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    Impression du texte

    L'homme de la réconciliation

    Définition

    « L'homme, exilé sur la terre, est maintenant exilé de la terre ».G.T.

    En 1998, je publiais Après l'homme le cyborg? C'était un cri d'indignation accompagné de considérations métaphysiques sur le glissement – qui m'apparaissait irréversible – vers la posthumanité. Je laissais peu d'espoir à celui que j'appelle aujourd'hui l'homme de la réconciliation. Cet homme – dont la figure théorique est apparue dans l'histoire peu après celle de l'homme machine – , j'avais pourtant commencé à l'identifier dans un ouvrage de jeunesse, demeuré inédit, intitulé L'art de la greffe. C'était au début de la décennie 1970; on venait de réussir les premières greffes du cœur, ce qui permettait d'entrevoir les confirmations sensationnelles qu'allait recevoir la théorie du corps machine dans l'avenir. On voyait déjà apparaître à l'horizon cet être hybride, mi-chair mi-métal, ultime réussite de l'évolution, qu'on appellera cyborg, androïde, posthumain ou transhumain. À ces techniques de la greffe, j'ai éprouvé le besoin d'opposer un art de la greffe, consistant pour l'être humain à se greffer tout entier sur un milieu vivant, dans mon cas une campagne riante. J'obéissais à une intuition irrésistible, celle d'appartenir à une génération qui tomberait de l'arbre de la vie avant d'avoir mûri. Je ne me résignais pas à être un exilé de la terre, après avoir été exilé sur elle.

    C'était alors le cosmonaute qui symbolisait le mieux cet exil. Lecteur d'Ivan Illich, j'étais frappé par le fait que ce pilote de l'espace renonçait à son autonomie d'être vivant pour être gouverné de l'extérieur par des experts réunis dans une tour de contrôle. Je voyais cette perte d'autonomie s'étendre aux divers aspects de la vie, la marche elle-même, signe par excellence de l'autonomie, tombant en désuétude sous le choc des moyens de transport automobile.

    Au même moment toutefois, la question environnementale passait au premier plan. L'écologie s'imposait comme mouvement populaire tandis que la révolte contre ce qu'on appelait le système gagnait les campus américains, les rues de Paris, les collines de Woodstock. Certes, il était bien difficile de dégager de tous ces mouvements teintés de peace and love un modèle d'humanité qui puisse servir de contrepoids au modèle dominant porté par le progrès et dont les fondements théoriques se trouvaient déjà dans le corps machine de Descartes et l'homme machine de Lamettrie. Avec un peu d'attention on pouvait cependant voir apparaître un homme nouveau, différent de l'homme machine, bien qu'ayant ses racines dans un sol voisin et ayant lui aussi un destin à jamais lié à celui de la techno science.

    Cet homme de la réconciliation; c'est celui qui, après l'exil, après la rupture cartésienne avec la nature, a voulu rétablir consciemment, par une démarche réfléchie, un lien harmonieux avec elle. Auparavant, l'homme était immergé dans la nature, son lien avec elle allait de soi même si les formes inférieures de la vie, la jungle, les bêtes sauvages constituaient une menace permanente pour lui. Ce rapport s'est inversé. Pour l'homme de la réconciliation, la vie est devenue un idéal souvent doublé d'un objet de compassion. C'est paradoxalement à l'occasion d'une prouesse technique que s'acheva ce renversement. Nous étions les enfants de la vie; la vie est devenue notre enfant quand nous avons vu depuis l'espace la terre vivante, colorée, unique, fragile, au milieu des astres gris et morts.

    Léonard de Vinci

    L'homme de la réconciliation a lui aussi des assises théoriques lointaines et solides. Les plus dignes d'attention remontent à Rousseau et Goethe, à La Fontaine, et même à Léonard de Vinci, si l'on adhère à l'interprétation que donne Fritjof Capra de sa vie et de son œuvre. Vinci aurait-il deviné l'orientation réductrice qu'allait prendre la science à partir de Galilée et voulu mettre l'humanité en garde contre cet excès? C'est ce que Capra nous invite à penser. Il note que le maître subordonnait toujours la précision dans les détails à un regard d'ensemble, ce qui aide à comprendre pourquoi il considérait la peinture comme une science, le tableau étant par excellence le lieu de la subordination du détail précis à l'ensemble. Capra voit en Vinci le fondateur d'une science de la qualité et le précurseur de l'approche systémique. Si fasciné qu'il ait été par les machines, il a toujours subordonné des objets fabriqués par l'homme aux merveilles de la nature. « Au lieu, écrit Capra, de s'efforcer de dominer la nature, comme Francis Bacon voudra le faire au XVIIème siècle, Leonardo se proposait d'apprendre d'elle autant que possible. Il était profondément touché par la beauté qu'il voyait dans la complexité des formes, des modèles et des processus de la nature... et conscient du fait que son génie était bien supérieur à l'ingénierie humaine : '' bien que l'ingéniosité humaine dans diverses inventions utilise différents instruments aux mêmes fins '', elle ne découvrira jamais une invention plus belle, plus facile et plus économique que celle de la nature, parce que dans les inventions de cette dernière rien ne manque et rien n'est superflu ».

    Parmi les autres ancêtres de l'homme réconcilié, il ya d'abord La Fontaine . La Fontaine fut l'un des premiers à critiquer l'idée cartésienne du corps machine comme en fait foi son poème adressée à Mme de la Sablière

    « Ils (les cartésiens) disent donc
    Que la bête est une machine;
    Qu'en elle tout se fait sans choix et par ressorts ».


    Comme dans une montre, ajoute la Fontaine, pour poser ensuite la question qui vient logiquement à l'esprit : Et nous?

    Nous les humains? Selon les cartésiens, n'avons-nous pas un corps qui lui aussi est une machine, comme la bête? On sait que Descartes rétablissait la dignité de l'homme en lui attribuant une pensée qui, bien que séparée du corps, agissait sur lui par le biais de la glande pinéale. Cette thèse n'avait manifestement pas emporté l'adhésion de La Fontaine.

    Sa réponse à sa propre question est empreinte d'ironie et de scepticisme.

    « -Et nous? C'est autre chose ».

    Il semblait avoir compris que, tôt ou tard, inévitablement, on passerait de l'idée du corps machine, à l'idée de l'homme machine. Ce saut c'est Lamettrie qui le fera un siècle plus tard : « Si l'animal sent, perçoit, se souvient, compare et juge sans l'aide d'une âme immatérielle et par le simple fait de son organisation nerveuse et cérébrale, il n'y a pas de raison pour en accorder une à l'homme, dont les facultés ne sont que celles des animaux à un degré de prévoyance supérieur ».( L'homme machine)

    Il faut noter également qu'en comparant constamment les hommes aux animaux, La Fontaine, sans détrôner l'homme, le rapprochait de l'ensemble des êtres vivants. Ce rapprochement annonce Rousseau qui souvent, dans son œuvre, se montrera sensible à la nature et à la vie et qui dans le Discours sur les arts fera la critique de ce que son contemporain et compatriote Condorcet appellera le progrès. Tout en admirant Rousseau, Goethe approfondira et explicitera les intuitions de La Fontaine sur la rupture entre la matière et la pensée : « La séparation entre l'esprit et le corps, l'âme et le corps, Dieu et le monde, avait été accomplie. [...] En bannissant la téléologie, on avait privé la nature d'entendement; on n'était pas prêt à la doter de raison, et elle demeura finalement privée de l'esprit. Ce qu'on lui demandait, c'était des services techniques, mécaniques, et on finit par ne la trouver saisissable qu'en ce sens ».

    L'homme nouveau du Romantisme

    Dans le sillage de Rousseau et de Goethe, le mouvement romantique ébauchera le caractère de l'homme nouveau, lequel introduira dans son style les couleurs et la spontanéité de la vie et cherchera dans la nature un remède aux maux d'une ville noircie par le charbon de la révolution industrielle. Au XIXe siècle toutefois, la machine n'en est encore qu'au début de son œuvre.Mais certaines questions qui deviendront cruciales plus tard, celle du règne de la quantité et du formalisme qui l'accompagne, se posent déjà avec une étonnante précision, dans l'œuvre de Victor Hugo notamment. Voici quelques passages d'un long poème sur le calcul et le chiffre où Hugo présente le règne de la quantité comme le prélude théorique au désenchantement du monde.


    Vision de l'abstrait que l'œil ne saurait voir!
    [...]
    Dans l'étendue où rien ne palpite et ne vibre
    Espèce de squelette obscur de l'équilibre,
    L'énorme mécanique idéale construit
    Ses figures qui font de l'ombre sur la nuit.
    [...]
    La pensée, ici perd, aride et dépouillée,
    Ses splendeurs comme l'arbre en janvier sa feuillée,
    Et c'est ici l'hiver farouche de l'esprit.
    Le monde extérieur se transforme ou périt,
    Tout être n'est qu'un nombre englouti dans la somme;
    Prise avec ses rayons dans les doigts noirs de l'homme,
    Elle-même en son gouffre où le calcul l'éteint,
    La constellation que l'astronome atteint,
    Devient chiffre, et, livide, entre dans sa formule.
    L'amas des sphères d'or en zéros s'accumule.

    Victor Hugo est pourtant un chantre du progrès, ce qui donne à penser que le glissement de l'homme vers la machine ne l'inquiète pas vraiment, même s'il éprouve une horreur sacrée devant la façon dont l'énorme mécanique idéale se construit. Aux yeux d'Alfred de Vigny, moins optimiste, la crainte se précisera toutefois. On ne peut pas, disait-il, avoir les chemins de fer constamment dans son champ de vision sans finir par leur ressembler :

    Ainsi jetée au loin, l'humaine créature
    Ne respire et ne voit, dans toute la nature,
    Qu'un brouillard étouffant que traverse un éclair.
    [...]
    La distance et le temps sont vaincus. La science
    Trace autour de la terre un chemin triste et droit.
    Le Monde est rétréci par notre expérience
    Et l'équateur n'est plus qu'un anneau trop étroit.
    Plus de hasard. Chacun glissera sur sa ligne,
    Immobile au seul rang que le départ assigne,
    Plongé dans un calcul silencieux et froid.

    Vigny est un aristocrate encore attaché à ses traditions. Si l'on peut voir en lui un précurseur de tous ceux qui en ce début du XXIe siècle font l'éloge de la lenteur – adieu voyages lents! – il faut convenir que la machine et sa vitesse faisaient encore rêver la majorité de ses contemporains. C'est seulement dans le contexte créé au XXe siècle par le mouvement écologique que la question du sort fait à la nature et à la vie deviendra un souci pour la majorité. Le lien entre le mouvement romantique et le mouvement écologique est toutefois direct même si la jonction entre les deux a pris des formes diverses, à des moments différents, selon les pays.

    Aux États-Unis, un écologiste aussi influent que Paul Hawken, se réclame de Thoreau et d'Emerson, eux-mêmes lecteurs de Goethe, dans un livre, Blessed Unrest, où il appelle de ses vœux le succès de la myriade de groupes de réformateurs à l'œuvre dans le monde. Jeremy Rifkin, dans Empathy, se réclame aussi de Goethe. On peut trouver sur Internet d'excellentes études sur Goethe et Thoreau, dont celle de Christina Root: A Proteus Within: Thoreau's Practice of Goethe Phenomenology.

    En Allemagne, on peut considérer Ludwig Klages comme le dernier des romantiques en même temps que le premier des écologistes. En France, dès la décennie 1930, Bernard Charbonneau opérera une transition semblable même si on ne peut pas le rattacher au romantisme aussi formellement qu'on peut le faire dans le cas de Klages.

    Homme machine vs homme instinctif


    Après la guerre de 1939-45, l'ensemble du processus s'accélérera. Nous avons déjà évoqué les grands événements qui marquèrent la décennie mil neuf cent soixante. Pendant que les étudiants américains se révoltaient, l'homme machine triomphait dans leurs classes de psychologie. Dans le cadre de l'approche béhavioriste, l'être humain était présenté comme étant à l'origine une table rase sur laquelle on pouvait construire par voie de conditionnement une personnalité humaine. Et on n'en était plus, comme au temps de Lamettrie, à un homme machine purement théorique et littéraire. Par le biais des ouvrages de psychologie destinés au grand public, ce modèle – ainsi que les règles et les thérapies qui l'accompagnaient – entrait dans la vie quotidienne des gens. On pouvait observer une accélération semblable dans ce que l'on pourrait appeler les représentations dénaturantes de l'être humain, dont la statuette appelée Oscar, emblème du cinéma américain, est l'exemple parfait : elle est sans visage et à l'ombre d'une épée aussi grande qu'elle. Pour bien comprendre ce qu'il faut entendre ici par représentations dénaturantes, il faut se souvenir du soin extrême que Vinci mettait à se pénétrer des formes et des proportions des êtres vivants : hommes, animaux ou paysages qu'il voulait dessiner. Il ne lui serait jamais venu à l'esprit qu'on puisse représenter l'être humain, ce microcosme, sous la forme de dessins animés plus ou moins grotesques, d'organes mal ajustés les uns aux autres, de schémas, de pictogrammes ou de fils de fer évoquant le squelette. Ajoutons qu'à chaque lancement d'une navette spatiale, le cosmonaute revenait à la une des médias dans son habit de cyborg.

    Si l'on avait une conscience de plus en plus vive de la menace qui pesait sur les êtres vivants, sur les hommes en particulier, on était pourtant encore bien loin de pouvoir poser clairement la question cruciale : quand la vie a déserté un milieu vivant, peut-elle y revenir et si oui, à quelles conditions? Au cours de la décennie mil neuf cent soixante-dix surtout, on vit se multiplier les réponses naïves à cette question. Était-ce la conséquence des événements de mil neuf cent soixante-huit? On se sentait écrasé par le poids des institutions dans les nations et les cités, par celui de la morale sur le plan personnel. Par delà ces strates de rationalité, ou plutôt en-deça, on espérait retrouver la spontanéité des instincts ou celle de la sociabilité traditionnelle. On lisait Éros et civilisation d'Herbert Marcuse et Montaillou, village occitan de Le Roy Ladurie. D'étranges impératifs issus des centres de croissance personnelle ou des divers mouvements de contestation envahirent les mentalités : « Il faut être spontané, naturel, il faut être bien dans sa peau, il faut se défouler... il faut ranimer la sociabilité traditionnelle, retrouver le sens de la fête ». « Il faut recréer l'esprit de voisinage », déclarait Jerry Brown, le jeune gouverneur de la Californie. On semblait croire que la vie pouvait renaître d'un décret de la raison humaine, oubliant la règle d'or : la vie ne peut naître que de la vie.

    Triomphe de l'homme machine?


    Une telle pensée magique ne pouvait s'imposer que dans la mesure où, bien que déjà soucieux des atteintes à l'environnement, nous tardions, nous les êtres humains, à nous rendre à l'évidence que la menace pesait aussi sur nous et sur nos communautés. Mais aujourd'hui, cette menace est si facile à identifier que nous ne risquons plus d'offenser l'homme exilé en l'appelant l'homme machine puisqu'il se montre lui-même fier de ce titre. Il a quitté les romans et les films de science fiction, de même que les ouvrages théoriques de Lamettrie à Skinner pour s'identifier, non plus seulement à l'humanité au sens abstrait du terme, mais à l'individu concret. Ou plutôt l'individu concret est allé à sa rencontre. « Que la technologie nous dévore ou que nous dévorions la technologie revient au même. Nous sommes en train devenir des machines, alors même que les machines sont en train de devenir nous-mêmes » écrit Bruce Benderson. Tous les signes d'un glissement vers le pôle machine se sont accentués depuis mil neuf cent-soixante, comme en font foi ces sous-titres glanés dans un ouvrage récent sur le sujet : « robot sapiens, stimulateurs cardiaques, jambe bionique, redonner la vue... sans fil, le corps humain, un sac à puces, le mariage du cerveau et de l'ordinateur, soma sapiens ou l'homme pharmaceutique, l'homme un être biochimique, stréroïdes pour le cerveau, l'homme éternel, refuser l'inévitable, la fin de la mort, le diagnostic préimplantatoire, le charme de la chirurgie plastique, le meilleur des corps...»

    Peu de gens sérieux prennent au sérieux Ray Kurzweil, ce savant doublé d'un futuriste qui annonce l'homme machine comme les prophètes de l'Ancien Testament annonçaient le messie. Il n'empêche qu'on le publie, qu'on le traduit, qu'on le lit et qu'on le commente, ce qui a pour effet de familiariser les gens avec des horreurs qui devraient provoquer chez eux un rejet indigné et sans appel. Interrogé sur l'aptitude à l'amour de ses robots, il répond : « Les machines peuvent combiner leurs ressources, leurs intelligences et leurs souvenirs. Deux machines – ou un million – peuvent se combiner pour devenir une unité et se séparer à nouveau. Les machines multiples peuvent faire les deux à la fois : elles peuvent s'unir et se séparer simultanément. Les êtres humains appellent ça l'amour ».

    Commentaire de celui qui le cite, Bruce Benderson : « Pour lui, la règle d'or semble être un principe mathématique ». « Le fou disait Chesterton est celui qui a tout perdu sauf la raison ». À quoi Bruce Benderson fait écho en termes non équivoques : « Nous sommes déjà engagés sur le chemin qui mène à la fin de l'incarnation de notre espèce telle que nous la connaissons depuis toujours […] De même que les machines actuelles n'ont besoin ni de chair ni de sang, mais seulement d'un structure jouant le rôle de squelette, nous serons des appareils mécaniques, qui permettront le mouvement en cas de besoin, animés par quelque forte électronique d'énergie ». Si Benderson peut décrire de tels êtres avec une telle assurance c'est parce qu'il les a vus, à des centaines d'exemplaires sur Internet. Pami les récents robots japonais, on peut voir une jeune femme de vingt ans capable de sourire et de chanter. Elle est l'oeuvre du professeur Prof. Hiroshi Ishiguro de l'Université d'Osaka.

    Il faut toutefois éviter d'attacher trop d'importance à des personnages comme Benderson et son maître Kuzweil, caricaturaux et un peu trop soucieux de leur image et de leur valeur marchande. Le plus grand danger n'est pas dans les figures extrêmes qu'ils présentent. Il a déjà pénétré en chacun de nous à des degrés divers sous la forme de tendances que l'on peut situer sur plusieurs plans: moral, psychologique, intellectuel, économique, social, religieux.

    Moral : tendance à substituer un remède agissant mécaniquement de l'extérieur à ce qu'on appelait la force d'âme. Ce remède ne prend pas nécessairement la forme d'une substance chimique qui modifie l'organisme. Il peut consister à s'adonner aux jeux vidéos de façon compulsive.

    Psychologique : tendance à dissocier la conscience des sentiments, incapacité de faire correspondre des mots à des émotions, bonheur trouvé dans la solution de problèmes objectifs, inaptitude aux rapports intersubjectifs. Ce sont là les principaux symtômes de l'alexithymie, la névrose du XXIe siècle.

    Intellectuel : tendance à se complaire dans le formalisme, l'univers des chiffres et autres signes purs; d'autre part, engouement pour ce qu'on appelle l'intelligence collective, dont on a tout lieu de croire qu'elle consiste à se laisser gagner par la fièvre collective au détriment du seul véritable exercice de l'intelligence : l'exercice individuel.

    Économique: tendance à accroître la productivité dans les usines et les bureaux en réduisant les travailleurs à leur rôle d'agents économiques, amputés des sentiments et des pensées qui les relient à leur famille, à leurs amis, à la nature. Cela équivaut à les traiter comme des robots.

    Social : Tendance à se satisfaire d'une sociabilité désincarnée comme celle des médias sociaux.

    Religieux : Tendance, particulièrement manifeste dans les sectes fondamentalistes, à appliquer la vision mécaniste du monde à la vie intérieure: Si vous faites, dites ou pensez telle ou telle chose, votre salut est assuré.

    Même s'il y a de plus en plus de signes auxquels on peut les reconnaître, il n'existe pas de type pur des deux antagonistes : l'homme réconcilié et l'homme exilé. Ils empruntent l'un à l'autre plusieurs traits et plusieurs comportements. La vue d'ensemble nous fait toutefois découvrir deux trajectoires bien distinctes entre lesquelles la plupart des situations dans lesquelles nous nous trouvons nous obligent à choisir. Que nous choisissions un sport, un travail, un lieu de destination, un partenaire, un spectacle, notre choix implique presque toujours une orientation vers l'un ou l'autre modèle.

    Le plus souvent hélas! nous ne tenons pas compte de cette orientation tout simplement parce que nous ignorons les menaces qui pèsent sur la vie. Nous nous croyons libres alors que nous sommes incapables de distinguer les deux branches de l'alternative, cruciale en ce moment de l'histoire. Il faut préciser les conditions du retour de la vie... et à la vie, éclairer les situations où, consciemment ou non, nous prenons le parti de la vie ou celui de la machine.


    La vie renaît de la vie
    Il nous faut avant tout faire en sorte que la vie ne se retire pas, et pour cela appliquer jour après jour le premier principe d'Hippocrate: d'abord ne pas nuire. Quant au reste, nous savons que la vie renaît de la vie, certes, mais nous savons aussi depuis des temps immémoriaux, par l'expérience du jardinage et de l'éducation, que nous pouvons soutenir les êtres vivants dans leur croissance autonome. Nous savons aussi que les systèmes vivants – organismes individuels, villes, maisons, écosystèmes – sont capables de résilience. Il nous faut apprendre à ne pas nuire à ce processus naturel et en favoriser le cours par des interventions subtiles aussi éloignées que possible des procédés rationnels de l'ingeniering.

    Enjeux

    La distance et le temps sont vaincus. La science
    Trace autour de la terre un chemin triste et droit.
    Le Monde est rétréci par notre expérience
    Et l'équateur n'est plus qu'un anneau trop étroit.
    Plus de hasard. Chacun glissera sur sa ligne,
    Immobile au seul rang que le départ assigne,
    Plongé dans un calcul silencieux et froid. (Vigny)

    Essentiel

    La vie renaît de la vie
    Il nous faut avant tout faire en sorte que la vie ne se retire pas, et pour cela appliquer jour après jour le premier principe d'Hippocrate : d'abord ne pas nuire. Quant au reste, nous savons que la vie renaît de la vie, certes, mais nous savons aussi depuis des temps immémoriaux, par l'expérience du jardinage et de l'éducation, que nous pouvons soutenir les êtres vivants dans leur croissance autonome. Nous savons aussi que les systèmes vivants – organismes individuels, villes, maisons, écosystèmes – sont capables de résilience. Il nous faut apprendre à ne pas nuire à ce processus naturel et en favoriser le cours par des interventions subtiles aussi éloignées que possible des procédés rationnels de l'ingeniering.

    Date de création : 2012-04-18 | Date de modification : 2013-01-26
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