. Il peut même les encourager.»

Source :Texte de la conférence prononcée par Allan Bloom, sur La culture générale et la politique, vendredi le 29 avril 1988 à l'occasion du colloque Éducation: le temps des solutions organisé par l'Agora au Centre d'Arts Orford, les 29, 30 avril et 1 er mai 1988.

La science et le relatif selon Victor Hugo

Opposant la science à l'art, lieu de l'absolu, Hugo écrit:

[...] La science est autre. Le relatif qui la gouverne s’y imprime, et cette série d’empreintes successives constitue la certitude mobile de l’homme. En science, des choses ont été chefs-d’œuvre et ne le sont plus. La machine de Marly a été chefs-d'œuvre.

[...] La science cherche le mouvement perpétuel: elle l’a trouvé, c’est elle-même... Tout remue en elle, tout change, tout fait peau neuve... La science va sans cesse se raturant elle-même... Elle est l’asymptote de la vérité: elle approche sans cesse et ne touche jamais.

Hippocrate est dépassé; Archimède, Paracelse, Vésale, Copernic, Lavoisier sont dépassés. Pascal savant est dépassé, Pascal écrivain ne l’est pas.»

VICTOR HUGO, William Shakespeare. in Œuvres complètes de Victor Hugo, t. II, Paris, J. Hetzel, 1882

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