Admiration

Selon le Littré l'admiration est «un sentiment excité par ce qui est beau, merveilleux, sublime.» Selon le Micro Robert, elle est «un sentiment de joie et d'épanouissement devant ce qu'on juge supérieurement beau ou grand.» Puisque l'un peut juger beau ce que l'autre juge laid, l'admiration, dans le second cas, n'a aucune valeur en elle-même.

Essentiel

«Il semble d’abord qu’on ne puisse concevoir d’autre façon d’admirer que celle où nous exerçons tout notre esprit sur une œuvre qui en triomphe. Le plus juste hommage qu’on puisse rendre à de grands hommes, c’est d’essayer de mesurer leur grandeur. L’admiration devient alors une critique éblouie, vaincue, convaincue, c’est un amour qui sait ses raisons, c’est la flamme de l’enthousiasme allumée sur les autels de la connaissance. Mais un pareil acte comporte d’abord un généreux, un magnifique aveu d’infériorité, au pied de ce qu’on admire; rien, en vérité, n’est plus fécond en promesses de supériorité véritable que cet aveu-là : tout de même, il faut le faire. On n’admire pas réellement sans se rattacher à un ensemble d’œuvres, d’idées, de principes, qu’on reconnaît bien plus important que soi. Or, on a trop aigri l’homme moderne, on a rendu l’individu trop rétif et trop rebelle pour qu’il se plie volontiers à une pareille subordination. La plupart de nos contemporains aiment mieux leur libre anarchie, où chacun d’eux décrète ce qui lui plaît. Pourtant, on ne saurait critiquer toujours : il faut, malgré tout, à des hommes qui vivent en commun, quelques rendez-vous où ils puissent être d’accord. Ainsi, au milieu de la discorde ordinaire des opinions, on se fait quelques noms sacrés; quelques réputations surgissent, auxquelles il est entendu que nul n’attente : seulement ces nouvelles admirations ne se caractérisent plus par l’exercice, mais au contraire par l’abandon de nos facultés : on jette ses armes au pied du Dieu qu’on s’est donné.»

Abel Bonnard, passage de Variations de la gloire.

« Quoi de plus doux que l'admiration ? c'est de l'amour dans le ciel, de la tendresse élevée jusqu'au culte. On se sent pénétré de reconnaissance pour la divinité qui étend les bases de nos facultés, qui ouvre de nouvelles vues à notre âme, qui nous donne un bonheur si grand, si pur, sans aucun mélange de crainte ou d'envie. »

FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND, Mémoires d'outre-tombe


Pour le philosophe Jean-Paul Audet, la place considérable qu'y occupe l'admiration est le signe distinctif des religions les plus hautes.

«Or, c'est, je crois, une constatation certaine de l'histoire : une religion donnée ne conserve ses chances concrètes de demeurer libre à l'endroit du sacré qu'elle porte en elle, que dans la mesure où elle réussit à maintenir à une hauteur suffisante la perception admirative du divin qui fait en premier lieu qu'elle est religion. Si l'on veut, plus cette perception admirative du divin dont je parle, s'élève dans la conscience des individus et des groupes en direction d'une vision et d'une proclamation de la grandeur divine, plus la religion concrète qui se nourrit de cette perception possède de chances historiques de se garder elle-même libre à l'égard du sacré qu'elle utilise dans son organisation et dans son culte. C'est donc, en dernière analyse, une certaine qualité de la perception admirative du divin qui décide, pour une religion donnée, de l'état concret du sacré qu'elle prend à son service, et du même coup, de l'état concret de la liberté qui sera alors laissée au profane. En principe à tout le moins, les religions les plus hautes, dans le sens que nous venons de définir, devraient être aussi bien celles où le profane pourrait normalement se sentir le plus libre dans ses initiatives et dans ses créations propres.

Inversement, toute atteinte portée à la perception admirative du divin dans une religion donnée ne peut se traduire, historiquement, que par une lente retombée, plus ou moins massive, de la valeur religieuse dans la valeur sacrale, jusqu'au point où, peut-être, le sacré, après avoir absorbé la presque totalité du religieux, décomposera la religion elle-même.»

Jean-Paul Audet, « La revanche de Prométhée ou Le drame de la religion et de la culture », Revue Biblique 73 (1966), p. 5-29

Essentiel

«Il semble d’abord qu’on ne puisse concevoir d’autre façon d’admirer que celle où nous exerçons tout notre esprit sur une œuvre qui en triomphe. Le plus juste hommage qu’on puisse rendre à de grands hommes, c’est d’essayer de mesurer leur grandeur. L’admiration devient alors une critique éblouie, vaincue, convaincue, c’est un amour qui sait ses raisons, c’est la flamme de l’enthousiasme allumée sur les autels de la connaissance. Mais un pareil acte comporte d’abord un généreux, un magnifique aveu d’infériorité, au pied de ce qu’on admire; rien, en vérité, n’est plus fécond en promesses de supériorité véritable que cet aveu-là : tout de même, il faut le faire. On n’admire pas réellement sans se rattacher à un ensemble d’œuvres, d’idées, de principes, qu’on reconnaît bien plus important que soi. Or, on a trop aigri l’homme moderne, on a rendu l’individu trop rétif et trop rebelle pour qu’il se plie volontiers à une pareille subordination. La plupart de nos contemporains aiment mieux leur libre anarchie, où chacun d’eux décrète ce qui lui plaît. Pourtant, on ne saurait critiquer toujours : il faut, malgré tout, à des hommes qui vivent en commun, quelques rendez-vous où ils puissent être d’accord. Ainsi, au milieu de la discorde ordinaire des opinions, on se fait quelques noms sacrés; quelques réputations surgissent, auxquelles il est entendu que nul n’attente : seulement ces nouvelles admirations ne se caractérisent plus par l’exercice, mais au contraire par l’abandon de nos facultés : on jette ses armes au pied du Dieu qu’on s’est donné.»

Abel Bonnard, passage de Variations de la gloire.

« Quoi de plus doux que l'admiration ? c'est de l'amour dans le ciel, de la tendresse élevée jusqu'au culte. On se sent pénétré de reconnaissance pour la divinité qui étend les bases de nos facultés, qui ouvre de nouvelles vues à notre âme, qui nous donne un bonheur si grand, si pur, sans aucun mélange de crainte ou d'envie. »

FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND, Mémoires d'outre-tombe


Pour le philosophe Jean-Paul Audet, la place considérable qu'y occupe l'admiration est le signe distinctif des religions les plus hautes.

«Or, c'est, je crois, une constatation certaine de l'histoire : une religion donnée ne conserve ses chances concrètes de demeurer libre à l'endroit du sacré qu'elle porte en elle, que dans la mesure où elle réussit à maintenir à une hauteur suffisante la perception admirative du divin qui fait en premier lieu qu'elle est religion. Si l'on veut, plus cette perception admirative du divin dont je parle, s'élève dans la conscience des individus et des groupes en direction d'une vision et d'une proclamation de la grandeur divine, plus la religion concrète qui se nourrit de cette perception possède de chances historiques de se garder elle-même libre à l'égard du sacré qu'elle utilise dans son organisation et dans son culte. C'est donc, en dernière analyse, une certaine qualité de la perception admirative du divin qui décide, pour une religion donnée, de l'état concret du sacré qu'elle prend à son service, et du même coup, de l'état concret de la liberté qui sera alors laissée au profane. En principe à tout le moins, les religions les plus hautes, dans le sens que nous venons de définir, devraient être aussi bien celles où le profane pourrait normalement se sentir le plus libre dans ses initiatives et dans ses créations propres.

Inversement, toute atteinte portée à la perception admirative du divin dans une religion donnée ne peut se traduire, historiquement, que par une lente retombée, plus ou moins massive, de la valeur religieuse dans la valeur sacrale, jusqu'au point où, peut-être, le sacré, après avoir absorbé la presque totalité du religieux, décomposera la religion elle-même.»

Jean-Paul Audet, « La revanche de Prométhée ou Le drame de la religion et de la culture », Revue Biblique 73 (1966), p. 5-29

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