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    Impression du texte

    SILICON VALLEY ÜBER ALLES

    Définition

    Der Spiegel en guerre contre la Silicon Valley
    La vallée de l’avenir…de l’humanité?

    ¿Quién manda en el mundo? Qui commande,1 qui commandera dans le monde, se demandait le philosophe espagnol Ortega y Gasset vers 1930 : la Russie, l’Amérique, l’Europe? Malgré la guerre 14-18, il souhaitait que ce soit l’Europe. On pouvait pourtant présumer que l’Amérique avait déjà gagné cette course au pouvoir mondial. À l’heure actuelle, cette vieille Europe est-elle encore capable d’opposer à l'Amérique une résistance digne de ce nom? Les éditeurs du plus influent magazine européen, Der Spiegel, n’ont pas renoncé au combat, un combat qui n’est pas mené contre les États-Unis mais contre cette élite de la Silicon Valley partie d’un si bon pas à la conquête du monde!

    Nous constatons aujourd’hui que l’Amérique elle-même risque d’être dominée, comme le reste du monde, par une poignée d’entrepreneurs prophètes rassemblés dans la Silicon Valley. Elle en est complice pour l’instant, mais elle risque d’en devenir la première victime. À l’Agora, nous menons un humble combat contre ce projet qui s’intègre parfaitement à la politique du Soft Power que les autorités américaines ont élaborée au lendemain de la chute du mur de Berlin. Les guerres militaires, économiques et politiques étaient gagnées. Il restait à porter l’offensive sur le plan culturel.

    Je ne veux pas dire que les stratèges américains ont planifié les succès d’Apple, de Google et de Facebook. Les choses ne se passent pas ainsi aux États-Unis. Dans ce pays, c’est ce qui fait sa force, la convergence précède la planification et la rend inutile. Les théoriciens du Soft Power ont fourbi leur idéologie au moment précis où la Silicon Valley devenait la vallée de l’avenir…de l’humanité.

    Une fois la convergence devenue manifeste, les grands médias se joignent au mouvement. Ce qu’a fait le Time Magazine en 2013 en consacrant sa page couverture aux recherches de Google sur l’immortalité. L’accent mis sur le message de Google est la preuve, s’il en fallait une, que les géants de l’Internet ne visent pas d’abord l’argent, mais une transformation à l’échelle mondiale de la façon dont les hommes sentent, pensent et vivent.

    J’ai longtemps cru la que résistance à ce tsunami ne pouvait être le fait que de petits groupes sans pouvoir, comme l’Agora, qui s’exposaient par-là à être accusé de complotisme. Jusqu’au jour où j’ai découvert que le plus grand magazine européen, Der Spiegel, n’avait pas craint de s’engager résolument dans la même résistance. Il est entré en guerre contre Google, il y a quelques années déjà, en réclamant pour les médias locaux et nationaux une plus large part des revenus publicitaires. Le 22 février dernier, il s’attaquait à l’ensemble des géants de la Silicon Valley en les présentant sur sa page couverture sous la forme d’une flèche. On y reconnait Serge Brin (Google), Mark Zuckerberg (Facebook), Tim Cook (Apple), Marissa Mayer (Yahoo) et l’Uber-Chef Travis Kalanick.

    Une étonnante convergence dans l’action.

    Entre ces géants on observe une étonnante unité d’action: assurer le triomphe du numérique à la faveur de la mondialisation, séduire et servir les individus au risque de briser les institutions et d’enfreindre les lois dans les nations. Au risque? L’expression est faible. Il faudrait plutôt dire dans le but explicite de. Les journaux du monde entier sont sortis affaiblis de leur lutte contre Google et la bataille n’est pas terminée. Amazon nous détourne de la librairie de nos voisinages. Facebook rassemble dans un même lieu virtuel les gens que les autres acteurs du numérique ont arrachés à leurs lieux d’enracinement réel.

    Dans le dossier du 22 février c’est aux nouveaux venus, Uber surtout et Airbnb, que s’en prennent les rédacteurs du magazine. Ils présentent le président Kalanick comme le parfait disciple d’Ayn Rand : il prend en effet plaisir à installer son système même dans des villes comme Montréal ou Portland en Oregon qui l’ont interdit par une loi.

    La compagnie s’appelle Uber, un mot qui a un sens bien précis pour les Allemands, qui se souviennent du Deutschland uber alles. Silicon Valley uber alles, titrait le site Slate au moment où la valeur en bourse de l’entreprise a atteint 17 milliards, soit plus que la valeur de Hertz ajoutée à celle de Avis-Budget. Aujourd’hui, cinq ans après sa fondation, la compagnie est présente dans 260 villes du monde et vaut 41 milliards, presque autant que la Deutsche Bank; 50,000 nouveaux chauffeurs adhèrent chaque mois au système, basé sur d’autres produits de la Silicon Valley, le GPS et le iphone.

    Pourquoi et comment freiner une entreprise qui offre un service souvent meilleur que ce celui des taxis locaux tout en contribuant à réduire le nombre de voitures dans les villes et par là, la production de gaz à effets de serre? La question qu’il faudrait plutôt poser est la suivante : comment se fait-il que les grandes villes du monde aux prises avec un problème de circulation n’aient pas pris elles-mêmes une telle initiative?

    À l’échelle mondiale, un autre 20% de la valeur d’un service prend la direction de la Silicon Valley. Les Romains n’ont jamais réussi à taxer les sujets de leur empire avec une telle efficacité. Ajoutez à cela le pourcentage de Airbnb qui déferle sur le monde au même moment. Quelle sera la prochaine étape? L’accès à un médecin? L’accès aux partenaires amoureux est déjà assuré.
    Pour mieux servir ces prédateurs, les gouvernements avancent à marche forcée vers des traités internationaux qui vont affaiblir davantage les gouvernements municipaux et nationaux.


    Il nous faut renouer avec l’esprit d’indépendance du début des années 1930, moment où l’on a créé les radios nationales, pour limiter l’influence des grandes puissances. Il nous faut de toute urgence créer des uber et des airbnb nationaux et/ou municipaux. Si la chose n’est pas déjà interdite par les traités internationaux.

    Ces aspects économiques et politiques de la question justifieraient à eux seuls des mesures protectionnistes. Der Spiegel ne se limite toutefois pas à cet aspect de la question. C’est le message et son lien indissoluble avec le médium qui l’intéresse avant tout.

    «Ce message c’est que la technologie peut améliorer l’humanité. Les gens de la vallée qui rêvent de transformer le monde fondamentalement croient que les solutions High Tech vont donner un meilleur avenir à l’ensemble de l’humanité, comme les Hindous pieux croient à la réincarnation. Ils ne se soucient guère de composer avec les obstacles extérieurs. L’élite de la Silicon Valley n’a que faire des politiques et considère que la régulation n’est qu’un empêchement anachronique. Voici le message : si les valeurs sociétales et la vie privée bloquent la voie, il faut tout simplement développer de nouvelles valeurs.»

    «La croisade technologique de ces deux mouvements s’enracine selon Spiegel dans la contre-culture des années 1960, qui furent les années de formation de Steve Jobs, le co-fondateur d’Apple. Leur vision du monde est toutefois libertarienne, dans la tradition des penseurs radicaux tels que Noam Chomsky, Ayn Rand et Frederich Hayek. Le résultat : une philosophie politique unique en son genre qui combine la sensibilité ésotérique des hippies avec le capitalisme indécent. Cette élite ne cache pas ses plans. Ses membres admettent volontiers qu’ils veulent transformer le monde par leurs idées et ils sont convaincus que les changements déjà accomplis ne sont que le premier acte.

    «Leur succès est-il écrit dans le ciel? Est-ce que les efforts pour bloquer Uber sont aussi insensés que ceux qui consistaient à protéger la diligence, il y a un siècle? Le moment n’est-il pas venu d’imposer des règles avant que le monde ne tombe dans les mains du monopole digital? Devrions-nous plutôt accueillir avec reconnaissance les solutions High Tech qui rendent nos vies plus agréables? Devrions-nous avoir peur d’un avenir technologique, ou devrions-nous l’appeler de nos vœux, y voir la voie vers une plus grande prospérité?

    «Autre question importante. La Silicon Valley est un monde masculin, un monde où la présidente de Yahoo, Marissa Mayer, est une exception. Certaines jeunes entreprises n’engagent pas de femmes et il est beaucoup plus difficile pour les femmes que pour les hommes d’obtenir du financement. Cette vision borgne du monde est-elle une vision globale?»

    On aura reconnu en filigrane le transhumanisme. Même s’ils soulignent l’influence de Ray Kurzweil, le fondateur du mouvement, les rédacteurs du dossier ne semblent pas lui attacher beaucoup d’importance. Ils mettent plutôt l’accent sur le mouvement libertarien et sur son plus brillant représentant, Peter Thiel, que nous avons souvent évoqué dans nos sites.

    «En fait, concluent-ils, la tech elite a créé une vision du monde et une philosophie politique qui correspondent à ses buts. Elle s’efforce de créer la prospérité et la satisfaction avec la plus grande autonomie (des individus) et le moins de gouvernement possible. Il s’ensuit qu’il faut considérer toute autorité avec scepticisme. Il y a en effet peu de place dans ce monde pour la réglementation et les lignes directrices.»

    Cette philosophie s’inscrit dans un contexte encore plus vaste dont nous avons-nous-même fait l’analyse dans une conférence intitulée La révolution du direct, laquelle a toutes les apparences d’une conspiration contre les intermédiaires : le système expert qui remplace le médecin, le GPS qui remplace le conducteur de voiture, le drone qui rend le pilote inutile, etc. Dans le cas d’Uber c’est le chauffeur de taxi qui devient superflu.

    L’intermédiaire n’est pas seulement un rouage dans une machine, rouage que l’on aurait intérêt à supprimer si cela devait rendre la machine plus efficace. Il est aussi une présence humaine qui rencontre une présence humaine, une vie qui féconde une vie. Bien des coiffeurs, bien des coiffeuses se demandent s’ils sont là d’abord pour être les confidents de leurs clientes ou pour leur faire une belle tête. Si on les remplace par des robots coiffeurs, comme la chose est déjà possible, qui nous dira si ce gain en productivité justifie la perte en humanité dont il est la cause?

    Quand ils sont protégés par un syndicat, une association ou une corporation, par des lois, écrites ou non écrites, les intermédiaires ne sentent pas toujours l’aiguillon de la nécessité; il y a place dans leur vie quotidienne pour du temps consacré à l’expression de leur humanité. C’est ce temps qui est l’âme, le ferment des sociétés.

    Veiller sur ce temps humain, non surveillé, non contrôlé, est l’une des premières responsabilités des gouvernements. Soit dit en passant, c’est pour protéger ce temps qu’en ce moment les médecins, au Québec, et ailleurs dans le monde, refusent de s’engager à voir toujours plus de patients chaque année.

    Vous voulez donc, m’objectera-t-on, arrêter le progrès pour protéger ce temps. Vous regrettez qu’on ait remplacé la diligence par le train? Certes non! Je constate toutefois qu’à mesure que les technologies se raffinent et se diversifient, elles ne s’imposent pas avec la même force que le train. Les chasseurs américains l’ont compris. Ils ont obtenu que dans plusieurs États le législateur interdise la chasse assistée par des drones!

    Note

    1-Qui commande dans le monde? C’est l’autorité qui est en cause ici et non la force. Quand Napoléon a occupé l’Espagne, il y a régné par la force, il n’y a pas commandé. La question que se pose Ortega y Gasset est la suivante : quelle puissance entraîne les autres dans son sillage et est digne de le faire L’Amérique? Voici sa réponse à cette question : «L'Amérique est forte par sa jeunesse, qui s'est mise au service de ce commandement contemporain appelé « technique », comme elle aurait tout aussi bien pu se mettre au service du bouddhisme, si celui-ci avait été à l'ordre du jour. Mais en agissant ainsi,: l'Amérique ne fait rien d'autre que de commencer son histoire. Maintenant vont commencer ses angoisses, ses dissensions, ses conflits ; elle devra subir maintes métamorphoses, parmi lesquelles il y en aura de bien opposées à la technique et à l'utilitarisme. L'Amérique est plus jeune que la Russie. J'avais toujours soutenu, dans la crainte d'exagérer, qu'elle était un peuple primitif camouflé par les dernières inventions Aujourd'hui Waldo Franck, dans sa Nouvelle découverte de l'Amérique, le déclare franchement. L'Amérique n'a pas encore souffert ; et il est illusoire de penser qu'elle puisse posséder les vertus nécessaires pour commander.» A-t-elle assez souffert depuis ?

    Date de création : 2015-03-12 | Date de modification : 2015-03-12
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