Albéniz Isaac Manuel Francisco

29 mai 1860-18 mai 1909
Isaac Manuel Francisco Albéniz est né le 29 mai 1860 à Camprodón, dans la province catalane de Gerona au Nord-Est de l'Espagne. Bien qu'aucun des parents n'est musicien, le jeune Isaac commence des études de piano très tôt de telle sorte que vers l'âge de quatre ans, il se produit en concert à Barcelone et impressionne la galerie au point que le père voudra en faire un petit Mozart.

Les années qui suivent défient l'imagination par leur côté picaresque et aventurier. Peu après les premiers succès, on décide d'amener le bambin à Paris et de le faire admettre au Conservatoire, entreprise qui se solde par un échec et un retour au pays natal. En 1868, c'est le conservatoire de Madrid qui le reçoit, mais pour quelques mois seulement car l'élève rétif s'en échappe. On le retrouve parcourant toute l'Espagne, charmant des publics divers avec son brio et ses clowneries au clavier.

Quelques années plus tard, c'est en Amérique que se poursuivront les frasques du jeune Albéniz. En deux ans, il parcourra la côte Atlantique de Buenos Aires à New York. Le retour est marqué par de brèves études aux conservatoires de Leipzig en Allemagne et de Bruxelles ainsi que de nombreuses tournées de concerts. Il a quinze ans à peine.

L'humeur fantasque du musicien semble se calmer par la suite. Il passe quelques mois marquants avec Franz Liszt, à Weimar, en 1878. Une autre rencontre qu'il convient de mentionner est celle avec l'éminent musicologue espagnol de l'époque Felipe Pedrell, à qui la musique espagnole doit en grande partie son éclatante renaissance. Albéniz épouse Rosina Jordana en 1883 et le couple s'installe à Barcelone. Dès lors, le musicien se consacre à la composition, à l'enseignement, à ses activités de concertiste et à sa famille.

Attirés par la vie musicale parisienne de la fin du siècle, les Albéniz s'installent dans la capitale française en 1893. Isaac y côtoie la plupart des musiciens et tombe notamment sous l'influence de Vincent d'Indy, un des fondateurs de la Schola Cantorum, où il enseignera en tant que professeur invité. Pour la première fois de sa vie, Albéniz est encadré dans un milieu professionnel et académique, circonstances qui lui seront du plus grand bénéfice puisque, du compositeur génial mais facile qu'il avait été jusqu'alors, il deviendra le porte-parole de la nouvelle musique espagnole et livrera, parmi ses meilleures pages, Iberia, recueil de douze pièces pianistiques d'une difficulté incroyable, regroupées en quatre cahiers.

Isaac Albéniz meurt le 18 mai 1909 de la maladie de Bright, une affection rénale, à Cambo-lès-Bains, après avoir été honoré de la Grande Croix de la Légion d'Honneur.

Contexte culturel et musical

L'Espagne dans laquelle a évolué Isaac Albéniz, c'est-à-dire celle de la seconde moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle, est une Espagne à la traîne de l'Europe, refermée sur elle-même. La sitution n'est d'ailleurs pas nouvelle et date de la fin du Siècle d'Or, ou, aux dires communément admis des historiens, avec la défaite de l'Armada de Philippe II par les troupes anglaises en 1588. Le prestige que pouvaient représenter les colonies d'Amérique latine s'effondre dans les années 1820. À cela s'ajoutent les ravages de l'armée napoléonienne qui coupent le pays du reste du continent.

L'Espagne d'Albéniz est par ailleurs une Espagne criarde, vive et colorée, mêlant le tragique et le bouffon avec bonheur. Comme le dit Manuel Orozco : “ L'Espagne de Pérez Galdós [écrivain] de la fin du siècle mêle dans le même sac la grandeur et les haillons, le laurier et la misère, le sublime et le ridicule, le truand, le vilain et la prostituée à côté de l'artistocrate, de l'abbé et du général, la duchesse et le gitan. Elle place les généraux à la retraite sur un piédestal et laisse les simples soldats avec les nourrices et les paniers de la zarzuela des parcs. Les pigeons irrévérencieux défèquent sur Martínez Campos [maréchal et homme politique], et on met un baillon sur le discours de Castelar, les klaxons sont pour les commis et la foule municipale et dense.”

La vie musicale de l'époque se caractérise par un goût très prononcé de l'opéra italianisant (tradition qui a dominé la vie culturelle espagnole depuis longtemps) et de la zarzuela, genre typiquement madrilène qui ressemble à peu de choses près à l'opéra-comique. La traitement, facile et digeste, donne à ce théâtre chanté toute sa légèreté et son piquant.

La création proprement espagnole se trouve à l'état embryonnaire et il faudra attendre l'apparition du grand musicologue et pédagogue Felipe Pedrell (1841-1922), catalan de naissance tout comme Albéniz et Granados, pour que le pays exploite à bon escient tout le riche matériau folklorique qui est le sien. C'est dans ses mains que passeront la plupart des compositeurs de la nouvelle génération tels que Granados et Falla, et l'on peut avancer sans risquer de son tromper que, n'eût été sa contribution à l'éveil national, la musique espagnole authentique serait restée à l'état de curiosité touristique et de carte postale. Les travaux ultérieurs de Manuel de Falla sur les origines de la musique folklorique seront également utiles.

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