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    Impression du texte

    Le biomimétisme

    Avec sous-titres français

    Définition

     

    L’art d’imiter la nature
    Le biomimétisme
    Andrée Mathieu et Moana Lebel

    Éditions MultiMondes, 2015

    Commentaire de Jacques Dufresne


    Si vous aviez cherché biomimétisme sur Internet il y a dix ans, votre premier choix aurait sans doute été le dossier sur le sujet de l’Encyclopédie de l’Agora. Notre amie et collaboratrice Andrée Mathieu rentrait tout juste des États-Unis où, lors d’un colloque, elle avait rencontré Janine Benyus, pionnière dans ce domaine et auteur de Biomimicry : Innovation Inspired by Nature.1 Nous ne connaissions pas de traduction française du mot Biomimicry. Nous avons choisi biomimétisme. D’autres l’avaient-ils choisi avant nous? Nous n’en savions rien. Nous constatons seulement que cette nouvelle discipline a mis du temps à s’imposer dans le monde francophone. Le livre fondateur n’a été traduit en français qu’en 2011.2

    Imiter un phénomène particulier


    On peut imiter un phénomène particulier. Les méduses projettent de l’eau à l’arrière de leur corps ce qui, par réaction, leur transmet une poussée vers l’avant. Voici le moteur d’avion à réaction. Le livre est rempli d’exemples de ce genre qui apprendront quelque chose à la plupart des lecteurs, même les plus instruits.

    Le TGV japonais Shinkanzen faisait un bruit infernal en entrant dans un tunnel étroit. «Les designers savaient que la forme du nez du train affectait la résistance de l’air. Ils se sont demandé s’il existait dans la nature un animal qui devait effectuer une transition rapide entre deux milieux de densités très différentes. L’ingénieur Nakatsu, qui dans ses moments de loisir était un ornithologue averti, a immédiatement pensé au martin-pêcheur. En effet, pour attraper un poisson, l’oiseau doit pénétrer à grande vitesse dans l’eau qui offre une résistance beaucoup plus grande que l’air. Ingénieurs et designers ont donc redessiné le devant du train en imitant la tête et le bec en forme de biseau du martin-pêcheur, avec un résultat inespéré. Non seulement ont-ils réglé le problème du bruit, mais ils ont obtenu une augmentation de la vitesse de 10 %, tout en faisant des économies d’énergie de 15 %, car l’air comprimé, offrant une plus grande résistance au mouvement, exigeait davantage d’énergie dans les tunnels. Le train Shinkansen peut maintenant atteindre une vitesse de 300 km/h sans incommoder ses voisins ni ses passagers.»

    Imiter un système vivant.

    On peut imiter un écosystème.« L’exemple classique d’imitation d’un écosystème dans l’industrie est la symbiose industrielle de la petite ville portuaire de Kalundborg au Danemark. Ce réseau, qui comprend six partenaires industriels et un acteur public, s’est développé spontanément pendant une trentaine d’années. Tout a débuté en 1961 quand la raffinerie Statoil s’est installée dans la ville. Une raffinerie a besoin d’une grande quantité d’eau de refroidissement, alors les premières conduites de la symbiose ont relié Statoil et un lac à proximité, selon une entente signée avec la Municipalité. En 1972, Statoil a conclu un accord pour fournir son gaz excédentaire à Gyproc, une usine locale de placoplâtre qui a besoin d’énergie pour le séchage des panneaux de gypse qu’elle fabrique. Ensuite, la centrale thermique Asnaes s’est reliée à Statoil pour obtenir de l’eau de refroidissement et pour lui fournir de la vapeur, en plus d’approvisionner la ville, une pisciculture élevant des turbots et une entreprise de biotechnologie pour le fonctionnement de ses fermenteurs. Avec les années, la centrale a développé ses échanges; elle fournit une entreprise de ciment avec ses rejets de cendre et aussi Gyproc avec du gypse résultant de son processus de désulfuration de ses émissions gazeuses polluantes. Gyproc cesse donc d’importer du gypse naturel, jusqu’alors en provenance d’Espagne, réduisant ainsi ses coûts de transport et d’extraction autant que la pollution qui y est associée. Au fil des années d’autres entreprises, comme une usine de dépollution des sols, se sont ajoutées aux échanges, et c’est en 1989 que le terme « symbiose industrielle » a été utilisé pour la première fois pour décrire cette collaboration. Aujourd’hui, on dénombre plus de trente flux d’échanges entre les partenaires. »

    Imiter un écosystème évolutif

    On peut enfin imiter un écosystème évolutif, c’est-à-dire une vie, celle d’un lac, celle d’un animal, celle aussi d’une personne humaine. Quelques exemples de ce genre auraient donné un supplément d’âme au livre. Mais qu’à cela ne tienne, je trouve le meilleur exemple d’une telle imitation dans la biographie de l’auteure principale du livre, Andrée Mathieu. Qui donc a écrit que l’homme est un spécialiste de la non spécialisation? Ce pourrait être Konrad Lorenz. La spécialisation certes est nécessaire pour le développement des sciences, mais elle peut être funeste pour le développement humain. Se spécialiser à outrance, c’est-à-dire au mépris de la culture générale, c’est réduire sa vie intellectuelle, avec sa variété, ses virages inattendus, à une carrière rectiligne. Andrée Mathieu a d’abord été professeure de physique dans un collège, c’était un beau début de carrière. Par la suite, elle s’est initiée à la vie politique en devenant secrétaire d’un ministre. Une belle carrière de fonctionnaire s’ouvrait ainsi à elle. Elle préféra alors se joindre à la fragile équipe de l’Agora, où les occasions d’apprendre étaient mieux assurées que les revenus. Elle évita le supplice d’un doctorat en communication pour satisfaire, au gré des événements, les diverses formes de son inextinguible soif de savoir : ethnologue avec ses amis Maoris en Nouvelle-Zélande, physicienne et écologiste avec Fritjof Capra et son institut d’Ecological Literacy, biologiste et technicienne avec Janine Benyus, s’inscrivant sans préavis à un colloque tenu aux antipodes sur un sujet aussi nouveau que le biomimétisme. À un moment de la vie, où au Québec on ne songe qu’à mieux assurer ses vieux jours, elle consacre une année de sa vie à un livre sur le biomimétisme destiné aux jeunes. Un peu moins de carrière, un peu plus de vie intellectuelle, ne vous semble-t-il pas que c’est la meilleure voie à suivre pour conserver la terre vivante?

    Nihil novi sub sole

    L’imitation de la nature n’est pas une chose nouvelle, elle est plutôt la règle pour ce qui est de l’art, comme en témoigne l’importance du rythme dans tous les arts. Saint Bernard a dit que c’est la contemplation d’une forêt de chênes qui l’a inspiré en tant qu’architecte, sans le titre, des plus beaux monastères d’Europe. L’imitation de la nature est aussi en principe la règle pour ce qui est de la technique. «L’homme, disait Francis Bacon, ne commande à la nature qu’en lui obéissant.» Il lui a désobéi hélas! sur un point essentiel, la limite, la mesure. Et c’est cette démesure qui est la cause des principaux maux causés par la technique. L’originalité du biomimétisme c’est qu’il s’inscrit dans le vaste réseau de la vie au lieu de désigner des initiatives humaines ponctuelles. La page sur la philosophie du biomimétisme commence ainsi : «La nature n’est certainement pas qu’un simple catalogue de solutions techniques. Le biomimétisme ne se contente pas de transposer les solutions élaborées par les êtres vivants, il se distingue des efforts du passé pour assujettir la nature par sa profonde conviction que l’humanité fait partie de la biosphère, comme toutes les autres espèces qui possèdent le même droit intrinsèque de vivre.»

    Nous sommes à ce point tournés vers l’aspect pratique des choses, vers leur instrumentalisation que nous ne les contemplons jamais pour elles-mêmes. Les nids de guêpe, par exemple, nous font peur, nous ne songeons qu’à le détruire quand nous en apercevons un près de notre maison. Ignorants! Ce nid de guêpes, il faudrait au contraire le soupeser délicatement, quand il est plein, puis quand il est vide et mesurer la différence. Il ne pèse rien quand il est vide. J’en ai un à portée de la main, de la taille d’un pamplemousse : il est plus léger que le souffle qui le déplace. Merveille en soi, grande merveille pour une biologiste comme Janine Benyus : voici une maison plus légère que ses habitants. Voici le papier le plus léger du monde. Le plus grand mérite de ce livre est paradoxal : il séduit notre regard intéressé par l’aspect pratique des choses pour le transformer en un regard purement contemplatif.

    1-Janine M. Benyus, Sept. 1, 1997, (ISBN 0060533226)
    2- Biomimétisme : Quand la nature inspire des innovations durables Janine M. Benyus, Rue de l'échiquier, mai 2011

    Date de création : 2015-10-15 | Date de modification : 2015-10-16
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