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Mahler Gustav

1860-1911
« Gustave Mahler est né en Bohême, mais il a généralement vécu à Vienne, et on le considère comme un musicien viennois. Or, on n'a pas oublié que Vienne a toujours été un grand centre de civilisation et que la plupart des musiciens, au commencement du 19e siècle, devaient posséder l'apostille viennoise, faute de quoi leur « civilisation musicale » ne pouvait être ni complète, ni raffinée. Vienne partageait alors avec Paris ce titre de supériorité sur les autres grandes capitales européennes.

Vienne n'a jamais eu une réputation d'austérité, et on disait avec raison au 19e siècle que c'était une ville de plaisir musical. C'est en effet le royaume de la valse. Et pourtant, c'est aussi le berceau de la symphonie. C'est là que Mozart, Haydn et Beethoven ont livré les batailles nécessaires. Gustave Mahler, Bruckner et Hugo Wolf y ont mené à leur tour d'autres batailles, et la culture musicale des Viennois est avec le temps devenue moins superficielle...

Né en 1860, Mahler est mort à Vienne en 1911. C'est là qu'il a édifié son oeuvre colossal, car toutes les symphonies de Mahler sont de dimensions énormes. La plupart d'entre elles demandent même aux voix des éléments et une couleur que les instruments ne peuvent pas donner. La Huitième, notamment, est entièrement chantée.

La Première Symphonie n'a cependant pas recours aux voix. Composée vers les années 88, elle se divise en deux grandes parties, chacune de ces parties comportant plusieurs sections. Autrement dit, c'est une symphonie en deux actes et plusieurs tableaux. Ce n'est pas une symphonie à programme, bien qu'on l'ait dans le temps baptisée Symphonie Titan, d'après un roman de Jean-Paul Richter. Et pourtant le premier acte pourrait s'intituler Jours de Jeunesse, et le second Comédie humaine. La première partie du premier acte décrit le Printemps sans fin, qui commence par le réveil de la nature, de bonne heure, le matin... La seconde partie est une sorte de Mosaïque ou Chapitre des Fleurs. La troisième partie est une sorte de scherzo qui s'intitule À pleines voiles. C'est après ce scherzo que se termine le premier acte.

Le second acte commence par une marche funèbre inspirée d'un graveur français du 17e siècle, Jacques Callot. Mahler s'est inspiré d'un des dessins burlesques de Callot qui représente les funérailles d'un chasseur, où les animaux des forêts forment escorte en portant des drapeaux, enfin où tous les animaux font de la musique à leur façon. Ici se donne libre cours le don de Mahler pour le genre macabre-ironique, et on entend, au passage, le thème de Frère Jacques, en mode mineur. C'est une marche funèbre caricaturale et impressionnante. La quatrième partie, le finale, est d'un caractère impétueux et tonitruant, surtout lorsque les cors, et ils sont sept, prétendent dominer tout l'orchestre dans une vibrante apothéose. Enfin, entre le scherzo et la marche funèbre, entre le premier et le deuxième acte de cette énorme symphonie, Mahler voulait généralement que l'on fît une pause. Cette symphonie aussi déconcertante que grandiose, aussi décourageante que belle, vaut la peine d'être entendue. Et nous n'avons pas souvent l'occasion de l'entendre. La première audition en Amérique eut lieu à New-York en 1909, aux Concerts de la Société Philharmonique, sous la direction de l'auteur lui-même. Car Mahler était aussi grand voyageur que grand chef d'orchestre, et New-York s'est trouvé sur sa route.»

Léo-Pol Morin, Musique, Montréal, Beauchemin, 1946.

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