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Bête

Le mot bête, comme nous le rappelle le Littré, désigne tout animal excepté l'homme, raison pour laquelle il a souvent un sens péjoratif . «Qui fait l'ange, fait la bête» (Pascal)n«l'alcool rend l'homme semblable à la bête.»

Mais l'histoire de La belle et la bête fait aussi partie de la culture populaire et la bête y est au-dessus de l'homme par sa bonté...tout près de Dieu par son innnocence. À la fin de l'histoire, les deux soeurs de la belle sont transformées en statues et alors que la bête, comme la belle, ont une âme, les deux soeurs n'auront que la raison en partage: «Devenez deux statues ; mais conservez toute votre raison sous la pierre qui vous enveloppera. Vous demeurerez à la porte du palais de votre soeur, et je ne vous impose point d'autre peine, que d'être témoins de son bonheur.»

Essentiel

De nombreux poètes, parmi les romantiques surtout, ont aperçu une âme et un mystère dans ces bêtes où les cartésiens ne voyaient que des ressorts.

Les vers dorés

"Homme ! libre penseur - te crois-tu seul pensant
Dans ce monde, où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l'univers est absent.
Respecte dans la bête un esprit agissant....
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
Un mystère d'amour dans le métal repose :
Tout est sensible ; - Et tout sur ton être est puissant !
Crains dans le mur aveugle un regard qui t'épie :
A la matière même un verbe est attaché...
Ne la fais pas servir à quelque usage impie.
Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché ;
Et, comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres ".
À Jeanne

Je ne te cache pas que j'aime aussi les bêtes;
Cela t'amuse, et moi cela m'instruit; je sens
Que ce n'est pas pour rien qu'en ces farouches têtes
Dieu met le clair obscur des grands bois frémissants.

...Pendant que nous donnons des ordres à la terre,
Rois copiant le singe et par lui copiés,
Doutant s'il est notre oeuvre ou s'il est notre père,
Tout en bas, dans l'horreur fatale, sous nos pieds,

On ne sait quel noir monde étonné nous regarde
Et songe, et sous un joug trop souvent odieux,
Nous courbons l'humble monstre et la brute hagarde
Qui, nous voyant démons, nous prennent pour des dieux.

O dédain de la bête et mépris de la chose,
Double faute de l'homme et son double malheur!
Si pour la vie infime il eût été meilleur,
Au lieu d'écraser tout, s'il eût fait le contraire,
Au lieu d'être bourreau, s'il se fût montré frère,
S'il eût compris l'amas vivant qui remuait
Et l'être monstrueux, ce grand souffrant muet,
... La bête eût accepté l'homme ...
... Sentant cette belle âme humaine, bonne et tendre,
Se baisser, et toucher leur chaîne, et la détendre,
La création brute au difforme poitrail,
L'instinct, cette lueur de l'homme au soupirail,
Le grand Tout, ce flot sourd qui s'enfle et qui se creuse,
L'énormité, la chose informe et ténébreuse,
L'horreur des bois, l'horreur des mers, l'horreur des cieu
Tout le mystérieux, tout le prodigieux,
Fût accouru, soumis, à son appel sublime
A travers•l'ombre ; et l'homme eût eu pour chien l'abîme.
Le bestiaire intérieur

«Chaque fois qu'une espèce animale disparaît le bestiaire intérieure de l'humanité s'appauvrit." Cette réflexion du psychiatre Henri F. Ellenberger a des prolongements infinis. De celui qui fait l'ange on peut encore dire qu'il fait la bête, mais de celui qui fait la machine on ne peut que dire qu'il s'atrophie, qu'il se résorbe dans une seule dimension. »

Le rachat des innocents

«Vives, belles et pauvres bêtes, qu'un homme au moins vous demande pardon pour la vilenie et la cruauté de tous les autres. Ils sont plus aveugles et plus sourds que méchants. En eux, c'est la bêtise qui l'emporte. La stupidité est l'animal qu'ils nourrissent avec soin dans leur tête, contre les autres animaux. Leur âme est infirme.
Pour ces brutes, qui ne savent pas l'être, on demande pardon à vous toutes, pauvres bêtes, aux plus lourdes comme aux plus légères, aux plus dures comme aux plus douces, aux plus inoffensives comme aux plus dévorantes. Jamais vous ne faites le mal pour le mal.
Le bœuf, toujours patient et toujours sous le joug, promis à la boucherie dès le sillon où il laboure; la vache, si paisible et maternelle aux enfants qui n'ont pas le lait de leurs mères; les chèvres si gaies et si fantasques, avec leurs yeux où bondit l'étincelle; les ânes sanglés de coups, dans tous les coins du monde, harnachés de plaies et de blessures, que les hideux Arabes torturent de la naissance à la mort: et quoi de plus enfantin que les grands yeux, velours et chaude soie, de l'ânon? les chevaux, ces merveilles de grâce et de beauté, ces premiers nés de la vitesse, livrés à l'horrible engeance des charretiers et des équarrisseurs: ô pauvres, tristes bêtes, s'il n'est pas de paradis pour vous consoler de l'enfer où vous vécûtes, il n'y en aura pas pour les démons qui vous ont abrutis, ici-bas, et tourmentés.
Mais vous, oiseaux, adorables musiciens, vous qui chantez dans la mort, ailés comme la musique, libres comme le ciel où vous volez; vous qui consolez les arbres de ne jamais pouvoir quitter la terre; vous, les formes les plus gentilles de la vie, les dernières nées de la pensée créatrice, ô doux oiseaux, comment vous sauver de la brute, à deux pieds comme vous mais sans ailes?
Et qui vous sauvera, doux amis, vous que le Sage Fol d'Ispahan appelle ses plus heureuses et plus fines idées? Et il disait encore, ayant eu vent de ce qu'un Dieu avait fait pour les hommes: « Je voudrais bien mourir, et même être mis en croix, pour les oiseaux.»

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