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    L'Encyclopédie sur la mort



    Mort écrite

    E. DoudetDès le début de son article, Andrea Martignoni a su décrire d'une façon pertinente le sens de la « mort écrite » ou celui des rapports entre mort et écriture. Le langage de la mort, qui habite les rites du deuil et de la sépulture (commémoration des défunts, monuments funéraires, chroniques et testaments, etc.), permet à l'histoire et à l'anthropologie de se nourrir et à l'humanité de se dire et d'intégrer la mort comme une part existentielle de son devenir créateur:

    Écrire sa mort frôle l'impossibilité ultime, L'instant mortel, le trébûchement ineffable qui nous ravit n'est d'aucune façon, suggérait en son temps Vladimir Jankélévitch*, «objet de connaissance ni matière à spéculation ou à raisonnement» (5). Écrire la mort, glisser comme un funambule éveillé au croisement de la mort de soi, pour reprendre la fameuse expression de Philippe Ariès (6), et la mort des autres, Destinée inéluctable du moi et des autres. Écrire la mort de soi, ce n'est qu'évoquer le présage d'une rupture, d'un déracinement, d'une séparation, d'un voyage initiatique auquel il faut se préparer. La pratique testamentaire, si exponentielle à la fin du Moyen Âge, n'est-elle pas alors le signe d'une conscience pleine du memento mori et la tentative de bien préparer sa mort, comme le préconisent les Artes bene moriendi? Écrire la mort des autres est également une volonté de donner corps, un nouveau corps, à ceux qui s'en vont, C'est la volonté d'apprivoiser, de se souvenir, de gérer cet espace-temps autre qu'est celui de la mort. Le deuil*, en tant que mise en place d'une mémoire aux désirs d'éternité*, se décline dans de multiples stratégies orales, gestuelles et scripturaires, comme la tentative de redéfinition des frontières, frontière entre la vie et la mort, frontière entre l'univers des trépassés et celui des vivants.

    Tout au long du Moyen Âge, la mort habite l'écriture; elle devient même «acte d'écriture». Pensons à la littérature, à l'hagiographie, à la liturgie, aux chroniques, mais aussi aux exempla dans lesquels des morts apparaissent en tant que véritables protagonistes. À Jacques Le Goff revient d'avoir souligné en 1997, dans la préface du livre La Mémoire des ancêtres de Michel Lauwers, que l'histoire du Moyen Âge ne serait plus possible sans les morts et les usages qu'en font les vivants (7).

    Ville, écriture, trépas et deuil. Quatre éléments d'un même discours, discours qui se propose de revenir ici sur l'enchevêtrement des espaces, des acteurs et des pratiques qui structurent et forment ce dialogue étroit et incessant entre les vivants et les morts dans la société médiévale. Pratiques d'écriture qui pensent, définissent, organisent les modalités de la gestion de l'ultime transition. L'écriture, «presqu'île» essentielle du regard et de la conscience historienne, se doit d'être considérée ici comme l'expression d'une volonté de codification des langages d'accompagnement du mort entre le temps réel du trépas et le temps dilaté du deuil.» (Andrea Martignoni, op, cit., p. 10-11)

    Notes
    5. V. Jankélévitch, La Mort, Paris, Flammarion, 1977, p. 221; cité par J.-M. Brohm,«Ontologie de la mort. Esquisses épistémologiques pour une thanatologie qui se voudrait scientifique», dans Prétentaine. Anthropologie de l'Ailleurs, n° 7-8, octobre 1997, p. 211, note 12.
    6. Ph. Ariès, « La mort de soi », dans Essais sur l'histoire de la mort en Occident du Moyen Âge à nos jours, Paris, Le Seuil, 1975, p. 32-45.
    7 J. Le Goff,« Préface », dans M. Lauwers, La Mémoire des ancêtres, le souci des morts, Morts, rites et société au Moyen Âge (diocèse de Liège, XI'-XIlI' siècle), Paris, Beauchesne, 1997, p. VII.

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    Thanatographie

    «Thanatographie» est souvent utilisé dans le vocabulaire contemporain pour désigner «la mort écrite», la présence de la mort dans l'écriture. Ainsi, appelle-t-on "thanatographie" l'étude des rapports qu'un écrivain suicidé a entretenu avec la mort par l'analyse de ses oeuvres et de sa correspondance ( Natalia Fernandez). Dans son article « Sartre : La rhétorique de l’épitaphe ou le mot comme cercueil » (5 mars 2005), Deise Quintilianola examine «les discours du deuil, les panégyriques in memoriam aux amis, la grandiloquence funèbre, disséminés dans l’ensemble de textes (auto)biographiques sartriens, en fonction de l’importance fondamentale qu’assume la « rhétorique de l’épitaphe » dans les études de « l’amitié ». Cette importance est renforcée dans la mesure où dans l’(auto) épitaphe et la glorification de la mort elle-même, il est possible d’identifier la visée effective du projet (auto) biographique sartrien, qui théâtralise la présence de la mort dans la contingence de la vie, envisageant dans l’image de l’écrivain-posthume la vraie possibilité d’émergence d’une praxis scripturale.» http://www.sens-public.org/spip.php?article155

    L'étude de la présence de la mort dans les oeuvres de Georges Bernanos (Guy Gaucher, Le thème de la mort dans les romans de Bernanos, Lettres modernes, 1955) révèle le rapport que l'auteur entretient avec la mort et se déroule donc comme une thanatographie. Nous paraît «thanatographique» la lecture par Julia Kristeva de la correspondance de Louis-Ferdinand Céline en termes d'abjection («Céline : ni comédien ni martyr», Psychanalyse et Littérature, 2009-2010, http://www.kristeva.fr/celine-ni-comedien-ni-martyr.html

    L'étude de la mort de Léon XIII, dernier acte public de son pontificat, un moment plus qu'attendu, après un règne de vingt-cinq ans et devant la santé déclinante d'un homme de quatre-vingt-treize ans» est appelée «thanatographie», car elle permet de spécifier «la signification de la mort du pape, marquée par une tradition pluriséculaire, et l'image d'un pontificat au moment précis où il s'achève.» («Oraisons pour un pape défunt : Mort et thanatographie de Léon XIII», Collection de l'Ecole française de Rome, 2006, vol. 368 p.459-477)

    On dit de Julie de Lespinasse* que sa «thanatographie épistolaire est continuellement active: pour celle qui disait savoir «souffrir et mourir», il s'agit tantôt de pleurer un amant (le marquis de Mora), tantôt de regretter de ne pas l'avoir suivi dans la tombe, tantôt de se dire malade, puis mourante ou désireuse de mourir.

    Le terme thanatographie est utilisé aussi en photographie. Parmi les oeuvres (installations) de Magali Brien figure une installation appelée «Thanatographie», une projection fixe, 7 projecteurs, diapositives en traitement croisé. 3 projections de 72 x 48 cm, 3 de 36 x 60 cm et une de 60 x 36 cm à la Villa Olga Montpellier. Une de ses autres installations «Les Gisants»
    a pour titre Iss deinen Tod (mange tes morts) - gélatine alimentaire, photographie, caissons lumineux. 3 caissons sur 60 cm x 60 cm x 60 cm, Galerie K.I.K Hanovre - peut être elle aussi considérée comme une thanatographie.

    Langage funéraire

    « Une curieuse tentative place le problème [de la mort] sur le plan linguistique, ce qui paraît en effet pertinent. Jean-Didier Urbain, étudiant la langue funéraire à travers les épitaphes de cimetières occidentaux des XIX° et XX° siècles, y découvre bel et bien un archétype, narratif: "la transformation d'un énoncé en un autre": "la mort se sémiotise génériquement comme un énoncé d'état disjonctif défaisant un état initial de conjonction du Sujet avec l'Objet O=la Vie". (J. D. Urbain, «Récit de mort et mort du récit dans les cimetières, Colloque de Cerisy, p. 221-242, p. 231) Description abstraite dont on pourrait croire qu'elle renvoie simplement à une définition de la mort comme n'étant pas la vie mais qui va plus loin qu'il y paraît et sur laquelle on pourra longuement revenir, à condition de redéfinir cet objet O. » (M. Picard, La littérature et la mort, Puf, « Écriture », 1995, p. 23)

    « Ce qu'on appelle la mort est inséparable de la situation de deuil*. Plus précisément elle se définit à partir du rapport qui s'établit entre moi et le cadavre et qui se manifeste dans le domaine du langage. Le mot désigne pourtant non une entité, même abstraite, mais un champ, une tension, dont les limites ou les pôles extrêmes seraient le trop subjectif, cette énigme radicale, ma mort, où je ne suis pas, et le trop objectif, ce mort-là, autre énigme non moins radicale, être humain devenu chose, résultat d'une transformation dont je connaître seulement les abjectes conséquences [...]; entre ma mort et les morts, la mort est une relation, une forme, une structure. [...] l'impensable mort est nécessairement une structure vacante, disponible, l' "absente de tout bouquet" ou couronne mortuaire. [...] "Mort" figure une limite extrême, indépassable, absolue. Le langage populaire, on l'a vu, l'utilise donc comme une espèce de superlatif universel: "on se tue au travail", on est "ivre-mort", "mort" de fatigue, de froid, de faim, de peur, de rire, d'amour et de plaisir. » (J.D. Urbain, o. c., 35-38)

    IMAGE
    La mort écrite. Rites et rhétoriques du trépas au Moyen Âge. Actes de la 1ère journée d'études du groupe Questes, jeunes chercheurs médiévistes en Sorbonne, sous la direction d'Estelle Doudet, Paris, Presses Universitaires de la Sorbonne, 2004, 184 p.




    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:2012-04-12
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    Notes

    Source: Andrea Martignoni, «Entre trépas et deuil: pratiques dans le Frioul du XV° siècle» dans La mort écrite. Rites et rhétoriques du trépas au Moyen-Âge, textes recueillis par Estelle Doudet, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 2005, p. 9-33.

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