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| Essai sur l'Europe |  CHANTAL DELSOL INTERROGE JEAN-FRANCOIS MATTEI, PHILOSOPHE, SUR SON LIVRE "LE REGARD VIDE"
Dans cette belle description du génie européen (génie au sens premier de “caractère propre”), je vois d’abord une forte croyance européocentrée : dès les premières pages, vous citez Husserl et plus loin Patocka, son disciple, et l’on a le sentiment que vous les rejoignez dans vos analyses successives : l’Europe serait-elle donc, comme le disait autrefois Brugmans, “la métropole du genre humain” ?
Je m’inscris effectivement dans la lignée de Husserl, de Patocka et de Hegel, mais aussi de Baudelaire, de Proust ou de Kundera. Il s’agit d’envisager ce qui a fait l’originalité de la culture européenne dans le sens étendu qui était celui que Cicéron a donné au mot cultura. Or, les œuvres majeures de notre patrimoine, ce que Braudel nommait ses « unités brillantes » pour qualifier leur rayonnement universel, soulignent la spécificité du regard que l’Europe a porté sur le monde.
Ce “regard” est d’ordre théorique en ce qu’il vise intentionnellement une idée éloignée de toute empiricité : l’idée de vérité, l’idée de justice, l’idée de bien ou l’idée d’humanité.
Husserl écrivait en ce sens que l’Europe a toujours visé un “télos”, une fin transcendantale, de sorte que l’homme européen est devenu « un spectateur désintéressé, un regard jeté sur le monde ». Certes, d’autres peuples s’étaient interrogés sur le monde et sur l’homme. Mais jamais leur regard n’a franchi les limites d’une représentation centrée sur son propre foyer : la Chine a découvert d’autres pays, mais ne les a pas soumis à une connaissance universelle. Au contraire, l’Europe a toujours posé un regard excentré sur son monde pour appréhender les autres, comme le montre l’invention de l’anthropologie. >> |
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| John Rawls |
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| Biographie en résumé |
| Malgré tous ses accomplissements, John Borden (Bordley) Rawls était resté pratiquement inconnu jusqu'à ce qu'il publie, en 1971, The Theory of Justice. Il a au cours de sa carrière enseigné à Princeton, Oxford, Cornell, Harvard, jusqu'en 1995, quand la maladie l'a forcé à diminuer son activité. Ce qui ne l'a pas empêché de compléter The Laws of People, où il exprime avec force ses arguments sur le libéralisme politique. |
| Vie et œuvre |
| Ce philosophe américain, auteur de The Theory of Justice, même s'il se présente lui-même comme le continuateur de Locke et de Kant, se situe d'abord dans la sphère d'influence de la philosophie analytique contemporaine. Tout lien avec l'idée d'une justice transcendante a été rompu. La justice est un projet purement humain. Pour la défininir, Rawls imagine une situation originelle imaginaire dans laquelle l'être humain est considéré abstraction faite de son incarnation dans une situation réelle. Sa raison l'amènera dit Rawls non seulemement à vouloir défendre ses intérêts personnels mais à penser que ses intérêts personnels seront encore mieux servis si ceux de tous les autres sont également satisfaits. Étant dans une situation imaginaire, notre Juste ne sait pas si dans une situation réelle, il serait du côté des défavorisés ou des nantis. La même raison l'amènera, dans le même mouvement, à reconnaître que certains biens primaires (logement, nourriture, sécurité) doivent être généralement satisfaits. |
| Documentation |
Peter Jedicke, Notes sur A Theory of Justice.
Michael Below, Rawls Theorie der Gerechtigkeit.
R. J. Kilcullen, John Rawls: The Original Position.
Terry Hoy, Rawls' Concept Of Justice As Political: A Defense Against Critics (Paideia Project, Twentieth World Congress of Philosophy, Boston, Massachusetts, É.-U., 10-15 août 1998).
Ben Rogers, Portrait: John Rawls, Prospect, juin 1999.
Olivier Kemeid, Le précieux héritage de John Rawls - Une réponse aux cyniques et aux désabusés, Le Devoir, 28 novembre 2002.
Pierre-Yves Bonin, John Rawls (1921-2002) - le refus de l'arbitraire, Le Devoir, 29 novembre 2002. |
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