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    Dossier: Suède

    Quand la Suède fait moins rêver

    André Joyal
    « Assistons-nous à la fin du modèle suédois? On le verra, les avis sont partagés, même si tout le monde s'accorde à reconnaître une mutation profonde dudit modèle. Par-delà cette question théorique, une autre question bien concrète et plus fondamentale se pose: quelle est l'autonomie des États-Nations dans le nouveau contexte économique mondial? Dans quelle mesure un pays comme la Suède peut-il conserver des politiques sociales faisant partie de son identité à l'intérieur d'un ensemble comme la CEE? La même question se pose à propos du Canada qui s'insère progressivement dans de grands ensembles comme la zone de libre-échange de l'Amérique du Nord et celle, en formation, des pays du Pacifique.
    Et quelle serait l'autonomie politique d'un Québec souverain à l'intérieur d'un espace économique canadien lui-même limité dans ses choix par son appartenance à d'autres grands ensembles? C'est la principale question qu'a soulevé le discours de Toronto du Premier ministre Parizeau.

    «Exigeante envers les plus favorisés et généreuse envers les plus démunis, c'est peut-être ainsi que l'on peut définir au mieux la social-démocratie.»
    Olaf Palme, ancien premier ministre de Suède

    C'était il y a plus de trente ans, à l'Université Laval, lors d'un des derniers congrès des Affaires canadiennes, Pierre Bourgault reprenait Léon Dion en lui faisant remarquer que le Canada n'occupait plus le second rang au chapitre du P.I.B. per capita. La Suède, en 1962, venait de s'immiscer tout juste derrière les États-Unis. Ce n'est cependant pas en raison de cette position favorable que le pays des descendants d'Eric Le Rouge va retenir l'attention dans les années suivantes. En fait, ce pays, d'une population à l'époque inférieure à celle du Québec d'aujourd'hui, méritait un intérêt tout particulier pour trois raisons interreliées: les relations de travail, sa répartition des revenus, et sa politique sociale. Autant d'éléments qui ont donné à la Suède un statut de "modèle".


    Le concept de modèle

    En économie comparée, un modèle ne représente rien d'autre qu'un type particulier de système socio-éconornique sur la base de caractéristiques bien identifiées. Rien à voir nécessairement avec des exemples à imiter comme on le fait avec les étoiles du monde du sport ou comme le veut l'église catholique avec ses têtes auréolées. Ainsi, ces trente dernières années, les observateurs de la scène mondiale se sont vu offrir en pâture, le modèle français (au temps ou le Plan était autre chose qu'une simple liste d'épicerie ou de voeux pieux), le modèle yougoslave en vertu de l'autogestion pratiquée au temps de Tito, le modèle hongrois suite à l'adoption du socialisme de marché en 1968 et, bien sûr, les incontournables modèles stalinien et madiste. Au Québec, comme ailleurs en Occident, étant donné les affinités d'ordre culturel, politique, social et économique, c'est vers la Suède que vont se tourner les regards des observateurs et des décideurs politiques.


    Le "socialisme" suédois

    Et pourtant. Est-ce dû a fait que l'herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin, qu'à travers les année, chacune de mes rencontres avec des Suédois m'a valu une longue litanies de complaintes. Évidemment, mes interlocuteurs se plaignaient de l'importance de leurs impôts - les plus élevés du monde - et de l'omniprésence d'un État très paternaliste. (d'où l'étiquette socialiste" parfois utilisée). Mais que d'avantages en retour! Du fait que les dépenses publiques représentent 63% du P.I.B. en 1991 (par rapport à 50 % pour le Canada, 38% pour les États-Unis et 31% pour le Japon). Dès la fin des années 60, la Suède faisait la leçon aux pays les plus développés du monde en matière de répartition des revenus (après impôts), de santé, de démocratisation de l'enseignement, de soins aux personnes âgées, de logements sociaux, de garderies, de conditions de travail, d'égalité entre les sexes "C' e st toutefois dans le domaine des relations de travail que le modèle se particularisait de façon marquée.


    La paix industrielle

    Qu'on en juge. Seulement trois grands conflits de travail de l'après-guerre à 1970: dans la métallurgie en 1945, dans l'alimentation en 1953 et dans l'enseignement en 1966. Un par décennie. Bien peu à l'aune de ce dont nous sommes familiers ailleurs de part et d'autre de l'Atlantique. Une performance favorisée par la "paix industrielle" signée à Saltjöbaden en 1938, six ans après l'arrivée au pouvoir du parti Social-démocrate qui régnera en maître, sans interruption, jusqu'en 1976. Durant la majeure partie de cette période, cette entente entre les représentants du monde du travail (Landsorganisationeni Severige, centrale généralement désignée par les initiales L.O.) et ceux du monde patronal (Svenska Arbeïsgivareförenigen, pour des raisons évidentes mieux connu sous le sigle S.A.F.) favorisera considérablement les relations de travail. Il faut dire qu'avec près de 90% de la main-d'oeuvre syndiquée à l'intérieur de ses rangs, la L.O. était en mesure d'offrir un sérieux contrepoids à la non moins puissante S.A.F. De durs conflits de travail au début des années trente ont fait comprendre aux uns et aux autres l'inutilité de s'entre-déchirer. Ainsi donc, une bonne dose de réalisme de part et d'autre a fait de ces anciens ennemis jurés rien de moins que de véritables partenaires sociaux. Une expression qui va faire florès et que reprendra avec enthousiasme René Lévesque, à son arrivée au pouvoir, ô! ironie du sort, au moment où les Suédois donneront congé au parti Social-démocrate.

    Oui, on se rappellera comment, peu de temps après le grand soir du 15 novembre 1976, on y faisait allusion, à ce modèle suédois. On y voyait une société où les grands problèmes trouvaient une solution à la faveur d'un consensus obtenu par la mise en présence des représentants des différents corps intermédiaires autour d'une grande table. On verra donc, en ce début d'avril 1977, à Pointe-au-Pie, à l'occasion de l'arrivée des premiers chauds rayons de soleil, les chefs syndicaux (oui, c'était au temps où Yvon Charbonneault ne pensait pas à se lancer en affaires ) s'entendre comme larrons en foire avec leurs vis-à-vis du monde patronal en présence des représentants gouvernementaux. Un geste suivi d'une avalanche de sommets ou conférences socio-économiques. Concertation, quand tu nous tenais! Mais il en aurait fallu bien plus pour que le Québec se rapproche de la "société juste" (Trudeau dixit) dont Mats Nastlund et autres Bjom Borg ont bénéficié durant leur enfance.

    Pendant les difficiles années qui ont succédé aux trente glorieuses de l'après-guerre, au chapitre de l'emploi, la Suède offrira la meilleure performance des pays occidentaux. La coalition libérale au pouvoir n'osera remettre en cause les acquis issus des quarante années de pratiques d'inspiration social-démocrate. Mais, apparemment, depuis le début des années 90, le ressort semble rompu. Il se pourrait bien, autre ironie du sort, que ce soient les socio-démocrates de retour au pouvoir depuis le début de septembre dernier qui soient appelés à remettre en cause le modèle suédois.


    La fin d'un modèle?

    Si l'importance accordée à la lutte contre le sous-emploi aux dépens de la lutte contre l'inflation caractérise bien tout système social-démocrate, eh bien! celui-ci a du plomb dans l'aile au pays de Bergman. Le système d'alarme fut déclenché en 1990 et 1991 quand l'indice des prix à la consommation a atteint la barre fatidique des deux chiffres. Là comme ailleurs, dans le contexte de la mondialisation de l'économie, un certain réalisme s'impose. Comment ne pas être incité à réviser la politique fiscale en présence de capitaux nationaux qui fuient le pays en quête d'une terre d'asile plus favorable? La poursuite de l'aggravation du déficit budgétaire forcera l'évidence. Les subventions aux entreprises pour éviter les licenciements ne pouvaient se poursuivre indéfiniment. De même, on s'est vu forcé de reconsidérer certains avantages acquis, lesquels avaient pris la forme de privilèges abusifs étant donné les inévitables effets pervers auxquels donnent lieu les programmes sociaux les mieux intentionnés.

    Plutôt que de voir dans ces changements la victoire des forces néo-libérales sur celles "du progrès", je préfère partager l'opinion d'un de nos rares spécialistes de la Suède, Henry Milner, quand il écrit que le monde n'est plus ce qu'il était et qu'il importe que nous changions avec lui. Ce professeur d'économie du collège Vanier, avec raison, soutient que pour améliorer le sort des plus faibles, l'augmentation des déficits tout comme l'abolition du libre échange ne font pas partie des solutions possibles2. À la veille de son entrée dans l'Union économique européenne, (Cf. l'article de David Rolland) la Suède doit composer avec de nouvelles contraintes monétaires et fiscales. Avec un déficit budgétaire atteignant 14% de son P.I.B (6,4% au Canada l'an dernier), il apparaît évident que le système de sécurité sociale n'est plus en mesure de prendre en charge les Suédois du berceau à la tombe.

    Entre-temps, déjà au milieu des années 80, le fameux Conseil du marché du travail qui pendant des décennies s'était vu confier le mandat de faciliter les négociations entre la L.O. et la S.A.F. commençait à perdre de son influence. Le principe du countervailing power si cher à Kenneth Galbraith montrait des signes d'essoufflement. On assista alors au début de la fin des négociations centralisées qui, entre autres choses, définissaient les conditions salariales dans l'ensemble des secteurs d'activité. Les pionniers de Saltsjöbaden sont disparus depuis longtemps. Il ne faut donc pas s'étonner de la présence d'un nouveau rapport de forces. Cependant, que les opposants à la social-démocratie ne pavoisent pas trop rapidement. Comme le signale dans ces pages notre collaborateur Jean-Pierre Bonhomme, les acquis sont trop nombreux pour que les Suédois jettent le bébé avec l'eau du bain.

    Mais comme apparemment la société suédoise est moins bloquée que la nôtre, les nécessaires aménagements ne devraient pas tarder à prendre place. Et, encore une fois, les Québécois auront intérêt à tirer les leçons qui s'imposent chez eux. Hélas, il y a tout lieu de parier qu'à la première tentative, à nouveau on assistera à la sempiternelle levée de boucliers de la part de nos soi-disant "milieux progressistes" et le ministre qui aura osé faire une tentative d'ajustements se croira obligé de reculer et aucun problème ne sera réglé. Quand, au Québec, les dogmes de toute sorte feront place au réalisme et à la lucidité, les Québécois et les Suédois auront davantage en commun que leur passion pour le hockey. »


    NOTES

    1) Alors que Le Monde diplomatique publiait en août 1992 un article intitulé : "La Suède à la recherche d'un autre modèle", voilà qu'Alternative économique, dans son numéro de juillet/août 1994, publiait à son tour un article au titre évocateur: "Emploi : la fin du modèle suédois". Enfin, notons que les Éditions Syros viennent de publier un ouvrage également intitulé La fin du modèle suédois.
    2) La "concertation" à la suédoise. Relations, avril 1993.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    André Joyal
    Extrait
    « Assistons-nous à la fin du modèle suédois? On le verra, les avis sont partagés, même si tout le monde s'accorde à reconnaître une mutation profonde dudit modèle. Par-delà cette question théorique, une autre question bien concrète et plus fondamentale se pose: quelle est l'autonomie des États-Nations dans le nouveau contexte économique mondial? Dans quelle mesure un pays comme la Suède peut-il conserver des politiques sociales faisant partie de son identité à l'intérieur d'un ensemble comme la CEE? La même question se pose à propos du Canada qui s'insère progressivement dans de grands ensembles comme la zone de libre-échange de l'Amérique du Nord et celle, en formation, des pays du Pacifique. Et quelle serait l'autonomie politique d'un Québec souverain à l'intérieur d'un espace économique canadien lui-même limité dans ses choix par son appartenance à d'autres grands ensembles? C'est la principale question qu'a soulevé le discours de Toronto du Premier ministre Parizeau. »

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