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    Masaccio

    Peintre italien du Quattrocento (1401-1428). Héritier de Giotto, ses œuvres possèdent la puissance et le volume de l'art giottesque et renouent avec la «grandeur tranquille» de l'art antique. Il peint, au cours d'une carrière aussi brève que fulgurante, une série de tableaux d'églises et de fresques qui marquent un point tournant dans l'art occidental par l'usage novateur et résolu qu'il fait de la perspective, par le réalisme des mises en scènes et des décors et l'extraordinaire intensité des sentiments qu'il exprime.


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    «Comme pour l'architecture et pour la sculpture, ce fut un Florentin de génie qui ouvrit la voie nouvelle et du premier coup toucha le but. Masaccio (1401-1428) était, au dire de Vasari, l'ami de Brunelleschi et de Donatello; mais, s'il accomplit comme eux la rénovation, ce fut avec moins de violence: d'abord il eut la sagesse de ne point copier les sculptures antiques, qui auraient fatalement enlevé à la peinture sa chaleur et sa liberté; puis il ne copia dans la réalité que ce qu'elle lui offrait de mesuré et d'harmonieux [...]. L'habile artiste qui fut son maître, Masolino da Panicale (1353-1440?), avait fait dans ses fresques de Castiglione d'Olona, en Lombardie, et du Carmine à Florence, la première tentative pour ranimer la peinture par l'imitation de la vie ordinaire; non seulement il copiait des costumes italiens contemporains, comme les giottesques de Padoue venaient de copier des costumes orientaux et Gherarde Starnina, dans ses œuvres perdues, des costumes espagnols; mais encore il introduisait dans ses scènes religieuses des portraits énergiques et des figures nues d'un dessin précis, et, tout en conservant le paysage traditionnel des giottesques, il montrait dans l'architecture la connaissance de la perspective linéaire répandue par Brunelleschi. Toutes ces indications, Masaccio les développa sans effort, de manière à atteindre dans le dessin des têtes et des corps, par la simplification et la généralisation du modèle, une noblesse qui devait être à peine dépassée. Tout en travaillant au progrès technique, il sut conserver de la tradition de Giotto ce qui était durable, les amples draperies, les gestes majestueux, les compositions frappantes, si bien qu'il réunit dans la petite chapelle Brancacci, au Carmine, ce que devait plus tard réunir Raphaël : la pensée du XIVe siècle et la science du XVe

    ÉMILE BERTAUX, article "Italie" de La grande encyclopédie: inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts. Paris, Société anonyme de «La grande encyclopédie», [191-?]. Tome vingt-et-unième, p. 1113

    Biographie

    Biographie de Masaccio par G. Lafenestre (1837-1919)
    «L'éloge mérité par Masolino l'est plus encore par Masaccio. La restitution de gloire qu'il est juste de faire à l'initiateur n'enlève rien à celle du successeur. MASACCIO (Tommaso di Giovanni di ser Guidi), fils d'un notaire de Castel-Giovanni, né en 1402, avait dix-huit ans de moins que Masolino. Son talent fut très précoce. En 1421, il est inscrit dans l'art des Speziali; en 1424, dans la corporation des peintres. En 1425, quand il succéda à son maître dans la chapelle Brancacci, il n'avait donc que vingt-trois ans. S'il y fit sa réputation, il n'y fit pas fortune. Les registres du cadastre de 1427 constatent qu'à cette époque il vit, avec son frère Giovanni, chez sa mère, une pauvre veuve; il ne possède rien en propre, doit 102 livres à un peintre, six florins à un autre; presque tous ses effets sont en gage dans les comptoirs de prêts «au Lion» et «à la Vache» ; il gagne, en tout, six sous par jour et paye fort irrégulièrement son aide, Andrea di Giusti, car celui-ci l'appelle en justice pour le règlement de son salaire. Est-ce cette situation embarrassée qui le chasse de Florence? Est-ce l'espoir d'une commande qui l'appelle à Rome? Toujours est-il qu'on le voit tout à coup, en 1428, abandonner son œuvre inachevée pour se rendre dans la Ville éternelle. Une déclaration laconique d'un créancier non payé constate, quelque temps après, qu'il y est mort. Tous ces détails navrants confirment le dire de son biographe : «Il fut très distrait, très en l'air, comme quelqu'un qui, ayant toute son âme et sa volonté aux choses de l'art, n'a cure de lui-même et encore moins d'autrui. Et pour ce qu'il ne voulut penser jamais en aucune manière aux soins et choses de ce monde, pas même à se vêtir, n'ayant coutume de toucher ses deniers de ses débiteurs qu'en un besoin extrême, au lieu de Tommaso, qui était son nom, on l'appela partout Masaccio, non qu'il fût vicieux (il était la bonté en nature), mais à cause de cette grande insouciance. Il était d'ailleurs si aimable en rendant service à autrui, qu'on ne pouvait désirer plus. »

    Ce fut ce pauvre jeune homme, peu prisé de ses compatriotes, sauf. de quelques artistes, qui, par un coup d'audace, résumant, sur quelques mètres de muraille, tous les progrès accomplis par les efforts individuels depuis un siècle, marqua de nouveau au génie italien sa destinée, en le remettant, avec toute la force d'une technique perfectionnée, dans la voie large et droite ouverte par Giotto. Très lié avec Brunelleschi, qui lui enseigna la perspective, il dut l'être avec tous ces réalistes enthousiastes et tous ces savants laborieux qui formaient son entourage. Lui-même est un naturaliste convaincu, avide de vérité, abordant de front toutes les difficultés à la fois techniques, les résolvant toutes avec une aisance qu'on ne connaissait pas encore. La science, dans l'art, ne l'effraye point, mais il ne sacrifie pas l'art à la science. La sincérité de Donatello ne ferme pas ses yeux à la noblesse de Ghiberti; s'il estime Castagno et Uccello, il n'apprécie pas moins Gentile da Fabriano et Fra Angelico. Sa supériorité fut d'opérer, sans effort apparent, par l'essor naturel d'un esprit grand ouvert, la fusion de toutes les qualités éparses chez ses compatriotes ; sa gloire fut de réaliser, avec la force d'un tempérament plus viril et l'élan d'une imagination plus haute, ce qu'avait naïvement tenté Masolino, l'accord de l'idéal et du réel, de la poésie et de l'exactitude, de la grandeur et de la vérité. A mi-chemin entre Giotto et Raphaël, portant comme eux dans ses mains une grande lumière, Masaccio est le véritable héritier de l'un et l'ancêtre évident de l'autre. Son œuvre modeste n'a pas eu moins d'action que leur œuvre immense.

    La comparaison des fresques qui lui appartiennent dans la chapelle Brancacci avec celles de Masolino, son prédécesseur, et celles de Filippino Lippi, son successeur, démontre clairement sa supériorité. Que l'on compare, pour la poésie de la conception, pour la correction et pour la plénitude des formes, pour l'intensité de l'expression, l'Adam et Ève du maître dans le Péché originel et l'Adam et Ève de l'élève dans l'Expulsion du Paradis terrestre, on sentira, du premier coup d'oeil, la grandeur du progrès accompli. La composition de Masaccio, si forte et si dramatique, s'imposait si bien à l'imagination comme une composition définitive que Raphaël lui-même, en la répétant, n'y devait presque rien changer. C'est avec de belles figures nues comme celles des néophytes en train de se déshabiller dans le Baptême de saint Pierre, que le sentiment de la beauté corporelle rentre décidément dans la peinture. La scène, plus importante encore, du Tribut de saint Pierre, où les douze apôtres, gravement drapés, se groupent si naturellement autour du Christ, dans un beau paysage, résout du premier coup, avec une étonnante et durable autorité, les difficultés de la composition expressive. Trois scènes successives de la même action, suivant l'usage du temps, s'y juxtaposent dans le même milieu avec une clarté singulière, et le groupe central est disposé avec une grandeur ferme et simple que personne ne devait dépasser. En même temps, les problèmes de la perspective, du clair-obscur, du modelé, y sont tous abordés à la fois et déjà résolus, sans ostentation comme sans effort. La supériorité de Masaccio, comme sera plus tard celle de Raphaël, c'est surtout d'être grand sans le savoir et d'être savant sans le dire. Où avait-on vu auparavant des figures aussi vivantes se détacher, avec un relief si juste, dans une atmosphère si respirable? Où aurait-on trouvé une série de portraits contemporains, aussi frappants et expressifs que ces rangées de citoyens florentins groupés, dans leurs longues robes, de chaque côté de la Résurrection de l'enfant, devant un mur de marbre surmonté de pots de fleurs, sous un ciel bleu de printemps? Le Saint Pierre et le Saint Jean guérissant les malades, le Saint Pierre distribuant les aumônes témoignent, d'autre part, d'un esprit d'observation libre et hardi, qui ne craint pas d'introduire dans l'art, quand il le faut, la représentation franche et émue des infirmités physiques et des misères morales. On ne peut donc être surpris que tous les Quattrocentisti, si ingénieux et si savants, bien plus habiles pour la plupart, soient venus demander, dans cette petite chapelle, des leçons de simplicité, de noblesse et d'harmonie à ces humbles fresques interrompues par la misère et par la mort, sans pouvoir ressaisir toute l'âme disp,-,vue du pauvre Masaccio. Il faudra vraiment attendre près d'un siècle pour qu'il se présente des génies de taille à lui succéder, un Léonard de Vinci ou un Raphaël!

    GEORGES LAFENESTRE, La peinture italienne, Paris, Éd. Quantin [18??]


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    «Entre Masolino da Panicale et Masaccio, presque contemporain et collaborant à un même ensemble, on croirait qu'il y a l'écart de deux générations, Masolino est un maître, ses fresques à peu près effacées de Castiglione d'Olonna ont encore, dans quelques traits épargnés, la poésie de leur insidieuse pureté, ses figures d'Adam et d'Eve, à la chapelle Brancacci, respirent le charme des beaux nus d'Italie à l'époque qui précède la maturité historique, – mais Masaccio a le poids des draperies, la lenteur des rythmes, le calme de l'espace entre les figures et cette richesse de substance qui, sans bossuer le mur, donne à la peinture la pleine et paisible autorité de la statuaire.»

    H. FOCILLON, Art d'occident, tome 2, Le moyen âge gothique, Paris, 1965, Librairie Armand Collin, p.373.


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    Vasari sur Masaccio
    «Masaccio est originaire de Castello San Giovanni di Valdarno et l'on dit que l'on peut encore y voir des figures peintes lorsqu'il était dans sa prime jeunesse. Il était distrait et absent d'esprit, tel une personne dont l'esprit et la volonté sont entièrement et uniquement tournées vers l'art, peu préoccupé par sa propre personne, encore moins par celle d'autrui. Il ne prêtait aucune attention aux préoccupations et aux biens de ce monde, même à la manière de se vêtir et il ne souciait jamais de recouvrer quelques créances à moins d'être dans le plus grand besoin. Ainsi, au lieu de se faire appeler par son vrai nom, Tommaso, tout le monde l'appelait Masaccio. Non pas parce qu'il fut méchant ou vicieux, puisqu'il était la bonté même; bien qu'extrêmement négligent, il aimait néanmoins rendre service ou faire plaisir à autrui.

    Masaccio commença à peindre à l'époque où Masolino da Panicale travaillait dans la chapelle Brancacci de l'église des Carmine à Florence. Bien qu'il pratiquât un art différent, il tentait le plus possible de suivre les traces de Filippo (Brunelleschi) ou de Donato (Donatello), et d'exprimer dans son art la vie et le mouvement les plus naturels possibles. Son dessin et sa peinture étaient d'une telle modernité et d'une telle originalité qu'on peut les comparer favorablement au dessin et aux coloris des ouvrages de notre époque. Il s'appliqua avec avec le plus grand soin à l'étude de la perspective, discipline dans laquelle il atteint un haut niveau d'excellence comme en fait foi une scène qu'il peignit et qu'on peut voir aujourd'hui dans la maison de Ridolfo del Ghirlandaio. Dans cette peinture, où il a representé le Christ délivrant un homme possédé par le démon, on voit des édifices dessinés selon les règles de la perspective; il nous fait voir simultanément l'extérieur et l'intérieur du bâtiment, ayant choisi de placer son regard à l'endroit le plus difficile à reproduire. Masaccio fit également un peu plus grand usage du nu et des figures montrées en raccourci, ce qu'on avait peu eu l'occasion de voir avant lui. Il travaillait avec facilité, et ainsi que je le disais précédemment, ses drapés étaient d'une grande simplicité.»

    Traduction: BERNARD LEBLEU, L'Encyclopédie de L'Agora, (voir le texte)

    Oeuvres

    Fresques La Trinité, 1425-1428, (Santa Maria Novella, Florence) sur Web Gallery of Art
    Chapelle Brancacci, vers 1426 (Santa Maria del Carmine, Florence) - Vie de saint Pierre
    - Le paiement du tribut
    - Adam et Ève expulsés du paradis terrestre
    Tableaux et retables Triptyque de saint Juvénal, 1422 (Cascia di Reggello, Florence)
    Portrait d'un jeune homme, 1423-1425 (Musée Isabella Gardner, Boston)
    Saint Jérôme et sain Jean-Baptiste, vers 1428, fragment d'un triptyque provenant de Santa Maria Maggiore à Rome (National Gallery, Londres)
    La Vierge à l'enfant, 1426, fragment d'un retable provenant de l'église Santa Maria del Carmine à Pise (National Gallery, Londres)
    Saint André, 1426, fragment d'un retable provenant d'une église à Pise, (Getty Museum, Los Angeles)
    Crucifixion, 1426 (Musée di Capodimonte, Naples)
    Saint Paul, 1426 (Musée National, Pise)
    Tondo de la Nativité, 1427-1428 (Staatliche Museum, Berlin), sur Web Gallery of Art

    Masaccio et Masolino da Panicale
    La Vierge à l'enfant avec sainte Anne, vers 1424 (Offices, Florence) (voir également ce tableau sur ArtOnline.it

    Oeuvre attribuée à Massacio
    La Madone de l'humilité, n.d., (National Gallery, Washington)

    Documentation

    Propos et citations sur Masaccio

    Delacroix: l'influence de Masaccio sur Raphaël
    «Deux hommes ont eu sur le talent de Raphaël une influence extraordinaire: Masaccio et Michel-Ange. Ils ont fait de lui, si on peut le dire, deux hommes différents dans les deux époques qui partagent sa vie. Parlons d'abord de Masaccio.

    La postérité, qu'on dit si juste apparemment pour consoler ceux qui n'ont pas la faveur de leur siècle, a mal traité bien des hommes dignes d'un meilleur sort, ou plutôt, l'ingrate qu'elle est, elle a souvent immolé une gloire ancienne à une nouvelle. Elle a caché la figure de Masaccio derrière les rayons dont elle a entouré Raphaël; et peut-être qu'un demi-siècle plus tard, un si beau génie eût eu une destinée toute contraire. Né misérable, presque inconnu pendant la meilleure partie de sa courte vie, il a opéré à lui seul dans la peinture la révolution la plus importante qu'elle ait subie. C'est de lui que date la splendeur de l'école italienne. Jusque-là, elle n'avait point rencontré ce charme qui lui est particulier, des expressions vraies jointes à une grande beauté et à une grande pureté. Les mérites et les défauts des peintres italiens qui l'ont précédé se confondent avec ceux des écoles allemandes, quoique dans le Giotto, Cimabue et quelques autres un peu postérieurs, tels que Gozzoli, Orcagna, etc., la tendance vers la beauté fût déjà sensible.

    Masaccio agrandit le caractère du dessin: il débarrassa ses figures de ces plis mesquins et serrés autour du corps comme des langes, qui semblaient les emprisonner plutôt que les couvrir. Il connaît les raccourcis, et ses figures ont vraiment de la vie et du mouvement. Dès lors, le retour vers la sécheresse des premiers âges fut impossible. Qui peut dire ce qu'il eût rencontré de perfections nouvelles dans un âge plus mûr; et qui affirmerait qu'il n'eût pas, effacé Raphaël lui-même? La douceur de ses mœurs et une vie presque ignorée ne purent trouver grâce aux yeux de l'envie... Le poison trancha ses jours, et il expira au milieu de ses chefs-d'œuvre, à un âge où d'autres s'essayent encore.»

    EUGÈNE DELACROIX, "Raphaël", Revue de Paris, 1830, t. XI, p. 128.


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    Biographies
    Vie de Masaccio par Vasari (extraits), en français
    Vie de Masaccio par Vasari (édition Giuntana), en italien

    Textes en ligne
    Massacio et le mimésis, Laurent Turcot

    De la carnation humaine du divin dans la peinture occidentale,
    Marc di Napoli (Atelier Bleu de Naples)

    Extrait: «Les peintres ont intégré dans leurs oeuvres cette notion fondamentale de la carnation pour mieux en visualiser la réalité. Masaccio le novateur, sera le premier à représenter dans ses peintures la carnation humaine du divin.»

    Une ressemblance étonnante: le suaire de Turin et le visage du père de Masaccio, Ferenc Svindt (1000questions.net)
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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