Éducation au Québec, les racines d’une illusion

Jean Gadbois

L’éducation ne se situe pas en amont de la société, ce n’est pas elle qui la définit. C’est exactement le contraire, c’est la société qui définit l’école qu’elle souhaite. Idéologique, l'école qu’elle génère est ultimement celle qu’elle mérite. Elle ne souhaite pas, ne veut pas (ni ne rêve) mieux constate l'auteur. 

Plusieurs observateurs et acteurs du milieu font état d’une situation de dégradation avancée du système scolaire québécois. Depuis plusieurs mois le débat fait rage et face à ces indignations qui se font entendre, le chroniqueur y apporte un éclairage lucide et son constat est en parfaite adéquation avec la situation pitoyable qu’il décrit. De sérieux et appliqué il y a 60 ans, l’apprenti sorcier qui l’a engendré, des 16 ministres en 20 ans aux simulacres de la formation des « Maîtres », en passant par l’encadrement des parents, du manque d’intérêt sociétal pour l’école, on se demande quels sont ceux qui se jouent aujourd’hui du Québec scolaire.

L’éducation ne se situe pas en amont de la société, ce n’est pas elle qui la définit. C’est exactement le contraire, c’est la société qui définit l’école qu’elle souhaite. Idéologique, celle qu’elle génère est ultimement celle qu’elle mérite, à l’instar du système de santé, de son système de représentation et de ses institutions. Un exemple récent qui l’illustre bien est l’abolition des élections scolaires. Ce n’est pas le système d’éducation qui a abolit ce processus de participation citoyenne, c’est bel et bien elle qui en a prononcé la sentence, en n'y participant pas.

Elle ne souhaite pas, ne veut pas (ni ne rêve) mieux. 

Le système actuel en est un qui procure une réussite du plus grand nombre (d’où la collation des grades à la fin de la garderie), immédiate et sans grand effort pour tous: tripotage de notes, diplôme au rabais. C’est ce que désire la majorité et c’est soigneusement ce qu’elle obtient.

Ainsi, depuis plus de 25 ans, on abreuve le chaos en Éducation nationale aux racines de deux étiologies culturelles; un monstre bureaucratique obèse mais dysfonctionnel qui s’improvise en voie d’évitement quand au savoir, d’une part et, d’autre part, un anti-intellectualisme endémique et historique à la faveur d’une formation en enseignement axée sur l’instrumentalisation idéologisée du socioconstructivisme procédural. Trois années sur les quatre menant au brevet. Plutôt qu’une collaboration avec les bacheliers spécialistes, maîtres ou docteurs, pour enseigner dans les classes, les facultés d’Éducation les ont évincés; ils sont devenu une menace à leur corporatisme paralysant. Le ministère ne connaît pas mieux alors il acquiesce. Ne faudrait-il pas être conséquent et oublier nos velléités?

Tant qu’un analphabète fonctionnel universitaire à la culture dégarnie, sans autre repère ou idéal social que celui d’accéder à la gentrification qui échappait à ses grands ou arrières grands-parents, le discours de nos savants observateurs, leur noble et salutaire volonté de débattre des rouages de l’état actuel pitoyable de l’enseignement québécois, et que le statu quo éducatif du Québec entérinera une telle résignation sociale, leurs aspirations resteront illusoires.

Ainsi, la duperie du «Maître-évacué» laissera place à «l’accompagnateur» des apprenants, formatés dans un langage méta-cognitif vaporeux. Cette «autorité» pédagogique règnera sur les techniques de transmission des programmes ministériels technocratiques minimisant d'autant les connaissances. L’acquisition d’un objet de savoir, pour l’étudiant, deviendra progressivement un apprentissage «co-construit». Éternels apprentis, les futurs consommateurs procéduraux, après tout, ce sont eux. Où est le problème? 

On parle d’une école ségrégationniste à trois vitesses, mais on maintient Vox populi ce régime intact; c’est mathématiquement ce que l’on veut. On reste agglutinés dans une inertie d’une désespérante docilité, dont certains observateurs la qualifient même d’antimoderne: une sorte de paralysie collective, qui mêle lourdeur administrative, régression culturelle et indifférence? 

Sérieusement, la plupart des acteurs politiques et sociaux souhaitent-ils autre chose? 

Au privé comme au public, le trop grand nombre de parents (dont un couple sur deux vit séparé) démissionnaires de leurs responsabilités d’élever leur enfant-roi au respect de l’autorité et à la préparation aux aléas de la vie avec ce qu’ils offrent de bienfaits et de difficultés, vient, avec autorité, sceller le pacte. Alors, de quoi s’indigne t-on?

Le message passif, mais surtout massif, que la société envoie à l’école est celui qui la préoccupe le plus: pour que l’année scolaire 2023-2024 se déroule tout en douceur, la communication parent-enseignant est importante. 

Et à la rentrée, que révéler sur son enfant ou sur la situation familiale aux professeurs? Médication, allergies, défis particuliers, fragilités… À huis-clos: les classiques à lire, écrire, compter, la chimie, l’histoire, les arts ou un adulte par classe. 

Prenons acte que dans les faits et dans l’action, le système d’éducation actuel est le meilleur que notre société puisse espérer s’offrir.

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