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Ramuz Charles-Ferdinand

24 septembre 1878-23 mai 1947
Ramuz, au-delà du réalisme

« [...] Il n'y a pas de réaliste. Mais je crois que M. Ramuz l'est autant qu'on peut l'être. Il l'est par ses sujets: tous les sujets de ses romans sont de toujours et de partout. Et cela est vrai d'Aline comme du Feu à Cheyseron. Ainsi conçu, le réalisme est voisin de la poésie. On ne lit pas un poème afin d'en savoir la fin. Ainsi des romans de. M. Ramuz; nulle hâte de courir au dénouement; mais on les lit, passionnément, pour assister, ligne après ligne, à ce miracle: la création de la vie.

Réaliste encore par les caractères. Ses personnages, hommes ou femmes, sont deux fois vrais. Vrais au sens de la vie, c'est-à-dire qu'ils possèdent tout ce que possède un être vivant et dont un personnage, pour vivre au sens de l'art, peut fort bien se passer. Les bourgeois de M. Ramuz, plus ils sont de leur village parleurs traits et par leur teint, par la couleur de leurs yeux et celle de leurs cheveux par la forme de leur moustache, par leur tournure et leur allure, leurs costumes et leurs gestes, leurs voix et leur accent, en un mot, plus ils sont particuliers dans toute leur personne, plus leurs passions sont générales et humaines et plus ils sont par 1à, de tous les pays et de tous les temps. Je ne vois pas de différence entre reine Frédegonde, femme du roi Chilpéric et Frieda Magnenat; c'est toujours la servante quis se fait épouser parle maître, qu'elle affole, corps et âme. Par ce caractère profondément humai:n, l'oeuvre de M. Ramuz échappe à l'épithète de régionaliste, qu'on serait tenté de lui appliquer.

Réaliste encore par son attitude. Il semble que sans effort, M. Ramuz soit parvenu à cet état idéal que les stoïciens nomment ataraxie. C'est faux de dire qu'il peint, qu'il reflète les choses. Peut-être faudrait-il y voir un caractève de la race. M. Ramuz est Vaudois. Nul peuple plus calme au monde. Et ces choses que Flaubert trouvait «énormes» en levant les bras au ciel, M. Ramuz les accueille-t-il avec plus de sérénité. Au reste, il ne se moque point; on est toujours de plain-pied avec ce dont on se moque. Choses et gens sont dans ses livres ainsi qu'elles sont dans la vie. Rie ou pleure qui voudra, Et peut-être tel bourgeois lirait-il d'un bout à l'autre les Circonstances de la vie sans y soupçonner la moindre ironie. Mais entre Flaubert et lui je vois une autre différence. Ce qui frappe le plus dans l'oeuvre de Flaubert, parmi tant de romantisme, c'est le romantisme des choses. Dès la première page de Madame Bovary, songez donc à la monstrueuse casquette de Charles! — Rien de semblable chez M. Ramuz. Il n'exige pas des choses qu'elles soient intéressantes. Qu'elles existent et rien de plus. »

JEAN CHOUX, « C.-F. Ramuz, un écrivain réaliste », Mercure de France, Paris, t. 407, juin 1914


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Ramuz par lui-même

« Je suis né en 1878, mais ne le dites pas.
Je suis né en Suisse, mais ne le dites pas.
Dites que je suis né dans le Pays-de-Vaud, qui est un vieux pays Savoyard, c'est à dire de langue d'oc, c'est à dire français et des Bords du Rhône, non loin de sa source.
Je suis licencié-és-lettres classiques, ne le dites pas.
Dites que je me suis appliqué à ne pas être licencié-és-lettres classiques, ce que je ne suis pas au fond, mais bien un petit-fils de vignerons et de paysans que j'aurais voulu exprimer.
Mais exprimer, c'est agrandir.

Mon vrai besoin, c'est d'agrandir...
Je suis venu à Paris tout jeune; c'est à Paris que je me suis connu et à cause de Paris.
J'ai passé pendant douze ans, chaque année, plusieurs mois au moins à Paris; et les voyages de Paris à chez moi et de chez moi à Paris ont été tous mes voyages!
(Outre celui que j'ai fait par religion jusqu'à la mer, ma mer, descendant le Rhône.) »


CHARLES-FERDINAND RAMUZ, Lettre à Henry Poulaille, mai 1924. Cité par Bruno Poirier

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