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Gibbon Edward

1737-1794
Sainte-Beuve sur Gibbon :

«D'Auguste à Trajan, Gibbon a trouvé la forme d'empire à laquelle sa raison et ses instincts d'esprit le rattachent le plus naturellement. Dans son premier écrit (l'Essai sur l'Étude de la Littérature), et quinze ans avant de publier sa grande composition historique, il décelait déjà sa préférence pour ce grand tout continu et pacifique de l'Empire romain; il le place presque au niveau de ce que l'Europe est devenue depuis; il fait remarquer de plus, à l'avantage de cet ancien état du monde, que des pays, aujourd'hui barbares, étaient éclairés alors et jouissaient des bienfaits de la civilisation: «Du temps des Pline, des Ptolémée et des Galien, dit-il, l'Europe, à présent le siége des sciences, l'était également; mais la Grèce, l'Asie, la Syrie, l'Égypte, l'Afrique, pays féconds en miracles, étaient remplis d'yeux dignes de les voir. Tout ce vaste corps était uni par la paix, par les lois et par la langue. L'Africain et le Breton, l'Espagnol et l'Arabe se rencontraient dans la capitale, et s'instruisaient tour à tour. Trente des premiers de Nome, souvent éclairés eux-mêmes, toujours accompagnés de ceux qui l'étaient, partaient tous les ans de la capitale pour gouverner les pro vinces, et, pour peu qu'ils eussent de curiosité, l'autorité aplanissait les routes de la science.»

Sans, aller peut-être aussi, loin que Montesquieu, qui voyait en Trajan «le prince le plus accompli dont l'histoire ait jamais parlé; avec toutes les vertus, n'étant extrême sur aucune; enfin l’homme le plus propre à honorer la nature humaine et représenter la divine;» sans se prononcer si magnifiquement peut-être, et en faisant ses réserves d'homme pacifique au sujet des guerres et des ambitions conquérantes de Trajan, Gibbon plaçait volontiers à cette époque le comble idéal de la grandeur d'un empire et de la félicité du genre humain. À partir de cet âge, couronné par les règnes d'Antonin et de Marc-Aurèle, la décadence commence, et Gibbon va en retracer, l'histoire avec exactitude, avec regret, en s'attachant à tout ce qui la retarde, en répugnant à tout ce qui l'accélère; une belle histoire où le génie de l'ordre, de la méthode, de la bonne administration, domine; une narration revêtue de toutes les qualités fermes, continues et solides, qui la font ressembler, jusque dans ses dégradations successives et inévitables à travers les temps barbares, à une large chaussée romaine.»

SAINTE-BEUVE, Causeries du lundi, tome huitième. Paris, Garnier Frères, libraires-éditeurs, 19?, p. 437 et suiv.

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