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Infantilisme

«Qu'est-ce que l'infantilisme? Le fait de se conduire comme un enfant quand on a cessé de l'être. C'est d'abord l'impuissance à voir les choses telles qu'elles sont, ou le refus de les prendre pour ce qu'elles sont, de distinguer ce qu'on sait de ce qu'on croit; c'est prendre ses désirs pour la réalité. C'est par là même l'inaptitude à s'abstraire du présent, à vouloir les moyens des fins que l'on désire, à se soucier des conséquences réelles, c'est-à-dire lointaines, de ses actes, ce qui ramène ceux-ci au niveau ludique. C'est, dans le domaine affectif, un égocentrisme foncier, un narcissisme non surmonté qui explique que, dans ses amours comme dans ses haines, l'individu n'a jamais affaire qu'à soi, s'avère incapable de rencontrer l'autre comme autre et d'assumer cette rencontre. Enfin, l'infantilisme se traduit par une soumission ou par un refus, également fanatiques, à l'égard de toute autorité; attitudes propres à des sujets qui n'ont pas surmonté les autorités subies durant leur enfance, qui n'ont pas su concilier l'obéissance extérieure et l'autonomie intime; aussi, leur soumission ou leur révolte ne provient-elle pas de ce que les autorités de fait sont réellement justes ou injustes, mais de ce qu'ils transfèrent sur elles la cause d'une impuissance non surmontée. Être infantile, c'est être irresponsable.

Bref, le commun langage reconnaît à l'état adulte un double caractère: un caractère de fait, ne plus être enfant; un caractère de droit, ne pas être infantile. Or tout ce qui s'oppose à l'infantilisme peut se résumer d'un mot, le sérieux. Sérieux, cela s'oppose tout ensemble à dérisoire, futile, frivole, amusant, comique, inconséquent, débauché, puéril! Sérieux, c'est le propre d'une entreprise qui a des conséquences tant pour autrui que pour soi-même, d'une décision dont on sait qu'elle sera maintenue, d'une situation difficile, dont on ne peut se moquer et dont il faut pourtant venir à bout: insurmontable, la situation ne serait plus sérieuse, mais tragique. Sérieux, c'est ce qui oppose l'adulte, non pas à l'enfant, mais à l'adulte qui fait l'enfant. Un romancier contemporain écrit ainsi :
    Je me demande si la guerre n'éclate pas dans le seul but de permettre à l'adulte de faire l'enfant, de régresser avec soulagement jusqu'à l'âge des panoplies et des soldats de plomb (...) Le drame, c'est que cette régression est manquée. L'adulte reprend les jouets de l'enfant, mais il n'a plus l'instinct de jeu et d'affabulation qui leur donnait leur sens originel ( ... ) Le sérieux meurtrier de l'adulte a pris la place de la gravité ludique de l'enfant dont il est le singe, c'est-à-dire l'image inversée».

OLIVIER REBOUL, «L'adulte: mythe ou réalité», Revue Critère, juin 1973

Essentiel

«Les masses réclament désormais des loisirs triviaux et des sensations brutes et elles les cultivent avec une intensité sans commune mesure avec leur valeur. Au lieu de jouer avec la liberté et l'intensité des enfants ces masses jouent avec ce mélange d'adolescence et de barbarie que Huizinga appelle puérilité, abordant les jeux avec une ferveur patriotique et martiale tout en traitant les choses sérieuses comme des jeux.»

Christopher Lasch, "The Corruption of Sports", The New York Review of Books, 28 avril 1997.

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