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Émulation

L'émulation procède de l'admiration. Elle est selon Littré un «sentiment généreux, qui incite à égaler, à surpasser quelqu’un, en talents, en mérite.»

Citant La Bruyère, Littré ajoute cette nuance : « Il y a entre la jalousie et l’émulation le même éloignement qu’entre le vice et la vertu.» La jalousie peut être au cœur de la rivalité. «L’émulation, ajoute Littré, est toujours un sentiment généreux; la rivalité est un mobile tantôt bon, tantôt mauvais. De plus la rivalité et l’émulation ne s’exercent pas sur les mêmes objets. L’émulation a pour dessein d’égaler, de surpasser, en mérite, en gloire, etc. ; la rivalité a pour but de disputer la possession d’un bien, le pouvoir, la richesse, une femme, etc.»

Essentiel

Ce qui est en cause ici, c'est la difficile et mystérieuse transmutation du sentiment d'inégalité en admiration plutôt qu'en ressentiment, une admiration qui ne doit être confondue ni avec la servilité ni avec la résignation, deux sentiments proches du ressentiment. L'inégalité étant un fait de nature, l'harmonie des sociétés dépend de leur aptitude à favoriser la transmutation évoquée.

La fascination pour la vedette de la politique, des sports ou du spectacle est un cas particulier. On refusera d'admirer le mérite proche, dont ont pourrait se rapprocher davantage par l'émulation, pour mieux idolâtrer l'inaccessible et inimitable vedette, laquelle est alors un refuge pour le ressentiment.




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Le jeu et l'émulation (Johan Huizinga)
«L'émulation en vue de se montrer le premier constitue sans aucun doute un facteur de formation et d'ennoblissement pour la civilisation naissante. Aux stades d'un développement intellectuel encore puéril et naïf et où les notions d'honneur de classe sont vivantes, pareille émulation a engendré l'altière vaillance personnelle, indispensable à une jeune culture. Et ce n'est pas tout: dans ces perpétuels jeux athlétiques, toujours pénétrés de piété, les formes mêmes de civilisation se développent, la structure de la vie collective s'épanouit. La vie aristocratique adopte l'allure d'un jeu exaltant d'honneur et de bravoure. Néanmoins du fait même que ce jeu noble est si médiocrement réalisable dans la cruauté de la guerre, il doit se pratiquer selon une fiction sociale esthétique. La violence sanglante ne peut être enfermée que très imparfaitement dans les formes élevées de culture. Aussi l'esprit de la communauté ne cesse-t-il de chercher une issue dans les belles images d'une vie héroïque qui s'accomplit dans la dignité du combat et dans une sphère idéale d'honneur, de vertu et de beauté. La notion de la lutte noble demeure, une fois pour toutes, une des plus fortes impulsions de la culture.»

JOHAN HUIZINGA, Homo Ludens, essai sur la fonction sociale du jeu, Gallimard, Paris, 1951

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