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    Impression du texte

    La conception systémique de la vie

    Définition

    «Un jour comme celui-ci, je prends conscience de ce que je vous ai dit en cent occasions – que le monde est très bien comme il est. Ce qui ne va pas, c’est notre manière de le regarder». Henry Miller, Un Diable au paradis


    La Conférence de Paris sur les changements climatiques a pour objectif la signature d'un nouvel accord universel pour "stabiliser les concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre à un niveau qui empêche toute perturbation humaine dangereuse du système climatique"1. Il faut prendre conscience du fait que le "danger" dont il est question ici concerne les conditions essentielles à la vie sur notre planète. Pour vraiment éviter la menace que les changements climatiques font peser sur la vie, l'accord ne devra pas porter exclusivement sur les aspects techniques de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais les participants devront s'entendre pour modifier leurs sociétés de telle sorte que leurs modes de vie, leur économie, leurs organisations, leurs infrastructures et leurs technologies n'interfèrent pas avec la capacité de la nature à soutenir la vie. Or, nos jugements, nos décisions, nos comportements et nos méthodes reflètent notre façon de comprendre le monde dans lequel nous vivons. Pour arriver à un consensus efficace à Paris, il est donc essentiel que les participants partagent la même conception de la vie.

    Changement de paradigme

    Un paradigme peut être défini comme une représentation du monde. Le physicien, philosophe et historien des sciences américain Thomas Samuel Kuhn a été le premier à employer ce terme pour désigner le cadre conceptuel d'une communauté scientifique. Selon lui, les révolutions scientifiques se produisent durant les périodes où coexistent au moins deux paradigmes. Nous vivons une telle époque dans les sciences de la vie. Il y aura changement de paradigme quand le plus ancien cadre conceptuel sera remplacé par le nouveau.

    Entre le tout et les parties

    Tout au long de l'Histoire, la conception de la vie a oscillé entre le tout et les parties. On l'a qualifiée de mécaniste, réductionniste ou atomiste lorsqu'elle a fait porter l'accent sur les parties, et de holistique, organique ou écologique lorsqu'elle a mis l'accent sur le tout.

    Le premier règne du tout

    Pour les plus anciens philosophes grecs, les présocratiques, le monde est un tout vivant qui se développe et se transforme sous l'action d'une force interne. Toutes les parties contribuent au fonctionnement harmonieux du tout (holisme), dont les propriétés se reflètent dans chacune des parties.

    Une des premières écoles de philosophie en Occident est celle des milésiens, dont le maître est Thalès de Milet, considéré comme le premier philosophe de la nature. Il s'interroge sur la destinée de l'homme et sur son rapport à son environnement. Pour Anaximandre, son disciple, la nature est façonnée par l'opposition entre des couples de qualités contraires tels le chaud et le froid, l'humide et le sec, le léger et le lourd, etc. Avec Héraclite, cette idée se précise. Selon lui, l'unité des phénomènes visibles provient du mouvement perpétuel de lutte entre les aspects opposés des éléments. En termes systémiques, on peut dire que cet antagonisme est responsable de l'auto-organisation d'un tout profondément harmonieux.

    L'école pythagoricienne s'inscrit à la suite des auteurs présocratiques. Pour Pythagore, les nombres, qui désignent essentiellement des relations et des proportions, sont la source de toute chose. La recherche du "modèle", de la proportion parfaite, qui donne naissance à une forme, un système ou un pattern avant la lettre, est le fondement de sa théorie de l'Harmonie des sphères ou Musique des sphères.

    Au Vème siècle av. J.-C., Empédocle explique la formation des organismes individuels et l'évolution des espèces vivantes par les interactions entre quatre éléments – l'air, l'eau, la terre et le feu – et deux principes dynamiques, l'amour et la haine (attraction, répulsion). Un demi-siècle plus tard, Démocrite rend compte de la formation des organismes et de tous les phénomènes vitaux sans faire intervenir aucune force intérieure. Il les explique par un mécanisme d'interactions entre les atomes de diverses formes et dimensions qui composent la matière (atomisme). Pour la première fois, l'attention se déplace du tout vers les parties (atomes). Mais cette conception de la vie contraste tellement avec la vision dominante qu'elle restera en arrière-plan pendant tout le Moyen Âge et la Renaissance, et ne refera surface qu'au XVIIème siècle avec la science de Newton.

    Dans le Timée, Platon renoue avec les présocratiques. Au-delà du macrocosme, il traite aussi du microcosme, de l'origine et de la nature des êtres vivants, de l'homme et de la société. Il offre une vision politique basée sur un modèle d'organisation qui est fondé sur sa vision du monde. Véritable canon de transdisciplinarité, le Timée aborde d'autres domaines comme les mathématiques, la biologie, la chimie, la médecine, la psychologie, la politique et la religion. Il établit la correspondance entre le macrocosme et le microcosme, particulièrement entre la terre et le corps humain. "Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas" est une formule appartenant à la Table d'émeraude, un texte attribué à Hermès Trismégiste, fondateur mythique de l'alchimie. Cette idée se perpétuera au Moyen Âge et à la Renaissance. Platon lie le monde concret à celui des idées par l'intermédiaire de l'Âme. Il considère l'âme individuelle comme une partie de la force vitale, l'anima mundi ("Âme du monde") qui anime l'univers (animisme), et les connaissances individuelles font partie du processus universel de la connaissance.

    Au IVème siècle av. J.-C., Aristote fonde la biologie comme science des "corps animés" (empsycha somata). Il synthétise et organise le savoir scientifique de l'Antiquité, jetant les bases de la pensée occidentale des deux prochains millénaires. Le Moyen Âge sera le règne de la pensée d'Aristote et de Saint Thomas d'Aquin, ce dernier tentant de réconcilier la philosophie d'Aristote avec la perspective chrétienne (scolastique). Si la vision du monde devient plus cohérente, l'inconvénient de cette fusion de la science et de la théologie est que toute nouvelle hypothèse scientifique sera vue comme une hérésie. Entre le Moyen Âge et l'ère moderne, la Renaissance est une période d'intense exploration, autant des textes classiques récemment redécouverts que des nouveaux continents. La méthode d'observation, négligée pendant le Moyen Âge, y joue un rôle grandissant dans les discussions relatives à la vie. La dissection et la vivisection feront mieux connaître la structure intérieure des êtres vivants et les actions internes par où la vie se maintient.

    Le début du règne des parties

    Aux XVIème et XVIIème siècles, la vision médiévale du monde, basée sur la philosophie d'Aristote et la théologie chrétienne, cède le pas à la vision mécaniste du monde apportée par des changements spectaculaires en physique et en astronomie. On a donné à cette époque le nom de Révolution scientifique. L'univers vivant est remplacé par un monde-machine (mécanisme), métaphore qui dominera jusqu'au XXIème siècle. Ce cadre conceptuel développé par Galilée et René Descartes – le monde comme machine parfaite gouvernée par des lois mathématiques précises – triomphe avec la grande synthèse d'Isaac Newton. Appliqué au vivant, le mécanisme cartésien soutient que les lois de la biologie peuvent se réduire à celles de la physique et de la chimie (réductionnisme). C'est le triomphe des parties sur le tout. Descartes résume ce dogme dans les dernières lignes du Traité de l'homme:

    Je désire, dis-je, que vous considériez que ces fonctions suivent toutes naturellement, en cette machine, de la seule disposition de ses organes, ni plus ni moins que font les mouvements d'une horloge, ou autre automate, de celle de ses contrepoids et de ses roues; en sorte qu'il ne faut point à leur occasion concevoir en elle aucune autre âme végétative, ni sensitive, ni aucun autre principe de mouvement et de vie, que son sang et ses esprits, agités par la chaleur du feu qui brûle continuellement dans son coeur, et qui n'est point d'autre nature que tous les feux qui sont dans les corps inanimés.

    Une oscillation entre le tout et les parties

    À la fin du XVIIIème siècle, la première forte opposition à la vision mécaniste et cartésienne du monde vient du mouvement romantique en art, en littérature, en musique, en philosophie, en science et en droit. En Angleterre, le poète mystique William Blake résume ses critiques en deux lignes qui sont devenues célèbres:

    Dieu nous garde
    De la vision simple et du sommeil de Newton!

    Pour les romantiques allemands, la raison scientifique doit être guidée par un jugement esthétique. À la conception mécaniste de la vie, ils opposent une sorte de vitalisme généralisé, une façon "organique" d'interpréter la nature. Selon la biologie romantique, les formes vivantes présentent certains types organiques fondamentaux, souvent appelés "archétypes", qui sont sujets à des variations graduelles. Charles Darwin avouera que cette conception romantique a joué un rôle central dans la genèse de sa théorie de l'évolution.

    Au moment où l'évolution remet en cause l'idée d'un monde-machine sorti entier des mains d'un créateur, l'application de la mécanique de Newton à l'étude des phénomènes thermiques conduit les physiciens à énoncer les lois de la thermodynamique, dont celle de l'entropie qui affirme que, même si l'énergie totale est conservée, l'énergie utile diminue constamment car elle est dissipée, notamment sous forme de chaleur. Cette sombre image d'un monde évoluant vers le désordre s'oppose radicalement à l'idée de l'évolution biologique où le vivant progresse vers toujours plus d'ordre, vers des états de plus en plus complexes. Le paradigme mécaniste est entré en crise.

    Au XIXème siècle, la formulation de la théorie cellulaire par Rudolf Virchow, les débuts de l'embryologie moderne, la naissance de la microbiologie, dominée par Louis Pasteur, la découverte des lois de l'hérédité et les progrès de la biochimie convainquent les biologistes que toutes les propriétés et les fonctions des organismes vivants pourront un jour être expliquées par les lois de la physique et de la chimie. C'est le retour en force de l'étude des parties pour la compréhension de la vie. Mais rapidement les chercheurs se rendent comptent qu'elles ne suffisent pas à expliquer le fonctionnement de la cellule, ce qui entraîne une nouvelle opposition à la conception mécaniste de la vie, celle de l'organicisme. Pour les biologistes de cette école, la vie est le résultat de l'organisation. Un être vivant est un tout intégré dont les propriétés essentielles ne peuvent pas être réduites à celles de ses parties; elles émergent des interactions et des relations entre ces parties. C'est la naissance de la pensée systémique en biologie, une nouvelle façon de comprendre la vie en termes de connexions, de relations et de contextes.

    Les biologistes redécouvrent l'importance du tout dans les organismes et les communautés d'organismes, et une nouvelle science voit le jour, l'écologie. Avec la notion d'écosystème, la pensée systémique s'introduit en écologie. Ainsi, avant la fin des années 30, presque tous les critères de la pensée systémique ont été formulés par les biologistes de la théorie organismique. Mais avec la génétique, l'attention se déplace à nouveau vers les parties. Poussant l'exploration des phénomènes de la vie à des niveaux de plus en plus petits, les biologistes préparent le triomphe de la biologie moléculaire. Cette idée que toutes les fonctions biologiques peuvent être expliquées en termes de structures moléculaires et de mécanismes est encore présente aujourd'hui. Mais bien qu'ils connaissent précisément la structure de nombreux gènes, les biologistes moléculaires ont tôt fait de se heurter aux limites de leur approche; ils connaissent l'alphabet du code génétique, mais ils en ignorent complètement la syntaxe...

    La conception systémique de la vie a puisé dans quatre cadres conceptuels importants: la cybernétique, la théorie générale des systèmes, la dynamique des systèmes et la théorie de l'évolution générale. Dans les années 60 et 70, le développement des mathématiques non linéaires et l'avènement des super ordinateurs ont permis de simuler pour la première fois les connexions non linéaires (comme les rétroactions et les réseaux) caractéristiques des systèmes vivants. En biologie, la pensée systémique et la conception organique de la vie reviennent à l'avant-scène et de puissants modèles théoriques permettent aujourd'hui de développer une théorie cohérente des systèmes vivants. Dans cette conception systémique de la vie, la métaphore de la machine est remplacée par celle du réseau.

    Si nous voyons le monde comme une machine, nous chercherons à en comprendre les rouages (parties) pour mieux le contrôler. Par contre, si nous concevons le monde comme un être vivant (un tout) qui se développe, nous essaierons de trouver notre place et notre rôle dans ce réseau complexe d’interrelations, et nous participerons à la protection et au plein épanouissement de la vie. La Conférence de Paris risque de nous mener à l'échec si elle se contente de modifier nos façons d'agir sans avoir modifié nos façons de penser.


    Dans les fiches suivantes nous rencontrerons quelques pionniers qui, depuis la Renaissance, ont contribué à l'élaboration de la conception systémique de la vie.




    1. www.cop21.gouv.fr/comprendre/cest-quoi-la-cop21/

    Date de création : 2015-11-25 | Date de modification : 2015-11-25
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