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Cassini Jean-Dominique

1625-1712
Notice biographique rédigée par un éminent savant français du 19e siècle:

"Jean-Domique Cassini, le premier et le plus célèbre des quatre observateurs du même nom qui furent pendant près d’un siècle la personnification vivante de l’astronomie française, naquit à Perinaldo, dans le comté de Nice, le 8 juin 1625.

Cassini fut élevé au collège des Jésuites de Gênes; il y montra un grand talent pour la poésie. Plusieurs productions de son jeune âge ont été conservées par les bibliophiles. Le hasard ayant fait tomber dans ses mains un traité d’astrologie, il fit diverses prédictions. Bientôt il reconnut ce qu’avait de vain et d’arbitraire cette prétendue science; on dit même qu’il désabusa le marquis Malvasia, sénateur de Bologne, grand amateur d’astrologie et fort imbu alors de ses procédés.

À la mort de Cavalleri, en 1650, Cassini, alors âgé de vingt-cinq ans, fut nommé professeur d’astronomie à l’Université de Bologne. Peu de temps après il fit agréer, non sans beaucoup d’efforts, auprès du sénateur qui présidait à l’administration de l’église Sainte-Pétrone, le projet de substituer à la ligne tracée par Ignace Dante, une méridienne plus exactement orientée, à l’aide de laquelle il exécuta diverses observations utiles.

Cassini prit ensuite une part active et intelligente à des négociations relatives au cours du Pô, et il fut nommé par le pape directeur des fortifications du fort d’Urbain. Il publia des Mémoires sur les comètes de 1652 et 1664, et dressa des tables et des éphémérides des satellites de Jupiter. À l’aide des lunettes de Campani, il constata le mouvement de rotation de Jupiter sur son axe, et les mouvements de Vénus et de Mars. Grâce à ces nombreux travaux, Cassini jouissait d’une telle réputation que Louis XIV, à la recommandation de Picard, désira le faire venir en France et l’attacher, ne fût-ce que pour quelques années seulement, à l’Académie des sciences de Paris. Le grand roi entreprit à ce sujet, par ses ambassadeurs, une négociation en forme qui eut un plein succès.

Cassini, à qui Colbert avait fait remettre 1000 écus pour ses frais de voyage et assuré un traitement annuel de 9000 livres, se mit en route le 25 février 1669. Il arriva à Paris le 4 avril de la même année; il reçut de la famille royale l’accueil le plus flatteur. Son premier soin fut de présenter des observations critiques sur les plans adoptés pour l’Observatoire qui alors était en construction; mais son crédit échoua devant celui de l’architecte.

Cassini alla occuper à l’Observatoire le logement qui lui était destiné, le 14 septembre 1671. Là, muni des puissants moyens d’investigation que Colbert lui avait fournis, il étudia le ciel avec une assiduité remarquable et un très-grand succès pendant près de quarante années. En 1711 Cassini perdit totalement la vue; il mourut l’année suivante, le 14 septembre 1712, à l’âge de quatre-vingt-sept ans.

Voici l’indication de ses principales découvertes :

1665. – Rotation de Jupiter, rotation de Vénus et rotation de Mars par des observations faites en Italie.

1667. – Table des réfractions très-exacte pour l’époque, quoique fondée sur une constitution hypothétique de l’atmosphère, démentie par l’expérience.

1671 – 1672 – 1684. – Découvertes des quatre satellites de Saturne, faites à l’Observatoire avec une lunette de Campani. Cet événement fut regardé comme assez remarquable dans le règne de Louis XIV pour qu’on en constatât la date par une médaille.

1683. – Observation de la lumière zodiacale.

1693. – Publication des premières tables de satellites de Jupiter dont il ait été possible de tirer quelque parti.

1693. – Découverte des lois de la libration de la Lune. Cassini avait été à certains égards précédé par Kepler et Hévélius. Il faut remarquer que ses recherches sur la libration devaient se fonder sur d’anciennes observations faites en Italie, puisqu’il en est question dans le Journal des Savants de 1666.

Après avoir donné l’indication des principales découvertes faites par les astronomes dont nous publions les biographies, nous avons cru toujours devoir placer en parallèle le récit de leurs erreurs. Ce chapitre, dans la biographie de Cassini, pourrait être assez étendu.

En 1652, longtemps après la publication de l’ouvrage de Copernic et des immortelles découvertes de Kepler, Cassini mettait encore la Terre au centre du monde.

À l’occasion de la comète de la même année 1652, il soutenait qu’elle était d’une formation récente et composée d’émanations provenant de la Terre et des autres planètes.

Il plaçait, chose bizarre et incroyable, le centre des mouvements de la comète de 1664 dans l’étoile de première grandeur Sirius. Il prétendait que la destination des astres cométaires était de raviver chez les hommes le goût de l’astronomie.

Il eut le malheur de rejeter l’explication que Roemer donna de certaines irrégularités dans les éclipses des satellites de Jupiter, qui résultaient de la vitesse de la propagation de la lumière.

Cassini eut le tort de s’attribuer fort légèrement l’honneur d’avoir dirigé la mesure de la Terre, exécutée par Picard. Une telle mesure se fonde en théorie sur des opérations connues de toute antiquité, et le mérite appartient à celui qui, sur le terrain, a déterminé la longueur des bases, formé les triangulations et obtenu les latitudes des points extrêmes.

Entraîné par l’aveugle désir d’attacher son nom à une découverte qui portât sa réputation à la postérité la plus reculée, il proposa inconsidérément de substituer aux orbites elliptiques de Kepler une courbe nouvelle, qui fut nommée la cassinoïde. Le sculpteur à qui l’on doit la belle statue qu’on admire dans l’amphithéâtre de l’Observatoire, a eu la pensée malheureuse de tracer la cassinoïde sur le carton que Cassini tient à la main. Mais interrompons ces citations, car les erreurs de Cassini seront depuis longtemps tombées dans le plus profond oubli, lorsqu’on se rappellera encore la splendeur que ses travaux répandirent sur les premières années de l’Académie des sciences de Paris."

François Arago (1786-1853), « Cassini », texte tiré des «Biographies des principaux astronomes», dans Oeuvres complètes de François Arago. Tome troisième. Notices biographiques. Volume 3. Publiées d'après son ordre sous la direction de M. J.-A. Barral. Paris, Gide et J. Baudry; Leipzig, T. O. Weigel, 1854, p. 315-318

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