Le rire

Marcel Schwob
Préface à Messieurs les Ronds-de-cuir de Courteline, reprise dans Spicilège
Le rire est probablement destiné à disparaître. On ne voit pas bien pourquoi, entre tant d'espèces animales éteintes, le tic de l'une d'elles persisterait. Cette grossière preuve physique du sens qu'on a d'une certaine inharmonie dans le monde devra s'effacer devant le scepticisme complet, la science absolue, la pitié générale et le respect de toutes choses.

Rire, c'est se laisser surprendre par une négligence des lois: on croyait donc à l'ordre universel et à une magnifique hiérarchie des causes finales ? Et quand on aura attaché toutes les anomalies à un mécanisme cosmique, les hommes ne riront plus. On ne peut rire que des individus. Les idées générales n'affectent pas la glotte.

Rire, c'est se sentir supérieur. Quand nous ferons à genoux, dans les carrefours, des confessions publiques, quand nous nous humilierons pour mieux pouvoir aimer, le grotesque sera au-dessus de nous. Et ceux qui auront apprécié l'identique valeur, en dehors de toute relativité, de leur moi et d'une cellule composante ou solitaire, sans comprendre les choses, les respecteront. La reconnaissance de l'égalité entre tous les individus de l'univers ne fera pas hausser les lèvres sur les canines.

Autres articles associés à ce dossier

Le rire

Achille Millien


Le rire et la liberté

Auguste Penjon

Alors que pour l'auteur de Rire, Henri Bergson, le comique c’est de l’automatisme installé dans la vie et imitant la vie, il est pour P

Rire à en vivre

Jacques Dufresne

Vers la fin de la décennie 1970, un journaliste New Yorkais, Norman Cousins, alors directeur de la Saturday Review, connut la célébrité en tant qu

À lire également du même auteur




Nos suggestions