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Fête

«Ensemble de réjouissances collectives destinées à commémorer périodiquement sinon un désordre, du moins des dérogations à l'ordre, pour obtenir ou réactualiser dans la conscience collective l'assentiment à l'ordre préconisé. C'est donc essentiellement un jeu symbolique qui resitue la praxis par rapport au mythe qui lui donne sens. La fête vaut ce que valent effectivement pour le groupe la symbolique utilisée et le mythe évoqué. De ceci découlent de notables différences entre la fête en milieu archaïque et traditionnel, et la fête dans les sociétés modernes.» (Trésor de la langue française informatisé — article «Fête», d'une grande richesse pour ce qui est des sens et de l'histoire de ce mot.) À noter que les dictionnaires plus anciens mettent en premier lieu en évidence le sens religieux de ce mot: «Solennité religieuse commémorative»; «Jour consacré à la mémoire d'un saint considéré comme la patron d'un pays, d'une association, ou des personnes qui ont reçu son nom comme nom de baptême; réjouissances auxquelles on se livre à l'occasion de ce jour.» (Larousse du XXe siècle en six volumes, éd. 1932)

En la plaçant sous l'inspiration de Dyonisos et d'Apollon, Platon avait déjà dit l'essentiel de la fête: «Mais les Dieux, prenant en pitié la condition laborieuse qui est naturelle à l'espèce humaine, ont institué pour elle, en vue de la reposer de son labeur, l'alternance des fêtes en leur honneur et, pour l'accompagner dans ces festivités, ils lui ont donné les Muses, avec Apollon qui mène le choeur, et Dionysos; afin que ces Divinités en maintinssent la rectitude, ainsi que la façon de vivre au cours de fêtes célébrées en compagnie de Divinités.» (Platon, Les Lois, II 653 d.)

Les débordements du corps, symbolisés par Dyonisos et la présence de l’esprit, symbolisée par Apollon, sont les deux principales caractéristiques de la fête, telle qu’elle était à l’origine. Un mythe est en cause, un mythe comme celui de Dyonisos-Zagreus, relatif à l’immortatilité de l’âme, assimilée à la semence et à l’apparition de la nouvelle plante. Il y a bien des façons de revivre un tel mythe. La cérémonie, qu’il faut bien se garder de confondre avec la fête, en est une. «Elle est un acte limité, un rappel de ce qu’il faut faire non pour immortaliser son âme mais pour obtenir une bonne récolte. Elle est une réitération du mode d’emploi qui a permis aux dieux d’accomplir le geste.» La fête n’est pas une utilisation parcellaire et utilitaire du mythe mais une «reconversion totale au mythe de la part de toute la collectivité. Il s’agit d’utiliser cette possession par le mythe non pour mettre le sacré au service du profane, mais pour mettre entre parenthèses le profane, pour le laisser irradier dans le sacré. […] Cette possession par le mythe a pour but de convertir l’être, de métamorphoser un court moment corps et âme pour les replonger dans un état radicalement autre, pour permettre l’identification au dieu même.»
La fête se dégrade dès qu’il y a rupture entre les deux pôles. «Ce qui fonde l’expérience de la fête, un vécu total du sacré, corporel autant que spirituel, risque à tout moment de faire basculer le centre de gravité de l’institution. Au lieu d’être un désordre qui anticipe sur un ordre supérieur, au lieu d’être une démesure facilitant la rencontre et la possession de la mesure absolue, la fête peut alors changer de sens et devenir, individuellement d’abord, collectivement ensuite, une occasion pour l’homme de se déifier lui-même et confondre démesure et désordre au profit d’un sacré à son image.»
(Les passages entre guillemets sont tirés de La fête, le jeu et le sacré, par Jean-Jacques Wunenburger, Éditions Universitaires, Jean-Pierre Delarge, éditeur, Paris 1977.)

Essentiel

On remarque souvent que le sens traditionnel de la Fête s'est perdu dans nos sociétés modernes; les Fêtes religieuses et patriotiques sont écartées du calendrier, quand elles ne sont pas réduites à autant de jours fériés et chômés.
Paradoxalement, la multiplication des Festivals et festivités de toute sorte envahit l'ensemble de ces mêmes sociétés et contribue souvent à rééquilibrer les fiscalités des villes et des villages qui organisent et exploitent les Fêtes dites populaires. On pourrait remarquer que plusieurs de ces manifestations de masse se réduisent trop souvent à des spectacles d'artistes professionnels devant des foules de badauds dont la participation se limite à la consommation des produits vendus sur place.
Où est passé l'essentiel de la Fête, dont le sens reposait avant tout sur l'évocation par la mémoire de faits passés ayant contribué à définir la collectivité d'appartenance? Fête-t-on encore quand on a oublié ce qu'on fête? Plus que le boire et le manger, la fête doit nourrir la mémoire et la vaillance de ceux qui, à certaines dates fixées par la coutume, s'arrêtent de travailler pour s'amuser. Sans finalité clairement formulée, la fête se dissout rapidement dans la consommation passive d'un plaisir trop court qui ne vaut pas le prix du congé et encore moins la fatigue du lendemain.

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