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Essentiel

Dans ce passage d'un essai intitulé El secreto de la vida, Unamuno évoque la façon dont certaines rencontres réveillent et révèlent en nous des régions de notre âme dont nous ignorions tout.

«Il y a longtemps, très cher ami, que mon coeur me supplie de t’écrire. Ni lui ni moi ne savons toutefois à quel sujet; nous sommes l’un et l’autre emportés par un irrésistible désir de parler avec toi sur le ton de la confidence, avec toi...et avec nul autre.
Tu m’as souvent entendu dire que chaque nouvel ami rencontré sur le chemin de la vie nous élève vers la perfection et nous enrichit, plus encore par ce qu’il nous révèle sur nous-mêmes que par ce qu’il nous donne. Il y a en chacun de nous un imprévisible spirituel, des coins perdus de l’âme, des lieux secrets et des replis dans la conscience; ils subsistent, inactifs et inertes; nous pouvons mourir sans qu’ils nous soient révélés à nous-mêmes, à défaut de ces personnes qui grâce à eux sont entrées en communion avec nous et qui, à la faveur de cette communion, nous les révèlent. Nous portons en nous des idées et des sentiments en puissance qui ne passeront de la puissance à l’acte qu’en présence de celui qui les éveille en nous. Chacun porte en soi un Lazare n’ayant besoin que d’un Christ qui le ressuscite. Malheur aux pauvres Lazare qui terminent sous la terre le cours de leurs amours et de leurs douleurs sans avoir croisé le Christ, qui lui dise : Lève-toi!

Et de même que certaines régions de notre esprit ne portent fleurs et fruits que sous le regard de tel ou tel esprit venu de la région éternelle correspondante, de même quand ce regard nous est voilé par l’absence, les mêmes terres de notre esprit le désirent comme le soleil désire toute terre pour y faire jaillir des plantes, des fleurs et des fruits. Et les petits lopins de mon esprit, qui perdirent leur stérilité quand je t’ai connu, que tu as fécondés de tes paroles, aspirent depuis quelque temps à être productifs. Voilà pourquoi je désirais t’écrire sans bien savoir à quel sujet.» (Trad. J.D.)

MIGUEL DE UNAMUNO, Ensayos, Tomo 1, Aguilar, Madrid, 1958, p. 829.

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