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Hitler Adolf

20 / 04 / 1889-30 / 04 / 1945

Hitler: celui que l'Europe n'a pas vu venir
L'avènement de Hitler et du nazisme demeurent encore ajourd'hui des phénomène difficilement explicables. Nombreux furent les observateurs qui témoignèrent dès le début des années 30 de leur inquiétude devant la montée du national-socialisme et le triomphe populaire du futur dictateur. En voici un exemple, tiré d'une édition de la Revue de Paris de 1933 :
« Une chose paraît sûr. C’est que l’arrivée au pouvoir du "Führer" a réveillé l’enthousiasme de ses troupes. D’ici les élections, il n’aura matériellement pas le temps de les décevoir. Il est donc à peu près certain que les Hitlériens vont rentrer en masse compacte au Reichstag. Dès lors, comment délogera-t-on Hitler ? Autant que l’on puisse porter des jugements sur l’avenir, même immédiat, d’un pays aussi mouvant que l’Allemagne, il semble que le fascisme allemand soit installé pour longtemps outre-Rhin. Déjà le "système" hitlérien se met en branle pour se substituer dans tous les domaines au « système » qu’il a combattu. Selon la tactique fasciste, l’État se trouve peu à peu absorbé par le parti national-socialiste. Administration, police, université, entreprises de l’État, à toutes les places importantes on liquide les agents adversaires ou suspects pour les remplacer par des "purs". C’est un "nettoyage" en règle qui est commencé et qui se poursuivra méthodiquement. La presse est bâillonnée, la propagande au service exclusif des maître du jour : T. S. F., cinéma, théâtre, tout est mis en action pour célébrer l’avènement du "Troisième Reich". On n’arrêtera pas facilement un tel mouvement. » (Wladimir d’Ormesson, « Hitler, chancelier du Reich », La Revue de Paris, 1er mars 1933, p. 74)

Mais pourtant, l'Europe semblait incapable de prendre au sérieux la menace que représentaient Hitler et ses hordes nationales-socialistes, perçus l'un comme un vulgaire agitateur et les autres comme des « associations de buveurs de bières racistes ». Stefan Zweig, écrivain viennois d'origine juive, deux fois banni de l'Europe nazie en tant que juif et intellectuel, invoque l'orgueil et les préjugés de classes pour expliquer comment Hitler a réussi à se jouer de tous les observateurs :
« Nous n'étions toujours pas conscients du danger. Le petit nombre des écrivains qui s'étaient vraiment donné la peine de lire le livre de Hitler (Mein Kampf, "Ma vérité"), au lieu de s'occuper sérieusement de son programme, raillaient l'enflure de sa méchante prose. Les grands journaux démocratiques, au lieu de mettre en garde leurs lecteurs, les rassuraient quotidiennement : ce mouvement, qui en vérité ne finançait qu'à grand-peine son énorme agitation avec les fonds de l'industrie lourde et en s'enfonçant jusqu'au cou dans les dettes, devait inévitablement s'effondrer de lui-même le lendemain ou le surlendemain. Mais, peut-être n'a-t-on jamais bien compris, à l'étranger, la raison pour laquelle l'Allemagne a , à tel point, durant ces années, sousestimé et minimisé la personne et la puissance croissante de Hitler : l'Allemagne n'a pas seulement toujours été un État formé de classes séparées : avec cet idéal de classes, elle a toujours été affectée d'une surestimation et d'une déification inébranlables de la " culture ". À l'exception de quelques généraux, toutes les hautes charges de l'État étaient réservées à ceux qui avaient une " culture universitaire "; tandis qu'en Angleterre un Lloyd George, en Italie un Garibaldi et un Mussolini, en France un Briand étaient vraiement sortis du peuple pour s'élever aux plus hautes fonctions publiques, en Allemagne on ne pouvait concevoir qu'un homme qui n'avait pas même achevé ses études primaires et qui, à plus forte raison, n'avait pas fréquenté l'université, qui avait couché dans des asiles de nuit et, pendant des années, gagné sa vie par des moyens aujourd'hui encore demeurés obscurs, pût jamais approcher seulement une place qu'avaient occupée un baron von Stein, un Bismarck, un prince von Büllow. Rien n'a autant aveuglé les intellectuels allemands que l'orgueil de la culture, en les engageant à ne voir en Hitler que l'agitateur des brasseries qui ne pourrait jamais constituer un danger sérieux, alors que depuis longtemps, grâce à ses invisibles tireurs de ficelles, il s'était fait des complices dans les milieux les plus divers. Et même quand, en ce jour de janvier 1933, il fut devenu chancelier, la grande masse et même ceux qui l'avaient poussé à ce poste le considérèrent comme un simple intérimaire et le gouvernement national-socialiste comme un simple épisode. »
Non seulement, il était difficile pour les démocrates allemands d'accepter la venue d'un individu qu'ils jugeaient indignes de se hisser jusqu'au pouvoir, il leur était encore plus difficile de reconnaître le génie politique de cet homme pratiqua la trahison politique de manière systématique :
« C'est alors que se manifesta pour la première fois dans un très grand style la technique géniale et cynique de Hitler. Depuis des années, il avait fait des promesses de tous les côtés et gagné dans tous les partis des répondants influents qui croyaient tous qu'ils pourraient utiliser à leurs fins particulières les forces mystiques du " soldat inconnu ". Mais cette même technique, que Hitler mit plus tard en oeuvre dans la grande politique et qui consistait à s'allier par serment et en invoquant la loyauté allemande avec ceux-là même qu'il avait l'intention d'exterminer et d'anéantir, célébra son premier triomphe. »
Au-delà des préjugés de classe, c'est la foi encore tenace dans le progrès et la perfectibilité de l'homme, la certitude qu'un recul de l'Histoire vers l'obscurité et la barbarie était chose impossible au XXe siècle, qui empêchèrent les intellectuels de soupçonner l'ampleur et l'horreur du programme que le nazisme était en train de mettre en place :
«Il est difficile de se dépouiller en quelques semaines de trente ou quarante ans de foi dans le monde. Ancrés dans nos conceptions du droit, nous croyions en l'existence d'une conscience allemande, européenne, universelle, et nous étions persuadés qu'il y avait un certain degré d'inhumanité qui s'éliminait de lui-même et une fois pour toutes devant l'humanité. [...] je dois avouer que nous tous, en Allemagne et en Autriche, n'avons jamais jugé possible, en 1933, et encore en 1934, un centième, un millième de ce qui devait cependant éclater quelques semaines plus tard.[...]

Puis vint l'incendie du Reichtag, le Parlement disparut, Goering lâcha ses bandes déchaînées, d'un seul coup, tout droit était supprimé en Allemagne. On apprenait en frissonnant qu'il y avait en pleine paix des camps de concentration et que, dans les casernes, avaient été aménagées où l'on exécutait des innocents sans jugement et sans formalités. Tout cela ne pouvait être qu'un premier accès de rage insensée, se disait-on. Au XXe siècle, cela ne peut pas durer. Mais celà n'était que le commencement. »

Référence : ZWEIG, Stefan, Le monde d'hier, Paris, Le Livre de poche, 1993

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Hitler vu par Albert Speer
L'architecte Albert Speer, qui devint pendant la Deuxième guerre ministre de l'Armement et fut un des proches collaborateurs d'Hitler, conserva un souvenir mitigé du führer. Comme de très nombreux Allemands, il succomba au début des années 30 au charme, à l'apparente droiture de l'orateur dont la parole semblait émaner des foules mêmes qui se massaient pour l'entendre. Puis il assista au dévoilement progressif de la personnalité mégalomaniaque du dictateur qui, grisé par d'étonnantes premières victoires, ambitionnait désormais de conquérir non seulement l'Europe, mais la Perse, l'Inde, puis le monde entier. Ses succès stratégiques, ont été le fait, croit Speer, non pas de dons militaires exceptionnels, mais d'un esprit peu orthodoxe, ignorant tout des lois de la guerre, une «ignorance obstinée» qui dans le meilleur des cas pouvait se traduire sur le terrain par des mouvements déroutants pour l'adversaire, et dans le pire des cas, entraîner toute une nation vers la défaite et le déshonneur.
«L'un des traits marquants du caractère de Hitler était son dilettantisme. Il n'avait jamais appris un métier et au fond il est toujours resté un profane. Comme beaucoup d'autodidactes, il n'était pas capable de porter un jugement fondé sur des questions qui demandaient de véritables connaissances techniques. N'ayant pas la notion de la complexité et de la difficulté inhérentes à toutes les grandes tâches, il ne cessa de cumuler de nouvelles fonctions. Dégagé de toutes les idées apprises, son esprit prompt à saisir les choses, lui donna parfois le courage de prendre des mesures peu orthodoxes, dont un spécialiste n'aurait pas eu l'idée. Les succès stratégiques des premières années de la guerre peuvent sans conteste être imputés à son ignorance obstinée des lois de la guerre et à sa détermination de profane. Comme ses adversaires se conformaient à des règles que Hitler, en vertu de son pouvoir incontrôlé d'autodidacte qui ne rend jamais de comptes, ne connaissait ou ne respectait pas, il en résultat des effets de surprise, qui, combinés à notre supériorité militaire, créèrent les premières conditions de succès. Mais comme il arrive généralement avec les êtres dépourvus de formation, il courut à sa perte dès que survinrent les premiers revers. Son ignorance des règles du jeu apparut alors comme une incapacité d'un ordre différent, cette carence cessa d'être un avantage. Son incurable dilettantisme se manisfesta avec une force et une opiniâtreté toujours plus grandes à mesure que les échecs devenaient plus graves. Sa propension aux décisions inattendues et surprenantes avait longtemps constitué sa force : désormais elle allait précipiter sa chute.»

Référence : SPEER, Albert, Au coeur du Troisième Reich, Fayard, 1969, p. 326

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