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Enjeux

Vers une renaissance du latin?

Le vent tournerait-il en faveur du latin? On sait l’importance historique prise en Occident par la langue latine. Son influence, loin de se limiter à la période de l’empire romain, a perduré jusqu’aux temps modernes et, parmi les lettrés et dans l’Église (les documents officiels Vatican sont encore aujourd’hui rédigés en latin), jusqu’à nos jours.

Plusieurs, aux quatre coins du monde, refusent de baisser les bras face au déclin de son influence. Internet leur permet d’échanger, et l’on découvrira avec intérêt bien des sites de qualité (par exemple, aux É.-U., Latinteach.com). Ce que mettent de l’avant ces défenseurs du latin, ce sont, en plus du riche héritage dont il est porteur, certaines des qualités propres à la langue, soit son universalité et sa pureté. Le latin est remarquable, on le sait, pour sa clarté et sa concision, comme le rappelle si bien le poète français Yves Bonnefoy : «Avec les ablatifs absolus, les propositions infinitives, les participes futurs, on pouvait contracter dans un mot, ou une structure dense, second degré de l’esprit, ce que le français n’eût exprimé qu’en le dénouant. Loin de les affaiblir, ce resserrement me semblait aller plus intimement aux relations signifiantes; et découvrir ainsi, bien que de façon voilée, quelque chose d’une intériorité inimaginée (d’une substance) du fait verbal.» (L’arrière-pays, Genève/Paris, Skira/Flammarion, «Les sentiers de la création», 1972 (1982 pour l’édition de poche), p. 96). Il a aussi le mérite pour certains, selon ce que rapporte The Economist, de conférer une aura d’abstraction intemporelle à tout ce qu’il touche. On a l’impression, grâce au latin, de palper l’essence des choses… Son apprentissage, surtout lors de l’enfance et de la jeunesse, rend possible une meilleure connaissance de sa langue maternelle et facilite une certaine ouverture à l’autre.

Si la plupart des initiatives recensées, pédagogique ou autres, visent à faire mieux connaître la littérature et la civilisation latines de l’antiquité et du moyen âge, d’autres essaient d’adapter la langue latine au monde d’aujourd’hui. Ainsi, on sera étonné d’apprendre que la Compagnie finnoise de radiodiffusion présente à chaque semaine, depuis 14 ans, un bulletin de nouvelles de cinq minutes en latin («Nuntii Latini »), qui est suivi par bon nombre d’auditeurs à travers le monde. Par ailleurs, le Vatican a fait paraître un Lexicon Recentis Latinitatis, dans lequel on trouve l’équivalent latin de concepts on ne peut plus actuels (par exemple, des universalis destructionis armamenta, armes de destruction massive). Certains font preuve d’une originalité particulière. Ainsi David Theodore Stark a créé ce qu’il appelle le «Latino Moderne», une forme actualisée de latin proche de l’italien et de l’espéranto, dont la structure des phrases ressemble souvent à l’anglais ou au français. Par exemple, il traduit : l’homme marche dans la maison par «le homine ambulava inar le domo».

Quoi qu’on pense de ces tentatives, on ne peut nier qu’elles révèlent un intérêt nouveau pour le latin en ce début de millénaire. N’est-il pas significatif, de ce point de vue, que l’acteur-réalisateur Mel Gibson ait choisi de réaliser son film controversé sur la Passion du Christ en latin et en araméen ? Le latin, une langue morte ? Pas si sûr… (d’après «Roman rebound», The Economist, 18 décembre 2003)

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