Sans cohérence, point de convictions, sans convictions, point d'esprit critique devant l'oppression et point d'engagement durable pour lutter contre elle. Le devoir de cohérence... et de jugement est d'autant plus impérieux que le savoir est plus éclaté.
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Daumier Honoré

Artiste français. Connu surtout comme caricaturiste et dessinateur, il fut également peintre et sculpteur.

« (…) Daumier, lui, fut un citadin, fils d’artisan et non plus rural; sa gouaille populaire de Marseillais devenu Parisien, magnifiée par sa "tête épique", le tourna vers la polémique et la politique; il incarna la verve énorme et coléreuse du peuple des villes et non plus, comme Millet, la passive grandeur de celui des champs. » (René Huyghe, « L’art et la société au XIXe siècle », Revue des deux mondes, octobre 1976, p. 31)

« …Daumier s’est attaqué à des travers et à des vices que le temps n’a pas usés, à des hommes qui sont d’aujourd’hui, comme ils étaient d’hier, comme ils seront de demain; les gens d’affaires ne sont pas morts dont il illustra la race par la création de Robert Macaire; les gens de justice ne sont pas subitement devenus humains; – Daumier, qui avait eu maille à partir avec eux, ne s’est pas lassé de les représenter; nulle série n’est plus riche. Ils sont là, glabres, secs, emphatiques, boursouflés, solennels et diserts, tout bouffis de leur importance (voyez, en particulier, le Défenseur de la Veuve et de l’Orphelin, où, près de la veuve écroulée, un « cher maître » montre une face camuse d’une superbe si satisfaite) : ils s’agitent, s’emportent, font voltiger les larges manches de leur robe, essuient, à défaut de larmes, la sueur que leurs efforts physiques leur font poindre sur le front, attaquent avec violence, critiquent âprement, au besoin calomnient, puis s’apaisent aussitôt la plaidoirie finie, sourient au confrère qu’ils viennent de malmener, et, dans les dessins vengeurs du caricaturiste, attestent leurs liens irrécusables de parenté avec la famille notoire des Mastuvus; – le ventre législatif n’a pas cessé d’être rotond, et, l’histoire se recommence (…) – Ainsi la satire de Daumier reste d’application contemporaine et je la préfère à celle de monsieur Forain.

L’artiste en Daumier est d’une prodigieuse habileté. Le dessin de Daumier, c’est la fougue unie à la précision. « La sûreté dans le mouvement », telle est sa qualité maîtresse, celle qui stupéfiait un juge, et quel juge ! tel que Delacroix. Dès le premier jour, les jours inoubliables où Daumier combattait le gouvernement de Louis-Philippe, ah ! l’admirable série de « gueules » législatives et autres que publie la Caricature et quelle illustration définitive aux marges de l’histoire ! – les amateurs ne s’y trompèrent pas. Ils furent plus lents à venir à l’œuvre peinte du grand dessinateur. Mais nous, qui sommes pour lui la postérité, nous avons le plaisir de reviser sur ce point le jugement des contemporains. »

CLAUDE ANET, « Gazette d’art : L’exposition Daumier », Revue blanche, tome 25, mai-août 1901, p. 215-216

Documentation

Boffety, Cédric. "Daumier, un regard sur la société", X-Passion. Revue des élèves de l'École polytechnique (Paris), no 28, premier trimestre 2001(format PDF)

Widemann, Dominique. "Daumier, peintre de la comédie humaine", L'Humanité, 30 octobre 1999

Citations et jugements sur Daumier

« DAUMIER ET GAVARNI. – Je ne puis m’empêcher de trouver injustes ceux qui, poussés peut-être par des sympathies politiques (qui devraient toujours demeurer étrangères aux jugements esthétiques), proclament Daumier énormément supérieur à Gavarni, et ceux qui le déclarent tout à fait inférieur. Artistes créateurs dans la plus noble signification du mot, observateurs d’une exceptionnelle perspicacité, en possession l’un et l’autre d’un merveilleux métier dans le dessin lithographique, Daumier et Gavarni sont deux tempéraments complètement différents et possédant des qualités tout à fait diverses. L’un, plus simple, plus vigoureux, plus classique, est essentiellement un dessinateur, et en conséquence il choisit figures et scènes d’une telle spontanéité de plastique et d’une telle unité d’expression que ses planches peuvent très bien se passer du commentaire d’une légende (légende qui, du reste, bien souvent n’est pas écrite par lui). L’autre, plus recherché, plus subtil, plus moderne, reçoit, ainsi que Forain, de tout spectacle qu’il regarde, une double impression, comme peintre et comme littérateur. Il les recueille l’une et l’autre et les accouple sans que jamais elles soient en contradiction, dans ses compositions, qui, de la sorte, réussissent à exprimer des subtilités de sentiment et de raffinements de sensation, que le dessin seul ne saurait ni ne pourrait exprimer. »

VITTORIO PICA, Attraverso gli Albi e le Cartelle (Sensazioni d’arte), All’ istituto italiano d’arti Grafiche Bergamo, (1907). Traduction publiée par Jean de Gourmont dans le Mercure de France du 1er janvier 1908, p. 181-182.
Date de création:2004-03-08 | Date de modification:2006-11-02
Informations
Données biographiques
Nationalité
France
Naissance
1808, Marseille, Fr.
Déces
1879
Données d'édition
Date de création:
2004-03-08
Dernière modification:
2006-11-02
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