Inspiration

L'inspiration, au sens propre, est une chose voulue, une action: l'action par laquelle l'air est inspiré et entre dans les poumons. Au sens figuré, qui nous intéresse ici, elle est une chose reçue. Elle désigne un enthousiasme qu'il faut savoir attendre: «Vous ferez votre tragédie quand votre enthousiasme vous commandera; car vous savez qu'il faut recevoir l'inspiration et ne la jamais chercher». (Voltaire, Lett. Chabanon, 1766.)

Pour Littré, au XIXe sìècle, l'inspiration est d'origine divine. «Elle désigne des mouvements de l'âme, des pensées, des actions qui sont dues à une insufflation divine, comparée à l'insufflation qui introduit l'air dans les poumons.»

Aujourd'hui, le mot inspiration désigne le plus souvent un souffle intérieur qui s'apparente au souffle divin de la tradition, en ce qu'il est reçu, spontané, mais qui s'en distingue parce qu'il est naturel. «Ce jour-là, j'étais inspiré», disons-nous pour évoquer ces moments de grâce où l'acte créateur semble aller de soi. Si naturel que nous paraisse cet état, nous avons tout de même le sentiment d'être habité et secouru par un plus grand que nous qui nous fait agir mieux que nous n'aurions pu le faire seul et nous comprenons que Socrate ait pu avoir la conviction qu'un dieu s'exprimait à travers lui.

Alors que, dans le passé, le mot inspiration était réservé aux artistes et aux poètes, il s'applique aujourd'hui à chacun de nous et aux actions les plus diverses. Il désigne dans tous ces cas un mobile positif, généreux, créateur, ayant pour caractéristique de n'être pas volontaire.

Enjeux

La volonté a des objectifs: obtenir telle note, abattre tel record. L'inspiration n'en a pas. Elle est une aspiration au bien à travers une action déterminée: exprimer son amour, contempler, écrire, peindre. L'usage de plus en plus fréquent du mot objectif, en éducation notamment, est l'un des nombreux signes qui permettent de mesurer l'importance des mobiles volontaires dans le monde actuel. Il est normal que, coupés de l'élémentaire et du transcendant comme nous le sommes, nous devions miser de plus en plus sur la volonté pour parvenir à nos fins. Nous tendons alors à utiliser notre corps comme un outil plutôt que comme un signe, nous sommes plus à l'aise dans des situations où il nous faut résoudre des problèmes objectifs, obtenir des résultats mesurables. Et nous sommes aussi plus facilement la proie de ce mal du troisième millénaire appelé alexithymie.

Les mobiles non volontaires, assimilables à l'inspiration, apparaissent désormais comme un remède. Se pose alors la question des conditions dans lesquelles l'inspiration peut être accordée. Purification, silence. La méthode n'a pas changé depuis que les premiers philosophes ont soulevé la même question, mais l'être humain, lui, a changé. L'ascèse avait pour but de limiter le débordement d'une vie, d'une nature demeurées intactes. Le reflux de la vie, du naturel créait un vide que l'inspiration pouvait remplir. En nous la vie, le naturel ont subi une érosion telle que le premier but de l'ascèse doit être de les aider à se régénérer. Avec le risque d'une falsification des mouvements naturels analogues à la falsification des êtres vivants par le clonage, falsification dont témoignent les impératifs à la mode: «il faut être spontané», «il faut se gâter.» Nous prétendons ainsi recréer la vie par un il faut, par un décret de cette raison qui nous en a éloignés, alors qu'il faudrait humblement, patiemment l'utiliser dans le but de nous aider à trouver les conditions dans lesquelles une vie extérieure à nous peut d'elle-même se communiquer à nous. «Car vous savez qu'il faut recevoir l'inspiration et ne la jamais chercher.»

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