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Harvey William

1578-1657
"Cet illustre médecin naquit à Folkestone, dans le comté de Kent, le 1er avril 1578. Il fit ses premières études à Canterbury, puis suivit les cours de logique et de philosophie naturelle à Cambridge. En 1598, il se rendit à Padoue, qui était alors un important centre scientifique, où avait enseigné Colombo, où enseignait encore Fabrice d’Acquapendente; Harvey apprit l’anatomie sous ce maître et la chirurgie sous Casserius; c’est là évidemment qu’il fut initié aux théories de Colombo et de Césalpin sur la circulation. Il reçut en 1602 le diplôme de docteur et retourna à Londres. Membre du Collège des médecins de Londres en 1604, il fut, en 1609, nommé médecin de l’hôpital Saint-Barthélemy. Il fut chargé en 1615 d’enseigner l’anatomie et la chirurgie au Collège royal; dès cette époque il enseigna et démontra la circulation du sang; il continua cet enseignement pendant plusieurs années et en publia le résumé en 1628.

En 1623, Harvey fut nommé médecin suppléant de Jacques 1er et, à la mort de ce roi, médecin titulaire de Charles 1er. À plusieurs reprises il fut appelé à exposer devant le roi et les seigneurs de la cour le phénomène de la circulation. Pendant la guerre civile, il resta fidèle au roi, qui lui confia la direction du collège de Merton, à Oxford, en remplacement de Brent, destitué pour ses opinions politiques; mais le parti parlementaire, ayant triomphé, réintégra Brent, et la populace pilla et incendia la maison de Harvey, et détruisit ainsi plusieurs ouvrages manuscrits du grand physiologiste, traitant de diverses questions de médecine et de physiologie, l’une entre autres de la génération des insectes.

Comme praticien, Harvey avait une clientèle considérable. La publication de son livre la diminua brusquement, paraît-il, et lui fit perdre beaucoup d’argent. La mort tragique du roi lui inspira un profond dégoût du monde et il passa les dernières années de sa vie à Lambeth ou à la maison de campagne de son frère, près de Richmond. Il déclina, en 1654, l’honneur de présider le collège des médecins, mais il légua à cette savante compagnie sa bibliothèque et les revenus d’une ferme qui lui appartenait. Il mourut, sans enfants, le 3 juin 1657, à Lambeth, âgé de quatre-vingts ans, et fut enterré à Hempstead (Essex). Un monument a été élevé à sa mémoire dans cette localité.

Le nom de Harvey restera attaché à la découverte de la circulation. Cette découverte ne saurait cependant lui être attribuée exclusivement, sans faire tort à d’illustres prédécesseurs, à Servet, à Colombo, à Césalpin, à Fabrice d’Acquapendente, etc.

Le grand mérite d’Harvey, c’est d’avoir établi d’une manière irréfragable ce qui n’était que pressenti par ses devanciers, et d’avoir réuni les faits épars, examiné, discuté et mis dans une nouvelle lumière les idées plus ou moins confuses de ses prédécesseurs; c’est, enfin, d’avoir expérimentalement établi la vérité. L’immortel livre de Harvey, qui consacre la découverte de la circulation, a pour titre : Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in animalibus. Francfort, 1628, in-4o.

« Ce qui constitue surtout la valeur de ce livre, le plus beau de la physiologie, dit Flourens, c’est que c’est un adieu définitif aux théories, aux dissertations théologiques, métaphysiques, scolastiques. Harvey ne croit qu’à l’expérience, au phénomène visible, expérimental : c’est là sa supériorité sur Servet…

Non seulement Harvey est le premier qui ait prouvé la circulation du sang, mais c’est encore celui qui l’a vulgarisée. Jusque-là les érudits seuls connaissaient les écrits de Servet, de Césalpin, de Fabrice même. Après Harvey, on ne peut passer la doctrine de la circulation sous silence. Protestants et catholiques seront impuissants à l’étouffer et à la livrer aux flammes, comme ils ont fait pour la Restitution du christianisme. Rapidement l’ouvrage de Harvey se propage : les réfutations, les objections se présentent de toutes parts. L’idée de la circulation du sang, émise, comme nous l’avons dit plus haut, par Servet et Césalpin, n’est plus spéciale à un petit groupe d’anatomistes de Padoue : elle entre dans le domaine général et, à partir de 1620, s’impose à toutes les doctrines médicales, à toutes les recherches physiologiques » (Ch. Richet).

La publication de la découverte de la circulation suscita à Harvey de nombreux contradicteurs, parmi lesquels les plus célèbres furent Riolan, Parisianus, Primrose, Plempius, Guy-Patin. Harvey jugea Riolan seul digne d’une réplique, mais la Faculté de médecine de Paris mit un entêtement ridicule à repousser la circulation du sang, et Patin poursuivit le physiologiste anglais de ses sarcasmes. Harvey fut vengé de la faculté par Boileau (arrêt burlesque) et de Guy-Patin par Molière. Ent réfuta Plempius, qui finit par accepter la circulation; cette conversion (1652) en entraîna d’autres, et enfin Harvey put développer sa doctrine librement (1659). La postérité l’a suffisamment vengé des avanies et des misères qu’il eut à subir de son vivant.

Mentionnons encore les remarquables travaux de Harvey sur la génération; le premier il a énoncé le principe de l’omne vivum ex ovo; il a découvert ou démontré le premier usage des diverses parties de l’œuf, en particulier de la cicatricule, où, selon son expression, sont contenues potentiellement (potentiâ insunt) toutes les parties du futur animal; il a fait une série d’observations qui sont devenues le fondement de l’embryologie moderne. Il étudiait à ce point de vue non seulement les animaux inférieurs, mais encore les Mammifères; Charles 1er lui fournissait, pour ses expériences, les biches et les daims de son parc.

Les ouvrages d’Harvey sont généralement écrits dans un style correct et élégant. Outre des lettres et deux manuscrits : De musculis et motu animalium locali, De anatome universali, on a de lui :

I. Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in animalibus, Francofurti, 1628, in-4o; Lugduni Batav., 1639, in-4o, avec la réfutation de Parisianus; ibid., 1647, in-4o; Patavii, 1643 in-12; 1646, in-4o; Lugduni, 1647, in 4o; avec Spigel, Amstelodami, 1645, in-fol.; Roterodami, 1661, in-12, dans la bibl. de Manget; ibid., 1671, in-12, suivi de : Exercitationes duae anatomicae de circulatione sanguinis ad Johannem Riolanum filium, Roterodami, 1649, in-12; Cantabrigiae, 1649, in-12; Parisiis, 1650, in-12. Nouvelle édition sous le titre : Exercitationes anatomicae tres de motu cordis et sanguinis circulatione. Roterodami, 1659, 1n-12; Londini, 1660, in-8o; Roterodami, 1661, 1671, in-12; Lugduni Batav., 1736, in-4o (édit. d’Albinus). Traduit en anglais, London, 1653, in-8o; Edinburgh, 1824, in-8o. Ces ouvrages ont été traduits en français par Ch. Richert, sous le titre de : La circulation du sang. Des mouvements du cœur chez l’homme et chez les animaux. Deux réponses à Riolan. Trad. franç. avec une introduction historique et des notes. Paris, 1879, in-8o. (...)"

L. Hahn, article « Les Harvey », dans A. Dechambre et L. Lereboullet (dir.), L. Hahn (dir.-adjoint), Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Quatrième série. Tome douzième (Haa-Hem), Paris, G. Masson , Asselin et Houzeau, 1886, p. 497-499

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